ALAIN BERNARD, vous venez de disputer les Championnats de France, qualificatifs pour les Championnats d'Europe de Budapest. Quel bilan en tirez-vous ?
A.B. : Dans l'ensemble, il est plutôt positif. Je repars de Saint-Raphaël avec mes deux billets individuels pour Budapest sur 50m et 100m nage libre. Maintenant, je suis quand même un peu déçu de ne pas avoir remporté de titre. Sur le 100m, cela m'a fait du bien de faire un gros chrono en demi-finale car je ne savais pas trop où j'en étais en arrivant à ces Championnats de France. Mon chrono (48"04) le premier jour lors du relais, départ lancé, m'a également rassuré. Le lendemain, sur le 50m, je décroche ma place pour l'Euro. Puis, sur 100m, je nage le matin en 48"9 puis en 48"3 le soir. Cela m'a permis de voir que j'étais vraiment dans le coup alors que je me posais pas mal de questions jusqu'à présent. Pour résumer, c'est un sentiment de satisfaction qui domine. Car il faut savoir que le niveau était très élevé. On a tendance à oublier ce détail important.
Votre entraîneur, Denis Auguin, avait déclaré que vos performances aux France "n'auraient pas d'incidence pour la suite". Que vous a-t-il dit à l'issue de la compétition ?
A.B. : Denis était satisfait de ce que j'ai fait, de ma façon de réagir, surtout lors des trois dernières semaines. Au dernier meeting, à Amsterdam, j'étais très fatigué. A Saint-Raphaël, il était content que j'arrive à nager assez vite. Dès la semaine prochaine, on va analyser tout ça. On va prendre le temps d'en discuter pour savoir ce qui était bon et ce qui n'allait pas, faire un débriefing de ces Championnats de France et évoquer le reste du travail à l'entraînement lors des prochaines semaines.
A ses yeux, votre demi-finale du 100m était l'une des meilleures courses qu'il vous ait vu faire. En revanche, la finale était la moins bonne de la semaine...
A.B. : C'est vrai. Ma finale n'a pas été bonne. Je ne l'explique pas trop. Je me suis sans doute ajouté pas mal de pression. J'avais vraiment envie de nager vite et pourtant, je n'ai pas réussi à m'exprimer. Je suis parti derrière dès le début et je ne suis pas parvenu à refaire mon retard. Malgré tout, j'ai eu la chance de finir deuxième car j'aurais pu être beaucoup plus loin que ça. Un des points positifs de ma finale est que j'ai quand même réussi à rester dans ma nage. Je ne me suis pas précipité. Je suis derrière, d'accord, mais je continue de faire ce que je sais faire. Si j'avais nagé immédiatement pour remonter sans réfléchir, la fin de course aurait été encore plus compliquée. Nager comme ça m'aurait peut-être empêché de décrocher ma place pour Budapest.
Vous avez perdu les trois dernières grandes finales de 100 mètres auxquelles vous avez participé (NDLR : "France" 2009 battu par Bousquet, "Monde" 2009 battu par Cielo et "France" 2010 battu par Gilot). Est-ce que cela vous inquiète ?
A.B. : Non, pas du tout. Cela fait partie du jeu. Si je ne veux pas risquer d'être battu à un moment ou à un autre, je ne dois pas faire de compétition. Je ne le vis pas mal du tout.
Lors du relais 4x100m (48"04), vous vous " êtes fait plaisir" et avez éprouvé des "sensations que vous n'aviez pas connu depuis les Mondiaux de Rome"...
A.B. : Ma préparation était un peu différente en début d'année. C'était un choix de ne pas faire de compétitions. A l'entraînement, cela a été difficile quand il a fallu se remettre dans le bain, au mois de janvier. A cause de la fatigue, je n'avais pas encore eu de bonnes sensations. Mais je sais que ça fait partie de l'entraînement. Il faut être fort à un moment. Il faut sacrifier d'autres moments pour être en forme lors des évènements majeurs de l'année. A partir de maintenant, ma nage devrait être plus régulière et se stabiliser.
Les minima fixés ont été au centre du débat de ces Championnats de France. Quel avis avez-vous sur ce sujet ?
A.B. : C'est quelque chose qu'il faut accepter. Ce sont les critères de sélection qui ont été établis. Je prends l'exemple des Championnats d'Europe d'Eindhoven, où je bats les records du monde (NDLR : 47"60 en demi-finale puis 47"50 en finale du 100m, puis 21"50 en finale du 50m en mars 2008). Un mois et demi après, il y a les championnats de France. Si, lors de ceux-là, je ne termine pas dans les deux premiers sur le 50m et le 100m, vous ne me voyez pas à Pékin. C'était la règle. Moi, je l'accepte. Tout comme Fabien (Gilot) qui a reconnu ne pas être allé assez vite en séries. C'est le jeu.
Finalement, aucun nageur n'est réellement sorti du lot lors de ces France...
A.B. : C'est vrai qu'on a vu pas mal de belles performances et pas forcément une qui se distinguait. Sébastien Rouault (NDLR : champion de France sur 400m nage libre, 800m nage libre, 1500m nage libre et 400m 4nages) a très bien nagé par exemple. Ceux qui étaient là avant sont toujours là. C'est le plus important. Il y a quand même eu des chronos intéressants. On ne savait pas trop à quoi s'attendre. Ça a nagé relativement vite. C'est positif.
