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D'Abidjan à Manchester United, Eric Bailly n’a pas perdu son temps

D'Abidjan à Manchester, Bailly n’a pas perdu son temps

Le 17/09/2017 à 09:15Mis à jour Le 17/09/2017 à 15:02

Transféré en 2016 de Villarreal à Manchester United, Eric Bailly a disputé 38 matches avec les Red Devils en 2016-2017. L’international ivoirien a même inscrit son premier but mancunien le 13 août dernier face à West Ham (4-0). Que de chemin parcouru depuis son arrivée en Europe en provenance d'Abidjan.

Eric Bailly n’est pas une exception, mais son parcours a ce petit côté atypique qui fait les belles histoires. Quand il est arrivé en Europe, à l’Espanyol Barcelone, le jeune ivoirien n’avait que 16 ans et la particularité de n’avoir jamais joué en Ligue 1 ou en Ligue 2 dans son pays. Le club catalan l’avait remarqué lors d’un tournoi de jeunes organisé au Burkina Faso, et où Bailly s’était rendu, comme des dizaines de gamins venus de tout le continent.

" Il y avait beaucoup de monde à ce tournoi. Moi, je n’appartenais à aucun club. Je jouais avec mes copains, on faisait des tournois inter-quartiers, à Abidjan. Evidemment, quand on m’a proposé d’aller en Europe, ça a été une sacrée surprise. Je ne m’y attendais pas. Mais c’était une belle occasion qu’il ne fallait pas manquer…"

A Abidjan, Bailly passe son temps entre l’école, les terrains de foot plus ou moins improvisés et quelques petits jobs destinés à améliorer l’ordinaire d’une famille modeste, mais pas pauvre. "Ce n’était pas facile, mais mes parents travaillaient tous les deux. De mon côté, j’essayais de gagner un peu d’argent, en gérant des cabines téléphoniques, par exemple."

Eric Bailly

Eric BaillyGetty Images

En 2011, le futur Mancunien débarque à l’Espanyol Barcelone, où il reçoit la formation qu’il n’a jamais eue en Côte d’Ivoire. "Tout change, le climat, la nourriture, la langue. Il y a l’éloignement avec la famille. Parfois, j’avais envie de rentrer. Mais je me suis accroché." Lors de ces deux années catalanes, Bailly dispute 21 matches avec l’équipe B de l’Espanyol (2013-2014) et seulement 4 en Liga la saison suivante. Et un vif intérêt de Villarreal, qui se déleste de près de 5,7 millions d'euros pour enlever le défenseur à son cocon barcelonais, début 2015.

Villarreal, le tremplin idéal

C’est avec le "Sous-marin Jaune" que l’Abidjanais, dont le nom ne dit pas grand-chose aux suiveurs de la Liga, se construit une petite notoriété. Une dizaine de matches plutôt convaincants, le pied à peine posé dans son nouveau jardin. Puis, avec Cédric Bakambu, il est une des révélations de la saison 2015-2016, quand Villarreal atteint les demi-finales de la Ligue Europa face à Liverpool (1-0, 0-3) et accroche une cinquième place en championnat, derrière le quatuor Real Madrid-FC Barcelone-Atletico Madrid-FC Séville.

An Angleterre, certains clubs ne perdent pas une miette de la fulgurante progression de Bailly. Dont les frères ennemis de Manchester. Les Citizens affichent ouvertement leur intérêt. Les Red Devils, plus discrets, viennent se greffer au dossier. Et José Mourinho "himself" se charge de mettre la touche finalement en décrochant son téléphone pour dire au joueur tout le bien qu’il pense de lui.

