L'époque a le superlatif facile. L'adjectif "dantesque" est servi plus souvent qu'à son tour en matière de cyclisme. Mais là, il semble adéquat. Ce qu'ont vécu les coureurs du Tour de France ces deux derniers jours, au cours desquels ils n'auront pas roulé une seconde autrement que sous la pluie, s'apparente à une certaine idée de l'enfer. La traversée des Alpes était courte cette année. Deux jours, le temps d'un week-end. Mais vous ne trouverez pas grand-monde pour regretter d'en avoir fini avec le massif alpin. En termes de galère et de souffrances, ces deux jours en valaient bien cinq.
A l'arrivée à Tignes, Julian Alaphilippe avait l'air d'avoir pris dix ans. Le champion du monde, joues creusées, traits tirés, n'avait plus le même visage que cinq heures plus tôt à Cluses. Pendant l'étape, il avait offert une des images du jour. Présent dans l'échappée, mais incapable de suivre et de jouer la gagne, le puncheur tricolore a décidé de s'arrêter complètement pour se changer afin d'enfiler des vêtements secs. Puis il a fini "tranquillement", avec d'imposants guillemets de rigueur car, par une journée pareille, personne n'est tranquille.
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Une de mes pires journées sur un vélo
Nacer Bouhanni n'avait pas beaucoup plus fière allure à Tignes. "Journée horrible. Depuis le début ça a été un calvaire. C'est une de mes pires journées sur un vélo, a confié au micro de France 2 le sprinter d'Arkea-Samsic. J'ai déjà fait une étape du Giro sous la neige mais là, niveau intensité… Je suis vraiment très fatigué." Au moins a-t-il la satisfaction d'avoir "sauvé sa peau" en terminant dans les délais. 7 autres coureurs n'y sont pas parvenus, parmi lesquels Arnaud Démare ou Bryan Coquard.
Compagnon de galère de Nacer dans le gruppetto, Mark Cavendish est également arrivé à temps pour poursuivre ce Tour 2021. Mais le sprinter de l'Ile de Man a fondu en larmes à Tignes. Le maillot vert est allé au bout de lui-même. "J'étais terrifié par cette étape, je suis très ému de l'avoir terminée", a-t-il admis.

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Si le cyclisme est un sport d'équipe à l'avant de la course, il l'est aussi à l'arrière. Au moins autant, comme l'a rappelé le Cav' : "Les deux dernières années, je regardais la course à la télé et j'étais toujours jaloux que les sprinteurs de Deceuninck avaient toujours quelqu’un pour les aider alors que pour ma dernière participation, je devais me débrouiller tout seul. Aujourd’hui, j'ai pu compter sur Tim Declercq et sur Michael Morkov, comme sur les sprints. Je suis reconnaissant… et physiquement cassé."
Le pire, c'est qu'il y aura d’autres journées comme celle-là
Guillaume Martin, lui, était déjà au sec lorsque Bouhanni, Cavendish et les autres galériens ont coupé la ligne. A l'attaque et 4e de l'étape, le grimpeur de Cofidis a pourtant témoigné lui aussi à quel point ce dimanche savoyard avait été difficile. "Vous voyez, j'ai même du mal à m'habiller, lance-t-il en tentant de répondre aux questions des médias. J'ai été frigorifié, tout le temps. La journée de repos va faire du bien." Euphémisme.

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Rarement autant de coureurs avaient atteint aussi éprouvés cette fameuse et salvatrice première journée de repos. La combinaison des chutes, nombreuses et douloureuses, du rythme, très intense pratiquement tous les jours, et des conditions climatiques, épouvantables ce week-end, va en laisser plus d'un "physiquement cassé", selon les mots de Mark Cavendish. "Je suis presque mort", est même allé jusqu'à dire Nairo Quintana, nouveau maillot à pois mais victime d'un énorme coup de buis au pied de l'ascension finale.
Lundi, tout le monde pourra souffler. Mais à l'image de Mark Cavendish, certains ne pouvaient pas s'empêcher de penser qu'il reste encore deux semaines à tirer. "Le pire, c'est qu'il y aura d'autres journées comme celle-là, dit-il. Quand le Tour de France me manquait, je ne pensais pas à ces étapes de montagne…" Mais le Tour, c'est aussi cela. Le rappel a été sévère.

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Crédit: Getty Images

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