A chaque jour sa chute sur ce Tour. Celle qui a secoué le peloton vendredi n'a pas été la moins impressionnante ni la moins lourde de conséquences. En début d'étape, une première vague avait jeté à terre des coureurs comme Andre Greipel, Alejandro Valverde ou Robert Gesink. Mais le vrai coup de bambou s'est produit à environ 25 kilomètres du peloton. Une chute collective énorme, un vrai strike au coeur du peloton, sur une grande ligne droite, en pleine campagne. Certains y ont laissé leur Tour de France, comme Tom Danielson (Garmin). D'autres y ont probablement perdu une grande partie de leurs illusions.
Car la grande différence entre cette chute et celles des jours précédents, c'est son impact sur le classement général pour plusieurs leaders. Certains ont évité la catastrophe, à l'image des deux grands favoris, Cadel Evans et Bradley Wiggins, et de plusieurs de leurs rivaux, de Vincenzo Nibali à Denis Menchov en passant par Jurgen Van den Broeck ou Samuel Sanchez. Pour d'autres, en revanche, l'addition est très lourde. Frank Schleck, Pierre Rolland, Janez Brajkovic, Alejandro Valverde ou Jean-Christophe Péraud ont cédé plus de deux minutes dans l'affaire. Robert Gesink a perdu 3'30" en compagnie de son coéquipier Steven Kruijswijk. Ryder Hesjedal, le vainqueur du Giro, en a lâché dix de plus, terminant à 13'30" du premier peloton. Un vrai carnage.
Voeckler: "Le fautif, c'est l'oreillette"
La route avait des allures de champ de bataille après cette maxi-chute. Des vélos partout. Des coureurs dans le champ, certains complètement sonnés. Derrière les premiers qui ont chuté, d'autres sont venus s'empiler de l'arrière. Le tout alors que le peloton était lancé à 60 ou 70 km/h. "Je n'ai jamais fait la guerre et je prie pour que ça n'arrive jamais mais ça doit être ce que j'ai vu de plus proche", a confié Christian Vandevelde sur son compte Twitter. "Chaos total sur le Tour aujourd'hui, a confié de son côté Koos Moerenhout. Sept des huit coureurs Rabobank sont tombés. Et ils ne sont pas les seuls. Bonne chance à tous ceux qui sont concernés." C'est presque un miracle que le bilan ne soit pas plus lourd vu l'ampleur du sinistre.
Devant une telle désorganisation, les principaux leaders touchés ont mis beaucoup de temps à repartir. Ils n'ont surtout pas eu le temps de s'organiser pour limiter les dégâts. Frank Schleck, par exemple, n'avait que le seul Yaroslav Popovych auprès de lui. Comme équipier. "C'était une telle pagaille, nous a confié Alain Gallopin, le directeur sportif de RadioShack. Mais de toute façon, ça n'aurait pas changé grand-chose, les autres étaient déjà loin devant. On ne peut pas se réorganiser quand la situation est aussi confuse. Il aurait peut-être perdu 1'50" au lieu de 2'10". L'important, c'est qu'il soit en bonne santé parce que j'ai vu pas mal de coureurs amochés." Comme d'autres, Schleck était simplement soulagé. Deux minutes de perdues, dans le contexte de cette chute, c'est presque un moindre mal.
L'extrême nervosité du peloton dans la partie finale des étapes a donc fini par provoquer de véritables bouleversements au général. Le plus surprenant, c'est que ce ne soit pas arrivé plus tôt. "Toute cette journée a encore été terriblement nerveuse", souligne Jérôme Coppel, qui a réussi, lui, a passé entre les mailles du filet. A chaud, ce jeu de quilles a provoqué un coup de gueule de Thomas Voeckler. "Je vais vous dire qui est le fautif : c'est l'oreillette", a-t-il lancé sur France 2. "Derrière nous, les 22 directeurs sportifs n'arrêtent pas de nous mettre la pression. Il n'y en pas un qui y échappe. Ils ne cessent de répéter qu'il faut y être mais à un moment, ça ne passe pas. Et ça fait mal. La route fait toujours sept mètres de large et il n'y a pas de place pour tout le monde." Vendredi soir, le peloton panse ses plaies, nombreuses.

LE TOUR DE FRANCE EST A SUIVRE EN DIRECT SUR EUROSPORT ET EUROSPORT PLAYER






















