Bientôt l'impasse ?

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Les nouvelles combinaisons, partiellement ou tout polyuréthane, ont fait gagner en moyenne 6% aux records du monde établis à l'ère du maillot de bain mais ne font que reporter l'impasse chronométrique qui menace inéluctablement la natation.

Alain Bernard aux championnats de France 2009

Crédit: AFP

Jusqu'où iront-ils ? Le mur chronométrique sur lequel les nageurs ont déjà failli buter à la fin des années 90 est peut-être proche. Avec les nouvelles combinaisons et les progrès effectués récemment, les nageurs ont fait un bon en avant. Mais peuvent-ils aller encore beaucoup plus vite ? "En 99, on remarque que les 37 épreuves de la natation étaient en train d'atteindre leur limite", note le Professeur Jean-François Toussaint, directeur de l'Institut de recherche biomédicale et d'épidémiologie du sport (IRMES), auteur de plusieurs études sur la progression des records du monde.
A l'époque, l'intensification de l'entraînement, la conception de bassins plus rapides, les Jeux de Sydney organisés dans un pays de nageurs et l'avènement des premières combinaisons tout tissu avait retardé l'échéance. Pour peu de temps: entre 2000 et la révolution des combinaisons en 2008, aucun record du monde ne fut plus battu sur 50 et 100 m libre. Et la progression semblait devoir rester infime avant l'avalanche de 2008/2009 (cinq records sur 50 et autant sur 100 m, sans compter le dernier d'Alain Bernard, invalidé).
Ce fut le contraire. De la fin des années 90 à 2007, les chronos de la natation ont gagné 4%. Grâce à la génération de combinaisons mixtes tissu-polyuréthane les temps ont encore progressé de 0,85% en quelques mois en 2008, puis enfin de 0,81% avec la sulfureuse Jaked tout polyuréthane autorisée pour les Mondiaux de Rome. "On a donc près de 6% de gains en moyenne sur l'ère maillot de bain alors que les performances étaient bloquées, calcule le Pr Toussaint. Exactement comme pour le saut en hauteur avant le changement de technique".
Syndrome Formule 1
Avec des différences notables: pour profiter de l'effet "combi", il vaut mieux être un homme (1,23% de gain chez ces derniers contre 0,47% chez les femmes) et spécialiste de sprint, "parce que l'on gagne plus sur les phases non nagées (pénétration dans l'eau) et parce que plus l'on nage, plus la combinaison s'abime", poursuit Toussaint dont les calculs prédisent une nouvelle asymptote - à conditions constantes - dans 4 ou 5 ans.
Mais les conditions, les errements de la Fédération internationale de natation (FINA) l'ont montré, sont tout sauf constantes. Au 1er janvier prochain, l'instance dirigeante a décidé de reculer d'un pas: retour au tout tissu ou au 50/50? Nul ne peut le prédire mais les temps établis en 2009 avec la Jaked risquent de devenir à la natation ce que sont les records du monde est-allemands ou chinois à l'athlétisme. Et la natation est menacée du syndrome Formule 1, plombée par des règlements ubuesques.
"La natation est passée du statut de discipline physiologique à celui de discipline technologique. Elle s'est redonnée pour peu de temps un ballon d'oxygène mais s'il n'y a plus de nouvelles inventions on arrivera très vite à l'asymptote", estime Toussaint alors que les experts de la FINA ont déjà calculé que l'introduction de "starting-blocks" en lieu et place des plots de départ feraient encore gagner quelques centièmes précieux pour le spectacle, mais grignotés encore sur les phases d' "extranatation".
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