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Mouratoglou : "Je trouve injuste que l'on réduise les performances de Serena à son niveau de jeu"

L'injustice faite à Serena

Le 17/01/2016 à 10:01

OPEN D'AUSTRALIE 2016 - Patrick Mouratoglou l'assure : Serena Williams sera fin prête pour le premier tournoi du Grand Chelem. Si sa défaite à l'US Open a pu être dure à avaler, l'Américaine repartira en quête des quatre tournois majeurs comme s'il ne s'était rien passé. C'est aussi ça sa force : "un mental d'acier et une combativité hors-normes". Et non un niveau de jeu qui serait supérieur.

Sur la planète tennis, Serena Williams est sorte d'OVNI. Le genre de joueuse inclassable et capable de tout qui effraie autant qu'elle fascine. De celle que l'histoire compte sur les doigts d'une main. Et en 2016, la numéro un mondiale fera encore la pluie et le beau temps sur le circuit WTA. Et ce, dès l'Open d'Australie, son premier objectif affiché de la saison, avant de repenser au Grand Chelem qu'elle a frôlé du bout des doigts en 2015.

Vidéo - Australian Open: Serena looking to erase US Open upset + ITW

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Gagner à Melbourne lui permettrait d'égaler d'abord les 22 titres majeurs de Steffi Graf. La dépasser et aligner les quatre majeurs, comme l'Allemande en 1988, arriverait alors dans un second temps, à condition bien sûr de débuter par une victoire. La saison dernière, la formule aurait dû porter ses fruits. Serena a tellement écrasé la concurrence que la voie du Grand Chelem lui semblait toute tracée, avant que Roberta Vinci ne déjoue tous les pronostics en demi-finale de l'US Open ce 11 septembre 2015. Vision que ne partage pas exactement son entraîneur.

"Ce n'était pas aussi simple que ça, a tenu à rectifier Patrick Mouratoglou invité dans notre rédaction. Roland-Garros a été un véritable chemin de croix, par exemple. A Paris, elle avait 40 de fièvre et pouvait à peine marcher. J'ai entendu beaucoup de commentaires qui n'avaient ni queue ni tête à son sujet. Moi je sais dans quel état elle était et ce qu'elle a fait. On a beau soupçonner que c'est une très grande joueuse, le vivre, c'est autre chose. Au niveau de l'émotion, je suis passé par tous les états, je souffrais avec elle, je savais ce qu'elle vivait."

Serena Williams (Tennis)

Serena Williams (Tennis)AFP

" Quand on voit que Federer joue neuf ans de suite que des quarts de finale au minimum en Grand Chelem, on dit que c'est extraordinaire. Mais si c'est une fille, on dit que le niveau est nul."

Si la maladie ou les blessures sont des aléas qui ne peuvent pas s'anticiper, ce ne sont pas les deux seules raisons qui pourraient encore freiner ses envies de Grand Chelem, Roberta Vinci ayant montré que Serena n'était pas infaillible. "Elle a réussi à surmonter son mal à Paris grâce à ses ressources mentales et une combativité hors-normes. Et non parce qu'elle est au-dessus du niveau des autres joueuses. Si elle joue son niveau sans ces "plus", elle passe à la trappe. Je trouve injuste que l'on réduise les performances de Serena à cela et que l'on ne fasse pas la même chose avec Djokovic, alors qu'il est autant au-dessus du tennis masculin en ce moment que Serena ne l'est du circuit féminin. Et comme beaucoup de gens n'aiment pas le tennis féminin, à chaque fois, c'est une bonne façon de dire que le circuit WTA n'est pas intéressant alors qu'il se passe la même chose que dans le tennis masculin."

Et à l'affirmation de dire qu'il n'y a pas d'équivalents actuellement chez les dames de joueurs comme Federer, Nadal ou Murray, Mouratoglou rétorque : "Mais il y en a eu et il y en a encore comme Maria Sharapova, qui a réalisé un Grand Chelem en carrière, Venus Williams, et avant elles des Clijsters, Henin, Davenport, Capriati, Hingis... j'en passe et Serena les a toutes battues. C'est une immense joueuse. Djokovic joue en même temps que Federer et Nadal, mais il les domine maintenant de la tête et des épaules. Quand on voit que Federer joue neuf ans de suite que des quarts de finale au minimum en Grand Chelem, on dit que c'est extraordinaire. Mais si c'est une fille, on dit que le niveau est nul."

En 2016, l'Américaine de 34 ans va repartir à l'assaut de cette quête où elle a échoué deux marches avant l'apothéose. Cela passera bien évidemment par un Open d'Australie réussi : ça tombe bien, c'est l'un des tournois majeurs qui lui réussit le plus avec l'US Open. Avec le record de l'ère Open de matches remportés en Australie (68), l'Américaine débutera son exercice sur un terrain favorable en espérant que son genou, touché à l'issue de Flushing Meadows, la laisse tranquille. Même chose côté psychologique, tant elle a été touchée par sa défaite à New York en septembre dernier.

Patrick Mouratoglou et Serena Williams à l'entraînement - Open d'Australie 2016

Patrick Mouratoglou et Serena Williams à l'entraînement - Open d'Australie 2016AFP

" Sa défaite à l'US Open n'aura pas d'impact sur sa saison 2016. Elle est ultra-motivée."

"Il n'y a pas eu de dépression post-US Open, nous assure Mouratoglou. Elle a été très affectée parce qu'elle était tellement proche de ce Grand Chelem qui lui tenait très à coeur. Elle s'y était investie à 100%. Certains font les choses à moitié pour ne pas être trop déçu si ça ne marche pas. Serena fait tout à fond. Elle a été très affectée, mais c'est une championne. Cela n'aura pas d'impact sur sa saison 2016. Elle a pris du repos et s'est laissée du temps pour guérir ses maux, ce qui n'a pas été souvent le cas cette année. C'était nécessaire... et maintenant, elle est ultra-motivée."

Mais ce mal au genou alors, qui est revenu début 2016, inquiète-t-il vraiment la numéro un mondiale ? "Son mal a été surinterprété. Cela n'est pas aussi grave que ce que Nadal a eu, comme j'ai pu lire. Je précise : c'est le même type de problématique, mais pas le même problème. Elle a 17 ans de tennis, ses genoux n'ont plus 20 ans. Elle avait juste besoin de repos. Nadal va d'ailleurs bien mieux aujourd'hui, il n'y a pas de quoi s'affoler. Maintenant, elle a retrouvé la plénitude de ses moyens."

Forte de son expérience dans sa quête du Grand Chelem, Serena sait désormais comment reprendre cette longue route. Encore une fois. "Ce n'est pas un objectif de début de saison, assure son éclaireur d'entraîneur. Il le devient au fur et à mesure que l'on avance. Son objectif premier, c'est de gagner, tout simplement. A chaque fois qu'elle se présente en Grand Chelem, elle veut gagner. On a des records en ligne de mire, sans surcharger nos objectifs. Par exemple, à Melbourne, on se dit que l'objectif sera de gagner à l'Open d'Australie, pas de battre le record de Steffi Graf. Les records ne sont que les conséquences de tout cela." Même si certains trouveront toujours quelque chose à redire...

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