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Le "Big Three" est mort, vive la NBA

Le "Big Three" est mort, vive la NBA

Le 08/10/2019 à 21:16

NBA – Pour la première fois depuis 2007, aucune équipe ne se présente avec trois superstars dans ses rangs au coup d’envoi de la nouvelle saison. Voilà de quoi rendre le championnat le plus relevé du monde beaucoup plus ouvert, et sans doute plus intéressant. Le début d’une nouvelle ère ?

Il y a une logique implacable en NBA : le talent fait gagner des titres. Dans une ligue qui réunit la large majorité des meilleurs basketteurs de la planète, posséder les joueurs les plus doués dans son équipe est historiquement un gage de succès. La règle est vérifiée quasiment chaque année depuis plusieurs décennies. Le talent fait gagner des titres, donc, et plus il y en a dans une seule et même franchise plus c’est facile d’aller au bout a priori. Les plus grandes formations de tous les temps sont justement souvent celles qui sont chargées en superstars. Larry Bird, Robert Parrish ou Kevin McHale aux Celtics dans les années 80. Magic Johnson, Kareem Abdul-Jabbar et James Worthy aux Lakers à la même époque. Plus récemment Tim Duncan, Manu Ginobili et Tony Parker aux Spurs. Ce sont juste quelques exemples.

Il y a donc souvent eu des équipes portées par trois joueurs majeurs. Mais c’est leur construction qui a changé au cours des années. Nous allons fixer un point de départ à l’intersaison 2008. Cet été là, Boston a frappé un grand coup en récupérant Ray Allen le soir de la draft – échangé contre le cinquième choix – puis Kevin Garnett via un autre transfert quelques semaines plus tard. Les deux All-Stars se retrouvaient alors associés à Paul Pierce, un troisième larron. Le premier "Big Three" construit par des trades. Ils ont été sacrés champions le mois de juin suivant. Ils ont même joué une autre finale, perdue en sept manches contre les Lakers en 2010. Le paysage NBA a été complètement bouleversé cette année-là.

Garnett Pierce Allen

Garnett Pierce AllenEurosport

La fin de la règle de trois

Peut-être fatigués de perdre contre ces mêmes Celtics, LeBron James, Dwyane Wade et Chris Bosh, les trois principaux joueurs libres sur le marché en juillet, ont pris la décision de s’associer au sein de la même équipe, à Miami. Une, deux et trois superstars. Avec la promesse de gagner "pas un, pas deux, pas trois" mais de nombreux titres. En réalité, le Heat en a gagné deux (en 2012 et 2013) tout en jouant quatre finales consécutives (défaites en 2011 et 2014) jusqu’à ce que James prenne la décision de quitter la Floride pour former un nouveau trio, plus jeune, à Cleveland. Avec cette fois-ci, Kyrie Irving et Kevin Love à ses côtés. Et une nouvelle bague à la clé en 2016. C’est devenu une évidence : pour gagner, il faut être trois. Puis un jour il a fallu être quatre. Parce qu’entre temps, les Warriors ont construit un groupe magnifique, bâti dans "les règles de l’art" en piochant intelligemment lors de la draft avant de développer leurs jeunes comme Stephen Curry (septième choix en 2009), Klay Thompson (onzième choix en 2011) et Draymond Green (trente-cinquième choix en 2012). Champions en 2015, finalistes en 2016, ils ont finalement attiré Kevin Durant la même année. Pour former une armada avec quatre All-Stars dont deux MVP. Injouables. Invincibles au complet.

Golden State a décroché deux nouveaux titres. Et sans les blessures de KD puis de Thompson, les hommes de Steve Kerr auraient sans doute fait le triplé. Ils ont finalement été renversés par les Raptors d’un Kawhi Leonard monumental en juin dernier. La "super team" enfin battue. Et comme un symbole, par une superstar unique même si cette affirmation mérite d’être fortement nuancée puisque Leonard était épaulé par Kyle Lowry, Marc Gasol ou encore l’excellent Pascal Siakam. Disons simplement que Toronto ne comptait qu’un seul des quinze meilleurs joueurs NBA dans son effectif.

Durant a quitté la Californie dans la foulée. Il a signé à Brooklyn pour y rejoindre son ami Irving. L’éclatement du "Big Four" a alors entraîné une redistribution complète des cartes en NBA. Avec désormais des associations de deux superstars aux quatre coins du championnat. Il y a donc KD et Kyrie aux Nets. Anthony Davis a obtenu gain de cause en étant transféré aux Lakers, où il est maintenant associé à LeBron James. L’autre équipe de Los Angeles, les Clippers, a frappé encore plus fort en signant Leonard tout en faisant venir Paul George du Thunder via un transfert. Le départ de PG étant d’ailleurs synonyme d’une reconstruction complète à Oklahoma City puisque Russell Westbrook a ensuite été envoyé à Houston pour jouer avec James Harden. Voilà quatre tandems qui réunissent à chaque fois deux des vingt meilleurs joueurs mondiaux. Sans oublier les autres comme Joel Embiid et Ben Simmons (avec Al Horford et Tobias Harris autour), Damian Lillard et C.J. McCollum, Donovan Mitchell et Mike Conley, etc. La fin des "Big Three", la fin d’une époque.

