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Jenia Grebennikov, le choix de l'excellence récompensé

Grebennikov, le choix de l'excellence récompensé
Par AFP

Le 18/10/2015 à 23:27Mis à jour

Jenia Grebennikov a signé un Euro de très grande qualité avec l'équipe de France. Et dire que ce n'est pas son poste d'origine.

En devenant libéro, Jenia Grebennikov a fait le choix de l'excellence contre celui du plaisir pur, une option récompensée dimanche à Sofia par un titre de champion d'Europe de volley avec l'équipe de France.

Ce tournant défensif a été pris très tôt, à l'âge de seize ans, quand son père, l'ancien joueur russe Boris Grebennikov, devenu entraîneur à Rennes, lui a présenté l'alternative suivante: s'éclater en tant que réceptionneur attaquant en faisant une croix sur ses ambitions internationales ou se spécialiser dans le rôle plus étroit du libéro en visant les plus hauts sommets. Choix difficile car Jenia, comme tous les gosses qui jouent au volley, adorait taper dans la balle quand il était petit. "J'aimais bien être dans la lumière. J'étais attaquant, j'avais tous les ballons et je me régalais. En tant que libéro, j'avais peur de ne pas avoir de reconnaissance. D'entendre des remarques du genre: 'Pourquoi il a un T-shirt différent des autres celui-là?".

Jenia Grebennikov (France)

Jenia Grebennikov (France)AFP

Le libéro, poste créé il y a une quinzaine d'années pour permettre aux joueurs de toute taille d'atteindre le haut niveau, passe tout le match à l'arrière. Il n'a pas le droit d'attaquer, de servir ni de contrer, et son rôle est strictement limité: réception et défense. Un crève-coeur car Grebennikov n'est ni petit (1,88 m), ni malingre (85 kg), ni dépourvu de détente. A l'échauffement d'avant-match avec les Bleus, il tente toujours de mettre une ou deux attaques surpuissantes, comme pour montrer qu'il n'a pas pris la direction de l'arrière uniquement par défaut. Au "poste 4", aussi appelé "complet" ou "attaquant réceptionneur", il pourrait parfaitement réussir une honnête carrière. "Mais pas viser l'équipe de France", tranche son père. Or c'est justement le grand rêve du jeune Jenia.

Le roi de l'applaudimètre

Direction donc l'entraînement du Rennes Volley 35, histoire de voir ce qu'il peut faire des "parpaings" envoyés par les géants de l'équipe professionnelle. L'évidence ne tarde pas à s'imposer: Grebennikov a un talent hors du commun pour ramener des ballons impossibles. Sa conviction consolidée, il se met au travail, devient "pro" à Rennes et prend de plus en plaisir dans son rôle. Le libéro n'est-il pas le roi de l'applaudimètre? Le public raffole des plongeons, des défenses à la gardien de handball et des ballons récupérés au fond de la salle ou à la limite des tribunes. Mais l'essentiel n'est pas dans le spectacle. La base, c'est la réception parfaite, le fameux "plateau" fourni au passeur qui est l'ingrédient indispensable de tout succès en volley-ball. "Le meilleur, c'est celui qui fait le moins d'erreurs", souligne-t-il.

Pour Grebennikov, le volley est une passion et aussi un gagne-pain. Et de ce point de vue-là également, le choix du libéro a été le bon. Mais la condition était la même: l'excellence. "Il faut vraiment être parmi les meilleurs pour être coté. Sinon le libéro c'est celui qu'on prend avec ce qu'il reste d'argent", dit le joueur de 25 ans, qui va passer du club allemand de Friedrichshafen à celui de Macerata, l'un des plus prestigieux d'Italie et d'Europe. Pour faire partie des meilleurs, il faut "du réflexe, de la vitesse de jambes et une très bonne lecture du jeu", dit Grebennikov. Pas question de renvoyer un ballon venant à 140 km/h si on n'a pas deviné la direction de la frappe, pas moyen d'aller chercher une feinte si on ne l'a pas anticipée. Il faut aussi du courage physique car, à l'entraînement surtout, on prend plus souvent la balle dans le buffet voire dans la tête. Mais c'est un prix bien modique à payer pour recevoir en échange le carburant des champions: la victoire.

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