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6e jour : déclarations
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Publié 05/11/2010 à 18:01 GMT+1
Voici ce qu'ont dit quelques uns des protagonistes de la 9e Route du Rhum du vendredi 5 novembre à 13h00 au samedi 6 novembre à 13h00.
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Thomas Coville (Sodebo, Ultime, 2e vendredi à 15h40) : "C'est musclé, j'ai entre 28 et 30 nœuds de vent avec la mer qui va avec ! Je suis assez toilé, j'avance à 33/34 nœuds, il faut être vigilant et concentré ! C'est ça que je suis venu chercher, mais je ne pensais pas qu'il y aurait autant de vent, hier on a eu jusqu'à 44 nœuds. Là, je fais de bonnes moyennes, mais dans les vagues le bateau s'arrête un peu."
Servane Escoffier (Saint-Malo 2015, Ultime, 7e vendredi à 15h40) : "Je prends beaucoup de plaisir à être là et je profite de chaque moment, car il y a toujours un peu de stress. Je suis proche de Gilles (Lamiré) mais la route est longue et il faut surveiller tout ça, car le moindre souci prend vite de l'ampleur sur ces gros bateaux. J'essaie de naviguer bien et calmement. Il ne faut pas forcément être sur la retenue mais tout regarder et faire quand même sa route avec un bon rythme."
Roland Jourdain (Veolia Environnement, monocoque 60 pied IMOCA, leader samedi à 07h00) : "J'ai trouvé un petit boulot de veilleur de nuit. Par contre c'est du boulot veilleur de nuit sur un 60 pieds comme ça ! La nuit s'est bien passée, je dormais d'ailleurs. Le début de nuit était délicat avec un vent très irrégulier, avec une route pas carrossée et de la mer, on fait des sorties de routes. J'étais en terrasse en début de nuit et là je suis rentré. Il fait beau, on est dans des températures assez bonnes.
Il y a de l'ordre d'une vingtaine de nœuds de vent, mais en début de nuit ca allait de 21 à 29 nœuds. Quand on navigue au portant, le bateau prend les creux de vague un peu n'importe comment, donc tu ne peux pas trop le toiler, car dans les rafales il butte dans la vague et il peut faire des bêtises.
A un moment il faut faire confiance en ses collègues de boulot et Albert mon copain le pilote a été embauché pour travailler 24/24, on peut compter sur lui, même si pour un délit de sale gueule, on a tendance à ne pas faire confiance.
Je lui ai fais la causette pour être certain qu'il était utile, ensuite j'ai été faire des petites travaux dans le bateau, épongeage et un peu de rangement. Je me suis aperçu qu'Albert n'avait pas besoin de moi, alors si c'est comme ça ; Albert, à demain ! Pour la suite il va y avoir de l'empannage dans l'air, on fait le tour de l'anticyclone.
Pour le classement ce sont des petits riens qui font plaisir mais à l'échelle de ce qu'il nous reste … Tout ça c'est pas mal, on est bien comme ça ! "
Kito de Pavant (Groupe Bel, monocoque 60 pieds, 5e vendredi à 15h40) : "C'est un peu la guerre sur le bateau, on est au portant avec 35 nœuds de vent et ce n'est pas très confortable. C'est chaud. Ça a été super rapide, la bascule s'est faite en l'espace de 2 minutes. Je me suis fait surprendre et le temps de vider les ballasts et de virer de bord, j'ai perdu du temps. On avait 22 nœuds de sud et on s'est retrouvé immédiatement avec 20 nœuds de Nord. Ça a été sport."
Kito de Pavant (Groupe Bel, monocoque 60 pieds, abandon samedi à 05h00) : "J'ai entendu comme une détonation dans le bateau. J'ai regardé sur le pont mais il n'y avait rien. Le bateau s'est tout de suite couché brutalement. J'ai été voir la quille et constaté qu'elle ballottait sans être retenue. Sur nos bateaux à quille pendulaire, nous avons un axe sous le bateau et un second au-dessus qui fait bras de levier et sur lequel il y a une tige en acier. C'est celle-ci qui a cassé. La décision a été vite prise d'arrêter la Route du Rhum ici. Je fais demi-tour pour revenir vers les Açores. On ne peut pas continuer en course comme ça. Nous sommes en sécurité avec le bateau. Par chance, cet axe cassé est toujours en place mais le système de secours s'appuie dessus et il faut quand même y aller 'molo'."
