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TOUR DES FLANDRES - Gilbert, le retour d'un géant

Gilbert, le retour d'un géant

Le 03/04/2017 à 09:25

TOUR DES FLANDRES - Spécialiste de classiques, Philippe Gilbert s'est rarement raté sur les courses dont il avait fait son objectif. Multiple vainqueur de Monuments, le champion de Belgique n'a pas hésité à tout changer cet hiver et à passer des Ardennaises aux Flandriennes pour retrouver le goût de la victoire sur une grande classique. Tel le grand champion qu'il est.

Voir le nom de Philippe Gilbert apparaître ces derniers jours parmi les favoris au Tour des Flandres avait déjà un goût de victoire pour le Belge. Après tout, il n'avait plus couru le Ronde depuis 2012. Mais ses performances cette année sur les courses flandriennes en avaient fait un candidat logique à la gagne, statut dont il a parfaitement été digne ce dimanche en décrochant la victoire, en solitaire, à Oudenaarde. Pourtant, il y a encore six mois, personne - ou presque - n'aurait misé sur le Wallon. Et pour cause.

Quatre ans sans coup d'éclat

Depuis son titre mondial acquis en 2012 à Valkenburg, Gilbert n'a plus la même réussite. Alors qu'il avait remporté dix classiques entre 2008 et 2011, le Belge n'en avait enlevé qu'une seule du calendrier World Tour sur les cinq dernières années. Il s'agissait de l'Amstel Gold Race, en 2014. Et il fallait même remonter à sa fantastique année 2011 pour le voir décrocher un Monument, avec Liège-Bastogne-Liège. Bien sûr, le Wallon n'a jamais été bien loin, comme en témoigne sa 7e place sur Liège en 2013 ou celle en Lombardie en 2014.

Philippe Gilbert (BMC) attaque sur le Cauberg lors de l'Amstel Gold Race 2014

Philippe Gilbert (BMC) attaque sur le Cauberg lors de l'Amstel Gold Race 2014AFP

Mais, peu à peu, on sentait le triple vainqueur de l'Amstel Gold Race (2010, 2011, 2014) régresser sur les Ardennaises et son statut passer de grand favori à celui d'outsider pour ne pas dire second couteau. Il faut dire que son passage chez BMC à l'hiver 2012 a considérablement pesé sur ses performances. Plus aussi soutenu qu'il pouvait l'être chez Omega Pharma-Lotto, obligé de partager le leadership sur les courses d'un jour, Philippe Gilbert a souffert sur les classiques vallonnées de l'éclosion de nouvelles pousses comme Julian Alaphilippe et du retour au plus haut niveau d'Alejandro Valverde.

Un retour aux premiers amours

Du coup, Philippe Gilbert s'est tourné vers les courses où il brillait à ses débuts et qui lui manquaient tant : les Flandriennes. C'est là qu'il y avait remporté ses premiers succès d'importance, à l'image du Het Volk (2006, 2008) et du Samyn (2008). Alors qu'il les avait délaissées un temps pour mieux se concentrer sur les campagnes d'Ardennaises, le Belge est revenu cette saison sur un programme axée "épreuves pavées", avec l'objectif de briller de nouveau sur le Tour des Flandres. "J'ai l'expérience, expliquait-il à La Voix du Nord avant le GP E3. J'ai fini deux fois sur le podium (3e en 2009 et 2010), les deux fois où j'ai vraiment préparé le Ronde."

Slide Gilbert 2006 Het Volk Philippe Gilbert

Slide Gilbert 2006 Het Volk Philippe GilbertAFP

Car le talent a toujours été là. Même s'il n'aura disputé que 9 des 30 classiques pavées (Het Nieuwsblad, Kuurne-Bruxelles-Kuurne, GP E3, Gent-Wevelgem et les deux Monuments), Gilbert a continué de briller sur les routes flandriennes. Parfois sur les courses d'un jour (8e du Het Nieuwsblad en 2015), parfois sur la course par étapes comprenant des pavés, (7e de l'Eneco Tour en 2014, 4e en 2015). De quoi lui laisser rêver à un retour doré sur les "grandes" Flandriennes.

Plus de concurrence pour plus de possibilités

Pour cela, Philippe Gilbert n'a pas hésité à tout bouleverser et à tout changer. De préparation comme d'équipe. Quitte à se mettre en danger. Quitte à partir pour rien. Clairement barré chez BMC par l'explosion de Greg Van Avermaet, leader indiscutable de l'équipe américaine sur les épreuves pavées, le champion de Belgique est retourné dans une équipe belge pour y briguer un rôle plus important. Mais en choisissant la Quick-Step Floors, le champion du monde 2012 n'a pas fait le choix le plus évident.

Philippe Gilbert (Quick-Step)

Philippe Gilbert (Quick-Step)AFP

Car la formation de Patrick Lefevere n'est autre que l'ogre des Flandriennes, l'armada absolue sur ce genre d'épreuves. Ce dimanche, ils étaient tout simplement quatre à figurer parmi les favoris avec la légende Tom Boonen mais aussi Niki Terpstra et Zdenek Stybar. Sans compter des "équipiers" comme Yves Lampaert, vainqueur il y a quelques semaines d'A Travers les Flandres. Mais la concurrence n'a pas fait peur à Philippe Gilbert. Au contraire, elle l'a libérée de la pression inhérente au statut de favori ou de leader unique.

De la liberté pour rentrer dans l'histoire

Mieux, elle l'a obligée à changer son style de course, à revenir à une tactique plus offensive, la Quick-Step Floors pouvant compter sur des cartes plus rapides en cas d'arrivées au sprint. Une évolution qui lui a souri depuis le début de la saison avec sa 2e place derrière Lampaert ou encore son succès sur les 3 Jours de la Panne, acquis grâce à un numéro en solitaire lors de la première étape mais bien sûr, en point d'orgue, son exploit sur les routes du Tour des Flandres (55 km seul en tête). Et, ainsi, rentrer dans l'histoire. En remportant le Ronde ce dimanche, Philippe Gilbert est devenu le premier Wallon depuis 30 ans et Claude Criquielion à s'imposer sur le Tour des Flandres.

Une victoire sublimée par son nouveau statut dans l'histoire des Monuments. Le voilà désormais avec quatre succès : deux Tours de Lombardie, un Liège-Bastogne-Liège et donc un Tour des Flandres. Un palmarès loin du record d'Eddy Merckx (19 Monuments) bien sûr mais bien plus rien que l'on ne pourrait le croire au premier abord. Ils ne sont en effet que six dans toute l'histoire à avoir remporter ces trois épreuves là, au moins une fois. Merckx bien évidemment mais aussi les Belges Roger de Vlaeminck (1 Ronde, 1 Liège et 2 Lombardie) et Rik Van Looy (2 Ronde, 1 Liège et 1 Lombardie) ainsi que les Italiens Moreno Argentin (1 Ronde, 4 Liège et 1 Lombardie) et Michele Bartoli (1 Ronde, 2 Liège et 2 Lombardie). Oui, Gilbert est un géant. Et ça, ça ne changera jamais.

Belgian cyclist Philippe Gilbert of Quick-Step Floors celebrates as he crosses the finish line to win the first stage of the Driedaagse De Panne - Koksijde cycling race, 206,2 km from De Panne to Zottegem, on March 28, 2017

Belgian cyclist Philippe Gilbert of Quick-Step Floors celebrates as he crosses the finish line to win the first stage of the Driedaagse De Panne - Koksijde cycling race, 206,2 km from De Panne to Zottegem, on March 28, 2017AFP

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