C'est bien connu, les grands joueurs brillent dans les grands tournois. Dans les rendez-vous majeurs, ils ne laissent que des miettes aux autres. Prenez le "Big Four", terminologie désignant les quatre ténors du circuit ATP. Ces dernières années, qu'il s'agisse des quatre tournois du Grand Chelem ou des Masters 1000, Roger Federer, Novak Djokovic, Andy Murray et Rafael Nadal ont trusté une très, très grande partie des titres, des finales et même des places dans le dernier carré. A cette règle, une seule exception: Bercy. Sous la pyramide verte de l'est parisien, les statistiques volent en éclats et le quatuor infernal affiche un bilan nettement moins impressionnant.
Depuis le début de leurs carrières, à eux quatre, Federer, Djokovic, Murray et Nadal ont ainsi atteint au cumul le dernier carré à 136 reprises dans les Masters 1000. Mais seulement... cinq fois à Bercy. Cinq demi-finales à quatre, c'est un total ridiculement faible si on le rapporte aux autres tournois de la même catégorie. A titre de comparaison, les "Fab Four" ont figuré au total 19 fois dans le dernier carré à Miami et 20 fois à Indian Wells. Dans aucun autre Masters 1000 ce chiffre est inférieur à 10. C'est dire.
Deux victoires en sept ans
Si l'on prend en compte le bilan des différents Masters 1000 hors Bercy depuis 2004 (soit huit tournois et huit éditions), le titre est revenu à un de ces quatre joueurs à 57 reprises sur 64 tournois. Seuls Andy Roddick (deux fois), Nikolay Davydenko (deux fois), Ivan Ljubicic, Tommy Robredo et David Nalbandian ont réussi à se frayer un chemin jusqu'à la victoire finale. Seul Bercy sort du lot. Lors des sept dernières campagnes, on ne dénombre que deux victoires des membres du Big Four (Djokovic en 2009, Federer en 2011), contre cinq au reste du circuit (Berdych, Davydenko, Nalbandian, Tsonga et Söderling).
Comment expliquer cette exception parisienne? Elle tient très largement à la place du tournoi dans le calendrier. Bercy est le dernier Masters 1000 de la saison. Les meilleurs joueurs ont souvent près de 80 matches dans les jambes et, contrairement à d'autres, ils n'ont pas besoin d'aller chasser les points dans la course au Masters. Alors ils se préservent. Parfois même, ils ne viennent pas. Le forfait de Roger Federer, dimanche soir, en est malheureusement une nouvelle preuve. Autre exemple, Rafael Nadal n'a disputé que trois fois le tournoi de Bercy. Son bilan personnel, très honorable (une finale, une demie, un quart) fait regretter qu'il ne soit pas venu plus souvent.
Le changement de date, seul salut
Mais entre usure physique et motivation flottante avant le Masters, les ténors ont très souvent évolué très en-deça de leur véritable niveau. Andy Murray, en sept participations, n'a jamais dépassé les quarts. Un cas unique pour lui. En dehors de sa victoire en 2009, Djokovic n'a jamais brillé, son deuxième meilleur résultat étant son quart de finale l'an dernier. Quant à Federer, jusqu'à 2010, son CV personnel à Bercy était d'une incroyable maigreur. Depuis, avec une demi-finale et surtout sa victoire en 2011, il y a eu du mieux.
L'édition 2012 infirmera-t-elle ces données historiques? Pas sûr, dans la mesure où le Big Four est déjà amputé de la moitié de ses effectifs avec les forfaits de Federer et Nadal. Et la proximité extrême du Masters de Londres, qui débutera le lendemain de la finale de Bercy, ne sert pas les desseins du tournoi désormais dirigé par Guy Forget. Djokovic, désormais assuré de finir l'année à la première place mondiale, ne prendra pas le moindre risque. Murray non plus. L'avenir passe inévitablement par un changement de date dans le calendrier. En 2014, il pourrait être replacé en février. Il deviendrait alors non pas être le dernier mais le premier Masters 1000, sans doute trois semaines après la fin de l'Open d'Australie. Les gros bras pourraient y faire leur retour. De toute façon, ça ne peut pas être pire qu'aujourd'hui...



DPPI
























