Après l'exploit de Christo Popov, Cyrille Gombrowicz (DTN) : "Les frères Lebrun ont décroché une médaille aux JO, ce qu'on n'a pas encore fait"

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Ce weekend, Christo Popov a réalisé une performance majeure en devenant le premier français à remporter les World Tour Finals en Chine après avoir battu le N.1 chinois Shi Yu Qi, en deux manches (21-19, 21-9). Cyrille Gombrowicz, le DTN de la fédération française, revient sur l'impact de ce succès tonitruant et l'excellente forme du badminton tricolore avec trois Français dans le Top15 mondial.

Christo Popov célèbre sa victoire sur le numéro 1 mondial, Shi Yu Qi en finale des World Tour Finals

Crédit: Getty Images

Christo Popov a écrit une nouvelle page du badminton français en remportant dimanche les World Tour Finals en Chine, soit l'équivalent du Masters de tennis, une première pour un joueur tricolore. Est-ce que vous attendiez un tel succès ?
Cyrille Gombrowicz : On était plusieurs à savoir que Christo Popov avait toutes les qualités pour gagner un grand titre, puisqu'il n'était vraiment pas loin depuis plus de six mois. Il avait fait de nombreuses demi-finales et une finale aux IFB (ndlr : Internationaux de France de Badminton), avec des matches très, très serrés contre les meilleurs mondiaux. Mais là, l'exploit, c'est d'avoir enchaîné contre les tout premiers mondiaux des matches tendus et à chaque fois de les avoir faits basculer en sa faveur. C'était vraiment un enchaînement fort.
A l'issue de cette année 2025, la France se retrouve avec trois joueurs dans le Top 15 mondial (ndlr : Alex Lanier 7e, Christo Popov 8e et Toma Popov 15e), d'où vient cette excellence du badminton français ?
C.G. : C'est un travail de longue haleine qui est mené par la Fédération et par la direction technique nationale. Ça fait plus de 25 ans qu'il y a un travail important, que ce soit au niveau de la détection, qui s'est améliorée et de la formation des plus jeunes. Maintenant, on a des joueurs qui commencent le badminton à 6 ou 7 ans, alors qu'auparavant, c'était peut-être à 11-12 ans. Et ils sont mieux formés. (…) On a structuré nos centres d'entraînement. On a des pôles Espoir, deux pôles France Jeunes, un pôle Olympique à l'INSEP. On a fait monter en compétence les entraîneurs. On essaie toujours de renforcer l'encadrement. C'est l'ensemble de ces paramètres qui expliquent cette belle éclosion.
A Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), les frères Popov ont aussi trouvé le cadre idéal pour s'imposer au haut niveau avec leur père comme coach au quotidien…
C.G. : Oui. Et je dirais qu'on a l'intelligence aussi de permettre à des structures ou des parcours atypiques d'exister et de les faire reconnaître. On a à la fois les centres, les pôles, les centres nationaux d'entraînement, mais on reconnaît aussi des structures comme celle de Fos, qui est indépendante mais bénéficie de l'appui de la Fédération. Elle possède la reconnaissance de cette dernière et grâce à cela, elle bénéficie d'aides qui sont apportées par l'Agence nationale du sport. Mais on ne le fait pas pour rien : il y avait aussi une crédibilité dans ce qui était mis en place autour des joueurs notamment la progression qu'ils affichaient. Et tout cela porte ses fruits au bout d'un certain nombre d'années.
Si on ajoute aux trois garçons les performances de Thom Gicquel et Delphine Delrue en double mixte (médaillés de bronze aux Mondiaux en 2025 et premiers Français à remporter un Super 1000), est-ce que l'on peut considérer que la France est en train de s'imposer comme une place forte du badminton mondial ?
C.G. : La route est encore longue pour être une grande nation de badminton, une nation majeure. Si on parle de nation majeure, c'est la Chine, la Corée ou encore le Japon qui essaie depuis plus de 20 ans et qui est en passe de le devenir. Mais c'est l'ambition affichée de la Fédération : devenir une grande nation de badminton. Je pense qu'on est en chemin, on montre des signes positifs. Mais on n'y est pas encore. On n'a pas de titre mondial ni de sacre olympique. Et pour être une grande nation, il faut le faire dans plusieurs disciplines.
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Cyrille Gombrowicz, DTN de la Fédération française de Badminton (Crédit : FFBaD)

Crédit: From Official Website

Des plafonds de verre ont cependant été cassés cette année. Est-ce lié à l'émulation d'avoir trois joueurs au plus haut niveau qui se poussent vers le haut ?
C.G. : Ces plafonds ont été cassés parce qu'on a fait des résultats réguliers, petit à petit, année après année. Avec par exemple la victoire d'Alex Lanier l'année passée sur un 750 au Japon. Le fait de faire des performances qui n'ont jamais été réalisées auparavant par un joueur français, bien sûr que ça casse des barrières psychologiques. Ça permet de surmonter des moments difficiles dans un match, de s'accrocher et puis de faire basculer une rencontre, ça c'est certain. Ça permet aussi d'avoir confiance dans les techniciens, dans les entraîneurs, dans l'encadrement. Et pas de remettre en cause systématiquement son équipe d'encadrement, sa ligne directrice dans son entraînement. C'est bien aussi d'avoir une certaine constance et d'avoir la patience. De se dire que le travail mis en place ne porte pas toujours ses fruits dans les semaines qui arrivent, mais peut-être dans les mois qui viennent. Or, il y a aujourd'hui une confiance dans l'école française de badminton pour la performance de très haut niveau. Et elle s'affirme. On ne pense pas que c'est en copiant des recettes d'autres pays que l'on va y arriver. Il faut bien sûr étudier ce qui se passe ailleurs, mais aussi définir notre propre école de badminton pour la performance, avec notre propre écosystème. On possède un système particulier en France, et il faut pouvoir en tirer tous les atouts.
On parle beaucoup de l'effet Lebrun pour la visibilité et le nombre de licenciés en tennis de table, est-ce que vous vous attendez à un effet identique pour le badminton après ces excellents résultats ? Comment peut-on capitaliser sur ces performances ?
C.G. : On s'attend à avoir plus de licenciés, c'est sûr. Après, l'exploit est notable mais les frères Lebrun ont eux décroché une médaille aux JO ce qu'on n'a pas encore fait donc on espère poursuivre sur notre lancée et continuer à avoir des résultats internationaux de premier ordre avec déjà des médailles aux championnats du monde. C'est l'objectif. Après, on pourra songer à une médaille olympique. Cependant, capitaliser sur tout cela, ça veut aussi dire pouvoir accueillir les personnes. On a donc la volonté de pouvoir gagner en surface de jeu, d'avoir plus de terrains, notamment dans les grandes villes où on a un problème de saturation de nos clubs. C'est pour ça qu'on essaye de développer des pactes avec les clubs afin de permettre l'acquisition de terrains grâce aussi à la persuasion des présidents de clubs auprès de leurs communes pour gagner des espaces de pratique. La fédé vient alors en appuis. C'est un autre enjeu clef tout comme la création de clubs dans les zones où le badminton manque.
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