On leur promettait un samedi de souffrance. Ils n'ont pas été déçus. Mais au bout, pas de déception. Rien que de la joie et de la fierté. Pierre Rolland et Thibaut Pinot en ont bavé, comme prévu, sur les 53,5 kilomètres du contre-la-montre en Beauce. Mais le grimpeur d'Europcar et celui de la FDJ ont conservé leur position au classement général: la huitième pour le premier, la dixième pour le second. Ils n'ont pas donc pas été croqués par leurs poursuivants, comme certains le craignaient. Ces deux Top 10 sauvegardés, c'est un peu la cerise sur leur gâteau. Leur Tour était réussi, mais cette ultime performance valide un peu plus la performance d'ensemble de ces trois semaines.
Pas étonnant donc que le mot "fier" soit revenu comme un écho dans leur bouche respective. Pierre Rolland était aussi soulagé en coupant la ligne, car un problème de radio l'a privé d'informations pendant une heure. "Elle a dû se débrancher dans le dos", pense-t-il. Contraint de rouler en aveugle, il a tenté de ne pas perdre le fil. Suffisamment, en tout cas, pour ne pas se laisser déborder par Janez Brajkovic, qui le talonnait au départ de Bonneval au classement. Sa huitième place, un an après son premier Top 10 (10e après le déclassement de Contador), constitue à l'évidence une belle promesse. "Je sors grandi, j'ai prouvé qu'on pouvait compter sur moi, estime-t-il. J'ai tenu mon rang. Quand je repense aux déboires que j'ai connu, à la chute de Metz où certains sont restés sur le carreau, ce qui aurait pu être mon cas..."
Rolland n'a "pas le choix"
Il y a un an, Pierre Rolland s'était révélé en soutien de Thomas Voeckler, alors maillot jaune. Douze mois plus tard, l'Orléanais a clairement pris le pouvoir chez Europcar. C'était toute la difficulté pour lui. Il se savait attendu. La leçon de ces trois semaines pour Rolland, c'est qu'il possède l'étoffe pour assumer un statut de leader à part entière. "L'année dernière, je me suis libéré au contact de Thomas quand il avait le maillot jaune. Cette fois, je suis revenu avec plus de confiance. "Pierrot, il fait huitième à la pédale, c'est formidable ce qu'il a réussi sur ce Tour", salue Voeckler, avant d'ajouter: "J'ai 33 ans, il en a 26 (NDLR: il les aura le 10 octobre prochain), il incarne l'avenir. Il a de belles choses à accomplir".
Mais pour cela, il le sait, il devra passer un cap dans l'exercice du contre-la-montre. Car s'il a conservé sa huitième place, il n'en a pas moins terminé très loin samedi: 64e à 6'14" de Wiggins. Un gouffre. Conscient de cette lacune, Rolland est déterminé à mettre les bouchées doubles. Même s'il n'y aura pas 100 kilomètres de chrono tous les ans, son handicap est quasi rédhibitoire dans l'optique d'une course au podium. "Le chrono, admet-il, ce n'est pas mon truc, on me le répète assez souvent; Mais je vais tout faire pour m'améliorer. Je n'ai pas le choix. C'est trop important." Les purs grimpeurs vainqueurs du Tour sont rarissimes. Rolland ne l'ignore pas. Ce doit être la prochaine étape de sa maturation. Une sorte d'acte III.
Pinot: "Je ne voulais pas échouer si près du Top 10"
Thibaut Pinot, lui, se trouvait cette année un peu dans la position de Rolland en 2011. Aucune pression, que du plaisir. A cette énorme différence près: il disputait son premier Tour. Le voir finir parmi les dix premiers pour ses premiers pas, à seulement 22 ans, surtout dans ce contexte peu montagneux de cette 99e édition, c'est un authentique exploit. Il est d'ailleurs le plus jeune représentant dans le Top 10 depuis... 1947 et Raymond Impanis. Il peut bien le dire, ça l'aurait chagriné de perdre sa dixième place si près de Paris. Symbolique, peut-être, mais les symboles, ça compte aussi. "Je ne voulais pas échouer si près du Top 10, avoue-t-il. Je suis très content, c'était dur jusqu'au bout, mais je me suis battu."
En 2013, Pinot le sait, les attentes seront forcément fortes autour de lui. "Il est peut-être le très grand grimpeur que la France attend depuis longtemps", souffle Christian Prudhomme, le patron du Tour. Après tout, mieux vaut ça que le contraire. Ses promesses sont trop belles pour ne pas avoir envie de lui demander de les tenir. Pour cela, il compte suivre la voie tracée par... Pierre Rolland. "Je sais bien que le plus dur sera de confirmer, explique-t-il sans se leurrer. Pierre a su le faire cette année. C'est un bon exemple à suivre. Mais on s'occupe bien de moi, j'ai une super équipe, un super staff. Je ne suis pas trop inquiet." L'heure n'est effectivement pas vraiment à l'inquiétude pour Rolland et Pinot...



DPPI
