" Au début, je croyais que c’était une blague d’un ami. Je n’imaginais pas que M. Mourinho allait m’appeler. Je n’ai pas refusé cette proposition, même si je ne pensais pas quitter Villarreal l’été dernier."
Atletico Madrid's French forward Antoine Griezmann (L) vies with Villarreal's Ivorian defender Eric Bailly

Atletico Madrid's French forward Antoine Griezmann (L) vies with Villarreal's Ivorian defender Eric BaillyAFP

Ibra, Rooney, Pogba, des exemples à suivre

Un virement de près de 40 millions d'euros plus tard, et Bailly, le premier joueur ivoirien de l’histoire de United débarque, un peu intimidé, dans le club réputé être le plus riche du monde. "Je savais très bien qu’en m’engageant à United, mon temps de jeu serait inférieur à celui de Villarreal. Du moins au début. Je découvrais un nouveau pays, un nouveau championnat. Mais je savais que j’allais progresser et m’améliorer avec un coach comme José Mourinho, et en côtoyant tous les jours à l’entraînement Wayne Rooney, Zlatan Ibrahimovic, Paul Pogba, Juan Mata, Ashley Young, etc… Ces joueurs sont de vrais exemples à suivre. Ce sont de grands professionnels, qui ont gagné beaucoup de titres, mais qui en veulent en remporter d’autres."

Surtout, ses débuts en matches officiels confortent l’état-major des Red Devils qu’il a bien fait d’investir quelques billets sur ce jeune défenseur. Lors du Community Shield face à Leicester City (2-1), en août 2016, Bailly est nommé homme du match. Une performance qu’il renouvelle une semaine plus tard en championnat. Le passage entre la Liga espagnole et la Premier League anglaise se révèle moins compliqué que prévu.

" A mon avis, ce sont les deux meilleurs championnats du monde, avec quelques différences. En Espagne, le jeu est plus technique. En Angleterre, ce qui est incroyable, c’est l’intensité qu’il y a lors des matches. C’est aussi plus physique. Mais dans les deux cas, il y a beaucoup de buts."
La joie des Mancuniens après le but d'Eric Bailly face à Swansea

La joie des Mancuniens après le but d'Eric Bailly face à SwanseaGetty Images

Dussuyer : "Un défenseur moderne"

Freiné par une blessure à un genou en octobre, qui l’éloigne des pelouses anglaises et européennes pendant deux mois, Bailly dispute malgré tout la Coupe d’Afrique des Nations au Gabon avec les Eléphants. Une aventure qui s’achève au soir du premier tour.

Avec Manchester United, Bailly voit le temps défiler lors d’une Premier League sans saveur, où les Red Devils, qui terminent à la sixième place, regardent Chelsea voler vers un nouveau titre. Mais les Mancuniens se consolent avec une impressionnante moisson de coupes (Community Shield, Coupe de la Ligue, Ligue Europa), un dernier trophée remporté sans l’Ivoirien, expulsé en demi-finale, mais qui permettra à United de participer à la Ligue des Champions 2017-2018. Une compétition que Bailly découvrira, sans se poser trop de questions.

"C’est un défenseur que je qualifie de moderne, apprécie Michel Dussuyer, l’ancien sélectionneur de la Côte d’Ivoire (juillet 2015-février 2017), dans le sens où il sait être agressif sans faire trop de fautes, où il est bon techniquement, ce qui lui permet de bien relancer, d’avoir une bonne qualité de passe. Il ne se met pas de pression, c’est dans sa nature. C’est un garçon intelligent, bien éduqué, réceptif et qui aime bosser. Il lui faut cependant s’améliorer dans la concentration. Parfois, il lui arrive de sortir un peu de son match, ce qui peut coûter cher à ce poste. Sinon, c’est vraiment un très bon défenseur. Avant de supposer : "il a marqué des points auprès de Mourinho".. La confiance que lui accorde le Mou semble aujourd’hui destinée à durer.

José Mourinho accompagne Eric Bailly, blessé dimanche lors de Manchester United - Swansea.

José Mourinho accompagne Eric Bailly, blessé dimanche lors de Manchester United - Swansea.Getty Images

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