Final Four NCAA - La plus grande rivalité du sport US ? Duke - North Carolina, ils aiment tant se détester

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FINAL FOUR NCAA – C'est l'histoire de deux voisins qui ne peuvent s'éviter mais ne se supportent pas. Leur proximité les rend indissociables. Chacune de leur confrontation renforce cet antagonisme. Les universités de Duke et North Carolina, qui s'affrontent samedi en demi-finale du Final Four NCAA, ont noué depuis plus d'un siècle un lien sulfureux. Pour le grand plaisir des amoureux du basket.

Jouer à Duke, une certaine idée de l'enfer pour tout joueur de North Carolina. Et vice-versa.

Crédit: Getty Images

Il faut moins d'un quart d'heure en voiture pour couvrir les 12 kilomètres qui séparent les deux facs basées à Durham et Chapel Hill, reliées par la "Tobacco Road", le petit nom de l'autoroute 15-501. Duke et North Carolina, si proches et que, pourtant, tout sépare. Duke la privée. North Carolina la publique. Deux statuts, deux structures, deux cultures. Une proximité géographique mais un antagonisme éternel. Surtout quand il est question de basket. Dans ce domaine, c'est une rivalité séculaire qui oppose ces deux-là, depuis leur tout premier affrontement, le 24 janvier 1920, pour une victoire de UNC, 38 à 25.
256 autres duels ont suivi, mais celui programmé samedi, au Caesars Superdome de la Nouvelle-Orléans aura une saveur encore plus particulière : pour la toute première fois, les Blue Devils et les Tar Heels vont en découdre lors du Final Four NCAA, dans une demi-finale qui met tout le pays en émoi. Car la "Tobacco Road Rivalry" n'est pas seulement la plus importante du basket universitaire, mais une des plus fameuses et des plus intenses de tout le sport américain.
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Toujours tendus, les "derbyes" entre UNC et Duke.

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Aucune n'a de raison de jalouser l'autre. North Carolina a remporté six fois le titre universitaire. Duke cinq. Mais sur les trente dernières années, les Blue Devils ont l'avantage : 5-4. UNC va disputer ce week-end son 21e Final Four, Duke son 17e. Et si les Tar Heels mènent la danse dans les confrontations directes, c'est en grande partie grâce à leur domination dans les premières années, comme ces 16 victoires consécutives entre 1921 et 1928. En réalité, les deux facs se tiennent dans un mouchoir de poche, en témoigne cette statistique à peine croyable : sur 70 saisons, de 1950 à 2019, UNC a inscrit 13581 points face à Duke et en a concédé 13559. Soit une différence de 22 points sur 180 matches.

Art Heyman, le point de non retour

Si l'année 1920 marque donc le point de départ de cette relation teintée d'une haine cordiale, ce n'est qu'à l'aube des années 60 qu'elle a réellement décollé sur le plan sportif. Elle doit beaucoup à un homme : Art Heyman. A sa sortie du lycée, il est le joueur le plus prisé par les plus grandes universités du pays. Heyman signe d'abord une lettre d'intention pour rejoindre North Carolina, avant de changer d'avis au dernier moment. Il portera finalement les couleurs de Duke. Du côté de Chapel Hill, le grand pardon est inenvisageable.
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Art Heyman et le coach de Duke, Vic Dubas, en 1963.

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Duke n'a alors pas encore gagné la place qui est aujourd'hui la sienne dans le paysage sportif universitaire. Mais Heyman devient instantanément le héros de Durham, et l'ennemi juré de USC. "Plus que tout autre être humain, Art a permis à Duke de devenir une puissance incontournable dans le basket universitaire", écrira à sa mort, en 1992, l'ancien coach des Blue Devils, Vic Bubas. Dès lors, chaque confrontation entre les deux équipes va prendre une tournure explosive, parfois malsaine.
Art Heyman s'impose comme le meilleur joueur du pays (il sera le numéro un de la draft NBA à sa sortie de l'université en 1963) et devient une cible de l'autre côté de Tobacco Road, ce qui est loin de déplaire à ce provocateur au caractère sulfureux. Lors d'un des quatre matches face à UNC dans sa première saison, Heyman est agressé par Dieter Krause pendant un match. Il s'en tire avec cinq points de suture. Même les deux entraîneurs doivent être séparés avant d'en venir aux mains.

Les coups pleuvent, le sang coule

Mais le véritable acte fondateur en forme de point de non-retour de la rivalité peut être fixé à la saison suivante. Au 4 février 1961, précisément. Ce jour-là, Heyman se fait d'abord remarquer en poussant un supporter de UNC qui, croyait-il, voulait s'en prendre à lui. Puis, alors que Duke mène d'un point en fin de rencontre, il commet sous le cercle une grosse faute sur Larry Brown, la star des Tar Heels. Le futur entraîneur légendaire en NBA balance le ballon et réplique aussitôt en se jetant sur le scoreur des Devils. La rivalité collective se double ici d'une inimitié personnelle. Ces deux-là règlent des comptes vieux de plusieurs années. Ils ont grandi ensemble, se sont croisés sur les playgrounds et, déjà, ne s'appréciaient guère.
S'ensuit alors une gigantesque mêlée de plus de dix minutes, impliquant les joueurs mais aussi les staffs et des supporters des deux camps. Une autre future célébrité, Donnie Walsh (general manager puis président des Indiana Pacers dans les années 2000), attaque à son tour Heyman. Ce dernier est exclu puis suspendu une grande partie de la saison, tout comme Brown et Walsh. Peu importe : Duke a remporté ce match. "Quand j'étais sur le parquet, mon but était de marquer des points et de gagner. Pas de me faire des amis", résumera plus tard Art Heyman, l'homme qui a pour toujours changé la relation entre les deux universités.
Lors des six décennies suivantes, les coups ont souvent plu. Le sang a parfois coulé. En 1992, l'image d'Eric Montross alignant, un filet de sang sous l'œil gauche, ses trois lancers en fin de match pour permettre à North Carolina de battre la grande équipe de Duke alors au sommet de son art est restée ancrée dans les mémoires. Quinze ans plus tard, le coude de Gerald Henderson est lui resté ancré dans le nez fracturé de Tyler Hansbrough. Et ainsi de suite. Les casseroles se traînent parfois même jusqu'en NBA. Comme quand, en 2014, loin du ballon, le même Hansbrough a plaqué au sol l'ex-Blue Devil Mike Dunleavy Jr lors d'un match entre Toronto et Chicago.
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Le nez explosé de Tyler Hansbrough (North Carolina) face à Duke.

