Les larmes aux yeux, Vince Carter ne savait plus trouver les mots après le match entre les Knicks et les Hawks, peut-être son tout dernier en NBA. C’est en balbutiant qu’il s’est exprimé sur sa potentielle fin de carrière après l’annonce de la suspension de la saison suite au test positif au Covid-19 de Rudy Gobert. La retraite approchait évidemment à grands pas pour l’ancien All-Star et il s’y préparait. Mais il lui restait une quinzaine de matches à jouer, à savourer, avant de tirer sa révérence. Avec l’épidémie de Coronavirus, tout est désormais remis en cause. La ligue n’a rien annoncé concernant le dernier mois de l’exercice en cours mais il se pourrait qu’il soit simplement annulé, avec des playoffs disputés plus tard cet été. Sauf que les Hawks, où évolue Carter, ne sont pas qualifiés. Ce serait donc un épilogue bien triste pour cette légende de la balle orange.

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Une légende qui a traversé les époques – quatre décennies différentes, un record NBA – depuis ses débuts chez les pros en 1998. Son arrivée a fait l’effet d’une bombe, comme les dunks époustouflants qu’il avait l’habitude de claquer. Carter tombait à pic dans un championnat qui se cherchait un héritier à Michael Jordan, lequel venait tout juste de prendre sa (deuxième) retraite. Il a vite été désigné comme l’un de ses héritiers. Une filiation facilitée par leurs appartenances communes à la faculté de North Carolina. Un scoreur juste sous les deux mètres (1,98). Un style aérien. L’homme qui planait par-dessus les autres… littéralement. Frédéric Weiss, pivot français de 215 centimètres qui s’est retrouvé sur la route de "Air Canada" un jour d’été aux Jeux Olympiques de Sydney en 2000, peut en témoigner. L’américain l’a escaladé pour immortaliser le poster le plus ahurissant de tous les temps. Quelques mois plus tôt, il faisait déjà sensation avec ses prouesses athlétique au Slam Dunk Contest à Oakland. Une star était née.

Vince Carter lors du mythique slam dunk contest 2000.

Crédit: Getty Images

Parce qu’à côté de ça, il s’affirmait déjà comme l’un des joueurs majeurs de la ligue. Rookie de l’année en 1999 puis 25,7 points par match pour sa seconde saison, et voilà que les Raptors, une franchise boudée aux Etats-Unis, se retrouvait à la mode. Sur le devant de la scène même. Vince Carter a placé Toronto sur la carte du basket. Il était la première vraie superstar de l’équipe canadienne et aussi le premier à la mener en playoffs. Mais il manquait tout de même un ingrédient clé pour vraiment basculer dans la catégorie des Jordan, Kobe et compagnie : l'instinct du tueur. Celui qui distinguait justement les deux icônes. Qu’en aurait été-t-il de sa carrière s’il n’avait pas manqué le tir pour la gagne lors de l’ultime manche des demi-finales de Conférence Est épiques perdues contre les Sixers d’Allen Iverson en 2001 ?

Peut-être que les regards sur son parcours seraient complètement différents. Sans ce goût d’inachevé qui reste aujourd’hui de son long parcours pourtant intéressant. Parce que les blessures et les échecs répétés des Raptors ont fini par miner l’idole montante de la NBA. Il s’est forgé une réputation de joueur fragile, mentalement et physiquement. Son image a même pris un sacré coup quand il a finalement demandé à quitter Toronto en 2004. Un souhait exécuté par les dirigeants, qui l’ont envoyé dans le New Jersey rejoindre Jason Kidd. Il y a scoré sans avoir le succès escompté en playoffs avant de décliner à Orlando puis Phoenix.

Le chemin de la rédemption

C’est paradoxalement à ce moment-là que sa carrière a pris un tournant plus positif. C’est quand il a perdu son statut All-Star qu’il a enterré petit à petit celui de légende vivante. Toujours capable de dunker ou de planter des tirs lointains, Carter n’était plus un joueur dominant. Plutôt un sixième homme efficace à Dallas puis un mentor à Memphis, Sacramento et enfin Atlanta. Un grand frère pour la nouvelle génération. Un modèle de professionnalisme, lui qui avouait pourtant qu’il n’avait "pas tout donné" à Toronto. Il savait qu’il était gâté par la nature et il a reconnu ne pas avoir bossé pour exploiter ce potentiel aux Raptors. En vieillissant, il a compris ses erreurs et il s’est mis en tête d’aider les plus jeunes à éviter de tomber dans ces pièges. Ils sont peut-être là ses accomplissements les plus précieux : élu meilleur coéquipier par ses pairs en 2016 et vétéran le plus influent de la ligue en 2017.

Contrairement à d’autres anciens grands basketteurs, il a su faire preuve d’humilité et accepter un rôle moindre. Ce qui a fait remonter sa cote de popularité auprès du public, même s’il était déjà admiré pour ses pirouettes acrobatiques. Il a troqué une image de star individualiste pour celle de l’exemple à suivre. Surtout qu’en continuant à jouer bien au-delà de ses 40 ans, ‘Vinsanity’ a démontré son amour sans limite pour le basket ! A 43 balais et en étant toujours performant de temps à autres. L’ancien joueur jugé peu fiable dans les moments les plus chauds a même mis quelques paniers décisifs quand il portait les couleurs des Mavericks.

Vince Carter crucifie les Spurs au buzzer lors des Playoffs 2014

Crédit: Getty Images

L’éternel blessé a pris soin de son corps pour devenir le premier joueur de l’Histoire à disputer 22 saisons dans la grande ligue ! Une longévité à toute épreuve. Ou presque… il est évident que la fin approchait. Mais ce n’est pas celle-là qu’il mérite. Il mérite une dernière ovation dans chaque salle. Un dernier match à Toronto, pour se réconcilier pour de bon avec le public. Des dernières preuves d’amour avant d’entamer la deuxième partie de sa vie. Tout ceci est désormais entre les mains de la NBA, qui ne contrôle elle-même pas grand-chose puisqu’elle subit l’évolution du coronavirus partout dans le monde. Vince Carter n’a pas eu la carrière qu’il aurait pu, ou même qu’il aurait dû avoir mais il mérite un meilleur clap de fin.

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