"J’aurais voulu que tout le monde puisse connaître le vrai Dennis. L’un des gars les plus gentils que j’ai pu rencontrer. Un vrai introverti." Difficile d’imaginer qu’Alex English, ancienne superstar NBA, puisse parler ici de Dennis Rodman. L’homme qu’il dépeint est aux antipodes de la description faite du personnage depuis des années. Sympathique, sans doute. Mais introverti, vraiment ? Après tout, qui peut réellement cerner l’un des joueurs les plus énigmatiques et les plus controversés de l’Histoire de la ligue ? Peut-être que le grand public ne le connaît pas bien. Et ne le comprend pas, surement. Parce que peut-être qu’il est juste… comme tout le monde. Le plus marginal des gens normaux, aussi paradoxal que cela puisse paraître

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Ce qui est certain, c’est que le natif du New Jersey n’a pas eu une vie comme les autres. Ce depuis l’enfance. Selon ses propres mots, "un homme m’a mis au monde mais ça ne veut pas nécessairement dire que j’ai un père." Pour cause, son géniteur a abandonné le domicile familial alors que son fils était encore un bambin. C’est donc sa mère qui l’a élevé, seule, en compagnie de ses deux sœurs, dans l’un des quartiers les plus pauvres de Dallas. Drogues, misère et criminalité. Rodman y a été confrontés très tôt. Mais sans y plonger. Ce n’est pas pour autant qu’il avait un avenir. Il se souvient d’avoir été un joueur "incapable de mettre un layup" au lycée. Recalé de l’équipe. Et donc très loin des radars des principaux programmes universitaires du pays. Encore plus de la NBA.

Pistons to retire Dennis Rodman's No. 10 jersey

Crédit: Eurosport

Il était alors… sans domicile fixe. Puis gardien de nuit à l’aéroport de Dallas. C’est seulement après avoir soudainement pris des centimètres qu’il s’est essayé à nouveau au basket. Dans des universités de seconde zone, dans le championnat NAIA – comme son futur coéquipier Scottie Pippen. L’athlète aux 26 points et 16 rebonds de moyenne à Southeastern Oklahoma State était alors hébergé au sein d’une famille blanche, peu enclin à accueillir un jeune afro-américain mais qui a finalement accepté parce que Dennis était le seul ami de leur fils. C’est seulement en 1986, à 25 ans, que Rodman a réussi à faire son entrée dans la ligue après avoir été drafté au second tour par les Pistons. Cinq ans plus tard, il était double-champion NBA et double lauréat du trophée de meilleur défenseur. Un jeune homme sobre. Discret. Sans piercings. Sans artifices. Mais avec un mal-être profondément enfoui.

Dans sa tête, c’est le désordre. Et ça a failli mener au drame en février 1993. "Je suis allé au parking de la salle. J'avais un flingue dans la voiture. Il était dans ma main. J'étais en train de débattre avec moi-même. J'avais le flingue sur les genoux et je me suis endormi en écoutant le groupe Pearl Jam.Quand je me suis réveillé, il y avait les flics et du monde autour du moi. Je ne comprenais pas ce qui se passait. J'avais complètement oublié que j'avais une arme dans ma main. Ils m'ont sorti de la voiture. Tout ça n'avait rien à voir avec le basket. Je me sentais juste trahi et je voulais être aimé plus que ça dans ma vie."

La naissance d'un rebelle

Dennis Rodman

Crédit: Other Agency

Dennis Rodman était-il seulement à la recherche de l’affection qu’il n’avait jamais vraiment eue ? En tout cas, cet épisode l’a métamorphosé. Il a alors juré de « tuer l’imposteur » qui sommeillait en lui. Et de vivre sa vie comme il l’entendait. Son idylle très documentée avec la chanteuse Madonna l’a libéré. Elle l’a encouragé à « être lui-même. » Message reçu. Tenues extravagantes, teintures de toutes les couleurs, anneaux dans le nez, tatouages, sorties nocturnes, orgies, virées au casino en plein milieu de la saison, voire même en plein pendant les finales NBA… Il a tout fait. Les anecdotes sont légions et toutes plus croustillantes les unes que les autres. Comme sa relation avec Carmen Electra ou la manière dont ils passaient du bon temps dans toutes les pièces du centre d’entraînement de Chicago (et même sur le terrain…). Ou le jour où il s’est octroyé un séjour express de 48 heures à Las Vegas "parce qu’il avait besoin de vacances". Sauf qu’il n’est pas revenu aux séances collectives des Bulls et il a fallu que Michael Jordan en personne vienne le chercher dans son lit. Mais malgré ses frasques, il était toujours pardonné.