Crédit: Getty Images

Les "Cameron Crazies"

Mais Duke – UNC, c'est avant tout une guirlande de grands moments de basket. Des matches mémorables, chaque camp épousant sa juste part de satisfactions et de souffrances. Les fans des Heels maudissent encore le shoot à trois points victorieux au buzzer de Austin Rivers (qui, comme Art Heymans jadis, avait été convoité par les deux universités) en 2012 alors que North Carolina menait de dix points à un peu plus de dix minutes de la fin. En 1974, huit points furent inscrits dans les 17 dernières secondes du temps réglementaire pour un des dénouements les plus cultes de l'histoire de la NCAA à travers une prolongation victorieuse pour UNC.
Dix ans plus tard, c'est face à Duke que Michael Jordan, légende parmi les légendes de North Carolina, a disputé son tout dernier match à domicile en NCAA. MJ en est sorti vainqueur au terme d'une double prolongation. Mythique, là aussi. Quand UNC a inauguré en 1986 plus tard sa nouvelle salle, le Dean Smith Center, c'est encore l'ennemi juré qui était là pour cette soirée en grandes pompes. Pas plus tard que le 5 mars dernier, pour les adieux du coach Mike Krzyszewski au public du Cameron indoor Stadium, les Tar Heels étaient évidemment en face, trop heureux de venir spoiler la cérémonie du Coach K. en s'imposant.
Les supporters jouent d'ailleurs un rôle capital dans la rivalité et l'entretien de sa flamme. Ceux de Duke, particulièrement. Les fameux "Cameron Crazies". Ils expliquent en bonne partie pourquoi il est si difficile d'aller s'imposer à Durham, mais sont aussi une des principales raisons de la détestation générée par Duke, l'équipe universitaire la plus haïe de tous les Etats-Unis. On les dit insupportables et arrogants.
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La plus grande rivalité du sport US ? Voilà bien le seul point d'accord entre fans de Duke et de North Carolina.

Crédit: Getty Images

Blake Cockrum est journaliste pour le site Keeping it Heel. Il n'aime pas les Blue Devils, et c'est peu de le dire : "Tout le monde déteste les fans de Duke, bien au-delà des alentours de Chapel Hill. La mauvaise foi est consubstantielle au supporter, mais les Cameron Crazies dépassent toutes les bornes en la matière. D'autres peuvent être détestables et sont d'ailleurs détestés, à Kansas, Kentucky et même sans doute North Carolina, mais les Blue Devils méritent le premier prix. Cette exubérance, cette arrogance, cet excès de confiance permanent... Peut-être que je suis trop critique avec eux, je ne sais pas. Mais ils font tout pour être détestés et ils y parviennent."

Un Final Four pour l'histoire

Qu'ils le veuillent ou non, et ils le veulent, croyez-le, Tar Heels et Blue Devils sont indissociables. Leur rivalité a pris une telle place dans le sport américain que leurs retrouvailles constituent toujours un évènement et ce sera plus que jamais le cas ce week-end, avec le contexte du Final Four. De CE Final Four, surtout. Mike Krzyzewski va y achever sa somptueuse carrière. Peut-être avec un sixième couronnement. Son alter ego de North Carolina, Hubert Davis, veut écrire l'histoire à l'opposé : il serait le premier entraîneur sacré dès sa première saison sur le banc en NCAA.
On peut compter sur eux pour jouer, au besoin, la carte d'un apaisement relatif. Ils sont la caution sagesse au milieu du baril de poudre. Mike Krzyzewski entretenait avec le prédécesseur de Hubert Davis, Roy Williams, une relation emprunte de respect. "Roy et moi avons, je pense, rendu service au basket et à la NCAA, rappelait Coach K. l'an dernier. Nous mesurons la chance qui est la nôtre d'être à notre place, et nous reconnaissons aussi la qualité de l'entraîneur adverse, de l'équipe adverse. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas eu des moments tendus, mais notre relation a été saine et respectueuse."
Roy Williams, lui, a toujours souligné à quel point il aimait se frotter aux Blues Devils, particulièrement dans leur antre du Cameron Indoor Stadium : "L'ambiance est fantastique là-bas et c'est que j'aime dans le basket universitaire. Je suis flatté d'être sifflé là-bas. Ce que je n'aime pas, c'est la façon dont le match se termine parfois pour nous là-bas, ou la façon dont nous jouons. Mais jamais l'atmosphère." Il n'y a pas besoin de s'aimer pour se respecter. Au contraire, serait-on presque tenté de dire. Cette détestation réciproque, c'est leur bien commun le plus précieux.
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Duke - North Carolina, une rivalité pas comme les autres.

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