Concernant les combinaisons, on sait que celles en polyuréthane avaient tendance à avantager les nageurs physiques. Comment se passe le retour au bermuda ?
A.B. : Cela se passe comme pour tout le monde. J'ai développé de la force pour nager plus vite dans l'eau, et pas forcément pour être plus costaud que les autres. Ce retour au bermuda se passe très bien. Et puis, de toute façon, il faut s'adapter à tout. Ces bermudas sont moins performants que les combis en nylon car ils recouvrent moins de surface de peau. Les sensations de glisse sont complètement différentes. Mais quand je suis en forme, et je l'ai vu à Saint-Raphaël, je n'ai pas l'impression d'être plus sous l'eau. A la base, j'ai une position sur l'eau assez élevée. Cela ne joue pas du tout sur moi.
Frédérick Bousquet déclarait il y a peu que la natation est un sport qui évolue et que conserver les combinaisons 100% polyuréthane n'aurait pas été choquant. Partagez-vous cette opinion ?
A.B. : Je suis assez mitigé sur ce sujet. C'est vrai qu'il faut vivre avec son temps. Le problème, dans la polémique des combinaisons de l'année passée, c'est que certains nageurs bénéficiaient des modèles en polyuréthane tandis que d'autres n'y avaient pas encore droit. C'est ça qui a été le centre du problème. Après, on ne va pas refaire le monde. Et puis, il faut savoir que toutes les décisions qui ont été prises l'ont été sans avoir pris le soin d'en discuter avec les nageurs, autrement dit, les principaux intéressés. Nous n'avons, à aucun moment, été consultés.
Quel objectif chronométrique vous êtes-vous fixé en 2010, sachant que les records du monde semblent inabordables désormais ?
A.B. : L'idée, c'est de nager plus vite que ceux qui nageaient en maillot ou en short avant l'apparition des combinaisons. Sur 100m, j'aimerais nager aux alentours des 48 secondes. Sur le 50m, des chronos de 21"6-21"7 seraient déjà bien.
Abordons maintenant le relais français. La 3e place aux derniers Mondiaux a été décevante. La déception est-elle digérée ?
A.B. : Oui, elle l'est. A chaque fois, on s'affiche comme favoris en arrivant sur des grandes compétitions. A l'avenir, il faudra être plus discret, car tant qu'on n'a pas nagé, rien n'est fait, même si sur le papier, on est les plus forts. Après, il faut savoir être en forme tous les quatre au bon moment. Malheureusement, c'est beaucoup plus délicat que lorsqu'on est seul à nager. Pour l'instant, on n'en a pas reparlé avec les trois membres de ce relais. Mais j'espère sincèrement qu'on pourra le faire lors du prochain séminaire de la fédération, d'ici une dizaine de jours.
Le relais français est composé de fortes personnalités. Quelle ambiance règne-t-il entre les sprinteurs ? On sait que dans le passé, vous n'étiez pas tous forcément d'accord avec l'ordre de passage que l'on vous proposait...
A.B. : A partir du moment où il y a des règles, c'est beaucoup plus facile à concilier. On a envie d'être acteurs et de pouvoir donner notre avis. C'est beaucoup plus compliqué à gérer si quelqu'un décide, au dernier moment, pour nous. La leçon de Pékin a été retenue. Aujourd'hui, on nous demande ce que l'on pense, d'imaginer les scénarios possibles par rapport à ceux qui nagent des séries dans la journée ou, au contraire, ceux qui se sont économisés. On nous écoute entièrement, aujourd'hui. Il y a vraiment du mieux.
Depuis quelques temps, vous évoquez un projet JO 2012, une stratégie sur trois ans. Vous pouvez nous en expliquer les grandes lignes ?
A.B. : Le projet, c'est d'arriver à Londres en étant le plus en forme possible. Il va falloir gérer le peu de temps qu'il nous reste avant cette échéance. La stratégie, c'est de s'entraîner du mieux qu'on peut pour que ce travail paie en compétition. Jusqu'au mois de janvier, je nageais 4-5 kilomètres par jour. Depuis, le programme s'est intensifié. Lors du dernier gros stage intensif, on est monté à 14-15. Mais en général, on est plus à 10-12 kilomètres par jour.
Et concernant l'après-Londres ?
A.B. : Après les Jeux, je ne sais pas si je continuerai à nager. Il faut être réaliste, il y a peu de chances. Après Londres, c'est sûr, j'arrête. Mais bon, on ne sait jamais (rires). Je pense que je serai plus dans une optique de reconversion professionnelle. Pourquoi pas dans l'aéronautique.
Crédit Photo : www.alainbernard-lesite.com



AFP






















les nageurs disent tous d'aialin qu'il a une technique presque parfaite et il vient en plus de faire la meilleure perf mondiale de l'année en bermuda.
c'est sur t'as du flair toi lolLe 23/04/2010 à 13:42