Pourquoi ? Parce que Rodman était un joueur unique. Un athlète exceptionnel. Un animal complètement à part, avec une condition physique hors-normes. Quand il s’est pointé à l’entraînement avec son voyage arrosé et prolongé à Vegas, Phil Jackson a voulu le remettre en forme en poussant toute l’équipe à effectuer un exercice de course. Ses coéquipiers ont mis quatre tours avant de le rattraper. Son endurance lui permettait de tenir sur la durée de continuer à peser mais une fois la trentaine bien tassée. 37 ans au moment du dernier titre des Bulls… et pourtant toujours aussi précieux.

Sans Rodman, pas de deuxième 'three peat' pour les Bulls

Dennis Rodman of the Chicago Bulls (C) talks to teammates Michael Jordan (L) and Scottie Pippen (L) 10 June during game four of the NBA Finals against the Utah Jazz at the United Center in Chicago, 1998

Crédit: Getty Images

Rodman était un joueur unique. Capable de faire gagner son équipe sans marquer le moindre panier. D’abord en prenant des rebonds. Sans aucun doute le meilleur basketteur de tous les temps dans cet aspect si particulier du jeu : sept saisons de suite en tête de ce classement spécifique en NBA. Deux exercices à plus de 18 prises de moyenne. Le tout en dépassant d’un cheveu le double mètre – et en chaussures. "Je m’entraînais à 3 ou 4 heures du matin avec mes amis. Je les faisais tirer et j’étudiais toutes les trajectoires du ballon selon l’emplacement du shooteur", expliquait-il dans le documentaire de "The Last Dance", diffusé sur ESPN et Netflix. Unique en son genre.

Unique parce qu’à même de se coltiner aussi bien les pivots lourds et monstrueux des années 90, les Shaquille O’Neal, Patrick Ewing et autres David Robinson, que les arrières et les meneurs plus rapides. Aucune saison à plus d’un block et une interception. Mais un chef de la défense. Grâce à sa rage de vaincre. Son agilité. Sa mobilité. Sa combativité. Et aussi, même surtout, son intelligence de jeu. Sans lui, les Bulls n'auraient sans doute pas refait le triplé entre 1996 et 1998. Dennis Rodman dans la NBA actuelle, ce serait Draymond Green. En moins adroit, bien que l’ailier-fort des Warriors ne soit pas un spécialiste du tir, mais en plus fort, plus rapide et plus malin. Plus fou aussi.

C’est pourquoi il n’aurait sans doute pas sa place dans la ligue aujourd’hui. Sur le profil, c’est sans doute le pivot "small ball" idéal pour aider une équipe à aller au bout, quelle que soit l’époque donnée. Mais sa personnalité, ça ne passerait plus. Depuis la fin de sa carrière, il est devenu "le meilleur ami de Kim Jung Un" pour essayer de rapprocher son pays de la Corée du Nord. et il a affiché son soutien pour Donald Trump. Pas sûr que ça passe aux yeux des dirigeants NBA (pour ses contacts avec le dictateur) ou de ceux de ses pairs (pour ses convictions politiques). Sauf que peut-être, encore une fois, il cherche juste à attirer l’attention. Pas spécialement pour faire parler de lui. Ce n’est pas la gloire qui l’intéresse. C’est l’amour. Se faire remarquer, lui qui a été si souvent oublié. "Il a une personnalité différente de celle qu’il montre. Les cheveux, les tatouages, les tenues, c’est venu après", note Chris Mullin, une autre ancienne légende de la balle orange. "Quand on me parle de lui, je repense à qui il était quand je l’ai rencontré : un gars sensible, émotif. Un vrai bon gars." Peut-être que c’est surtout ça, Dennis Rodman.

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