Marc Guillemot (Safran, monocoque 60 pieds, 6e vendredi à 15h40) : "Je suis entré en collision avec quelque chose, j'ai cassé mon hook de safran. J'avais 36 nœuds de vent, le safran s'est soulevé, le bateau est parti à l'abattée, a empanné. J'ai fait un vrac comme je n'avais encore jamais fait. C'était très long. C'est le truc qu'on ne souhaite même pas à ses concurrents. Avec le vent qu'il y avait et la mer, à l'extérieur j'avais une ou deux voiles que je ne rentre jamais parce c'est compliqué. Avec le bateau à moitié dans l'eau, j'ai vu partir la voile. J'étais à cheval sur ma colonne pour reprendre ma bastaque, mais il était hors de question de la rattraper parce que c'était un coup à partir avec elle."
Michel Desjoyeaux (Foncia, monocoque 60 pieds, 9e vendredi à 15h40) : "Je suis sous grand gennaker et grand voile haute, je marche à 14 nœuds. Il ne fait pas froid mais c'est encore très humide. Depuis deux jours, ça glisse un coup sous grand spi, un coup sous gennaker. Il y a quelques manœuvres fatigantes de changement de voiles, pas mal d'heures de barre dès qu'on est sous spi, mais la trajectoire est relativement rectiligne, il n'y a pas grand chose d'autre à faire que d'aller vite dans l'ouest (…) Pour prendre un point de comparaison : Armel (ndr : Le Cléac'h) qui a très bien navigué cette année s'en est très bien sorti jusque là. Il est en phase, très à l'aise, dans le bon tempo. J'ai beau avoir de l'expérience, j'ai beau avoir du métier, cela ne suffit pas (…) J'ai la chance de naviguer sur un beau bateau. Et je ne ménage pas la monture parce qu'il faut aussi la tester. Je ne suis pas à un rythme de convoyage ! Cela fait cinq jours qu'on est sur l'eau et je n'ai pas touché à la caisse à outils sauf pour l'emmener d'un bord sur l'autre… Cela dit, il y a encore quelques bricoles d'électronique et j'ai de quoi m'occuper (…) Devant, c'est un bazar sans nom. La route nord les fait passer à travers une tempête tropicale (ndr : l'ouragan Tomas qui menace actuellement Haïti)… Et de notre côté, il y a une grosse incertitude pour savoir comment on va rejoindre la ligne d'arrivée. Si j'arrivais à mettre deux modèles météo d'accord…"
Franck Yves Escoffier (Crêpes Whaou!, Mutli50, leader samedi à 07h00) : "J'étais dehors à surveiller après avoir dormi 45 minutes, je sortais le bout de mon nez. J'ai croisé un cargo, si je n'avais pas abattu, ça aurait pu être dangereux. La mer n'a pas très bel état, et après avoir passé le front j'étais d'une sacré humeur… Quand tu vois ton concurrent direct revenir autant tu as un peu les boules. La mer était forte et le vent aussi. J'ai fait des choix de voiles pas très judicieux et après j'étais fâché, donc je suis allé me coucher. Avant le pointage je viens de dérouler la trinquette avec 2 ris dans la grand-voile. Ce n'est pas le temps que j'aime sur ce genre de multicoques. Ce n'est pas la tempête, mais la mer est toujours un peu croisée, ce n'est pas établi. Ce n'est pas marrant mais ça fait partie du jeu, mais avec ce bateau je n'aime pas, je préférai être en monocoque ou à bord de mon vieux Gamin ! Les prochaines heures vont être humides, je vais passer la serviette éponge, attendre le jour pour voir l'état de la mer et si j'ai bien toilé car la nuit ce n'est pas évident à dire, pas facile de ressentir les choses. J'aurai aimé passer le front de jour."
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