Russell Westbrook et James Harden, NBA

Russell Westbrook et James Harden, NBAGetty Images

Des joueurs ciblés avec les "Big Three"

C’est d’ailleurs intéressant de se pencher sur l’impact plus ou moins indirect que les médias américains ont pu avoir sur la création de ces "super teams". LeBron James et Kevin Durant ont grandi en admirant Michael Jordan. Pendant des années, ils ont été "élevés" par les débats télévisés US où les analystes et les éditorialistes mettent principalement en avant le nombre de titres gagnés par un joueur pour jauger sa valeur et sa place dans l’Histoire. Petit à petit, être sacré champion coûte que coûte est devenu – à tort – l’unique critère pour juger de la réussite d’une carrière. Durant l’a dit lui-même : il pensait que les bagues allaient "lui ramener la paix." Au final, il a été très fortement critiqué pour sa décision d’aller jouer aux Warriors. Parce que cette équipe a tué le suspense – pas le beau jeu, au contraire ! – au point d’en devenir lassante même pour ses propres joueurs ! Le succès est devenu routinier. Fatigants.

Pour Steve Kerr, ses hommes, la ligue, les passionnés de basket et aussi les journalistes. Les "Big Three" suscitent d’abord l’excitation alors ils sont ciblés par les médias. Scrutés en permanence. Et dès que ça ne marche pas, ou moins bien, un bouc-émissaire est choisi parmi les trois stars en question. Son talent est remis en doute. Car quand il y un ballon pour trois, il y en a forcément un qui doit se sacrifier. Ray Allen jouait essentiellement en réception-tir à Boston alors qu’il a été un attaquant beaucoup plus complet tout au long de sa carrière. Chris Bosh et Kevin Love ont eux des rôles de joueur de devoir (de luxe) à Miami et Cleveland au côté de LeBron James. Le traitement réservé à ces stars peut donner à réfléchir avant d’aller former un nouveau trio en NBA.

Kevin Love LeBron James

Kevin Love LeBron JamesGetty Images

Des cartes rebattues

Nous voilà donc revenu à l’ère des duos. Et tant mieux pour nous, les fans ! La course au trophée est beaucoup plus ouverte cette saison. Cela faisait combien de temps que ça n’avait pas été aussi difficile de pronostiquer un futur champion au mois d’octobre ? Il n’y a aucune équipe "parfaite" sur le papier et donc de nombreux prétendants. Et même les outsiders ont le droit de rêver car la marge est rétrécie entre la première classe et la deuxième classe NBA. Il suffit d’une blessure ou de circonstances favorables pour éventuellement se frayer un chemin jusqu’en finales. Ça promet de belles batailles et surtout beaucoup plus de suspense.

C’est bénéfique pour la ligue et ses supporters. Et peut-être même aussi pour les franchises. Après tout, de nombreuses équipes ont déjà gagné avec un duo dominant. Michael Jordan et Scottie Pippen aux Bulls, mythique. Shaquille O’Neal et Kobe Bryant aux Lakers. Même si là, ce sont des tandems avec deux des meilleurs joueurs de tous les temps à chaque fois. Un "Big Three", quelque part, c’est seulement une opération à court terme – Spurs mis à part. La masse salariale et donc la profondeur de banc est sacrifiée et les effectifs sont souvent complétés par des vétérans à bout de souffle et à la quête d’une bague. Il est plus facile d’avoir deux stars et de les entourer de plusieurs bons joueurs de complément. Comme le disait Kobe, "ce n’est pas le duo qui compte c’est ce qu’il y a autour." Une stratégie à laquelle les organisations sont peut-être revenues.

Mais pour combien de temps ? Les "super teams" sont-elles vraiment mortes ? Après tout, Kawhi Leonard aurait très bien pu signer aux Los Angeles Lakers et il y aurait eu un autre trio dominant en NBA. Avoir trois stars, en playoffs, ça aide. Ça élimine la marge d’erreur ou la réduit fortement. Ce n’est donc probablement qu’une question de temps avant qu’une franchise sacrifie à nouveau une certaine profondeur d’effectif pour acquérir une troisième star. Peut-être que ce n’est qu’une période de transition avant la formation du prochain "Big Three". Et c’est à nous d’en profiter avec cette saison qui s’annonce passionnante.

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