"Un sentiment mitigé". Voilà dans quel état d'esprit se trouve Kevin Mayer à mi-décathlon des Mondiaux de Doha, ce mercredi soir. Après cinq épreuves, il pointe au 3e rang derrière la paire canadienne Damian Warner-Pierce Lepage, qui comptent respectivement 30 et 3 points d'avance sur le Français. Ce dernier a montré deux visages au cours de sa première journée, passant du très bon au moyen, une tendance pas forcément rassurante avant de conclure la partie jeudi. Mais il reste le maître du navire. À condition de limiter les avaries et que sa carcasse le laisse tranquille.
Tout avait parfaitement débuté pour le Montpelliérain. Sur le 100m, il a commencé par s’offrir un nouveau record personnel (10''50, cinq centièmes de mieux que sa précédente marque). Dans la foulée, il a chassé les démons de Berlin sur la longueur ("remember" son zéro pointé aux championnats d'Europe), en améliorant à chaque tentative sa meilleure marque (7,56m au final). Et puis, il a laissé échapper un cri rageur sur son deuxième jet au poids. 16,82m. Tout près de son record. À cet instant, tous les feux étaient au vert. Première place au classement. Et une avance de trois points sur son record du monde, établi en septembre dernier à Talence.
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Kevin Mayer, après son lancer du poids à 16,82m lors du décathlon des Mondiaux de Doha 2019

Crédit: Getty Images

L'or reste à sa portée, mais le record s'annonce compliqué

Les choses se sont ensuite un peu gâtées. À la hauteur, il a dû se contenter de 1,99m, barre franchie à sa troisième tentative, comme pour 1,96m. Après son dernier échec, il a laissé échapper une grimace en se tenant le genou, avec lequel il confirmera avoir "un problème récurrent" (ndlr : il ne s'entraîne quasiment plus sur cette discipline à cause de la douleur). Enfin, il a terminé dernier de sa série sur 400m, certes la plus rapide, en 48''99, à sept dixièmes de sa meilleure marque. Conséquence, il se retrouve, à mi-parcours, relégué à la 3e place. Et il compte 80 points de retard sur sa marque de Talence, ce qui amoindrit grandement ses chances d'améliorer son record du mode.
Démarrée au sprint, sa première journée s'est donc terminée au petit trot. Mais à l'écouter, rien n'a vraiment tourné rond. "Honnêtement, j'ai eu zéro sensation toute la journée, a juré Mayer au micro de France Télévisions. C'est un décathlon pas comme les autres, ça va super vite, on enchaîne toutes les épreuves, c'est dur de tenir." Décryptage : parce que chaque journée des Mondiaux de Doha se déroule sur une session unique, le programme est bien plus condensé qu'à l'accoutumée. Les cinq épreuves de mercredi se sont tenues en sept heures. Contre presque douze aux championnats d'Europe l'an dernier. Un rythme infernal qui ne semble pas très bien réussir au Français. Mais il devra à nouveau affronter la même chose jeudi, à peu de choses près (huit heures) : "Normalement on commence à 9h30, là ça démarre à 16h30. Y'avait zéro repos entre les épreuves."

"Ils n'ont pas marqué assez de points pour me battre"

Si Mayer ne semble pas totalement dans son assiette, c'est aussi que sa tête n'y est pas vraiment. En début de semaine, il avait qualifié ces Mondiaux de Doha de "catastrophe" tant l'audience dans le stade était faible et la chaleur à l'extérieur extrême. Le Qatar ne l'inspire pas. Et en parallèle, il ne peut s'empêcher de se projeter déjà sur Tokyo et son rêve d'or olympique, qui se profile à dans dix mois : "Les JO sont mes plus gros rêves, a-t-il confié. Donc j'ai du mal à être totalement dans cette compétition." Étonnante confidente d'un athlète toujours en course pour un titre mondial.
Pour autant, pas question de lâcher l'affaire. Il sait que l'or est toujours à sa portée, que la couleur du métal ne dépend que de lui. Il se voit toujours comme le favori. "On connait ma deuxième journée du décathlon. Si je vire en tête à la première, c'est vraiment pas bon pour eux (ses adversaires). Ils ont réussi à me rattraper au 400m. Mais ils n'ont pas marqué assez de points pour me battre si je fais les bonnes choses (jeudi). Il va falloir que je me batte avec moi-même, avec mes sensations. Et essayer de prendre du plaisir. Parce que c'est quand même, à la base, pour ça que je suis ici."

Kevin Mayer, Doha 2019

Crédit: Getty Images

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