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Mekhissi-Benabbad, l’invité surprise

Mekhissi-Benabbad, l’invité surprise
Par Eurosport

Le 19/08/2008 à 06:05Mis à jour

A 23 ans, Mahiedine Mekhissi-Benabbad a brisé son relatif anonymat de la plus clinquante des manières. Portrait de ce jeune espoir rémois qui ne doute de rien et qui brûle les étapes en accéléré. Quitte à susciter des doutes.

"Désole, je ne le connais pas." Tout champion olympique qu'il est, Brimin Kiprop Kipruto n'a pas la science infuse. Aussi, quand on l'interroge sur le profil de son dauphin, le Kenyan sèche. Comme l'immense majorité des experts en athlétisme massés dans les gradins du Stade Olympique de Pékin.

A 23 ans, Mahiedine Mekhissi-Benabbad a parfaitement réussi son coup. Total inconnu auprès du grand public et méconnu des experts, le tout nouveau vice-champion olympique du 3000 m steeple n'est toutefois pas complètement sorti de nulle part. Champion d'Europe espoirs du 3000 m steeple l'an passé, ce grand échalas d'origine algérienne (1,90 m pour 75 kg) n'a pas tardé à confirmer à l'échelon supérieur en réalisant d'emblée les minima olympique, et en s'imposant lors de la Coupe d'Europe d'Annecy et du meeting de Monaco. C'est d'ailleurs à l'occasion de ce succès sur le Rocher, obtenu au nez et à la barbe des spécialistes de la discipline, que les ambitions de Mahiedine ont fini par germer. Au point de clamer à qui veut l'entendre qu'il sera sur le podium à Pékin. Voire mieux si le rythme de la course l'amène sur un plateau doré. Lors de son tour d'honneur, drapé dans le drapeau tricolore, c'est d'ailleurs l'une des premières choses qu'il lancera à l'un des membres de la Fédération Française d'Athlétisme : "Je t'avais bien dit que j'aurais une médaille, mais personne ne me croyait !"

"Je t'avais bien dit que j'aurais une médaille"

Finalement, ceux qui y croyaient dur comme fer n'étaient qu'une poignée. A commencer par son entraîneur depuis toujours, Zouir Foughali, alors éducateur sportif lorsqu'il le repère en école primaire, avant de vraiment le diriger chez les cadets. "Il a des qualités phénoménales, explique le coach de l'EFS Reims Athlétique, le club de Eunice Barber et Yohann Diniz. J'étais persuadé qu'il pouvait le faire. Sa force, c'est d'être un battant. D'avoir du tempérament et de se montrer déterminé. Il a suivi une progression logique, et je ne connais pas ses limites."

Fils d'une famille modeste de dix enfants basée dans le quartier Wilson de Reims, Mahiedine Mekhissi-Benabbad a finalement mis l'accent sur le 3000 m steeple, après avoir montré de sérieuses dispositions sur le 1500 m dont sa meilleure performance personnelle culmine tout de même à 3'35''73. Après avoir quitté il y a deux ans sa Champagne natale pour tenter l'aventure du très haut niveau à l'INSEP, le prodige est revenu au bercail l'hiver dernier, incapable de couper le cordon avec ses proches. Discret, sérieux et appliqué à l'entraînement, il n'est pas non plus du genre flambeur, lui dont la première coquetterie fut de s'acheter avec ses primes une… Renault 19 !

Doué, bosseur, enfant modèle. Mahiedine Mekhissi-Benabbad semble cumuler les qualités. Et pourtant, il y avait comme un malaise ambiant dans le camp français après cette médaille d'argent inattendue. Sa trajectoire fulgurante cumulée aux affaires de dopage dont a été victime ces derniers mois l'athlétisme français a calmé les ardeurs, là où la fête aurait dû battre son plein. "On est dans un monde de doutes, reconnaît son entraîneur. Je ne peux rien y faire. Tout ce que je peux dire, c'est qu'il valait beaucoup mieux que ses 8'14''22 (son ancien record personnel, désormais porté à 8'10''49). Il donne son sang et son urine quand les préleveurs le lui demandent. Il a passé tous les contrôles et il n'y a aucun problème. Les gens peuvent toujours parler. Lui, il prouvera le contraire sur le terrain". C'est tout le mal que les amoureux de l'athlétisme lui souhaitent pour que la désillusion ne soit pas, une fois encore, immense et désespérante.

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