Quand un jeune joueur français prometteur débarque en NBA, le (mauvais) réflexe, c’est de le comparer à Tony Parker. Encore plus s’il s’agit d’un meneur de jeu. Theo Maledon et Killian Hayes, 19 ans chacun, suivent aujourd’hui les traces de leur glorieux aîné en défiant les meilleurs basketteurs du monde chaque soir. Et sur le plan comptable, ils font presque aussi bien, voire parfois même mieux, que ceux qui ont traversé l’Atlantique avant eux pour réaliser leur rêve de jouer dans la grande ligue américaine.
Avec 10 points de moyenne au compteur, Maledon marque plus que Parker – ou n’importe quel autre représentant de l’Hexagone – lors de sa première saison aux Etats-Unis. Avec 5 passes, Hayes est aussi plus prolifique que le prestigieux meneur des Spurs tout en inscrivant plus de points (5,7) que Boris Diaw ou Nicolas Batum à leurs débuts. Et pourtant, tout ça ne veut peut-être rien dire. Ou au moins, il paraît important de relativiser. Parce que les deux espoirs tricolores évoluent pour deux des plus mauvaises équipes de tout le championnat : le Thunder et les Pistons.

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Killian Hayes et Theo Maledon, espoirs coincés dans des équipes en perdition

Detroit occupe la dernière place de la Conférence Est avec à peine 19 victoires en 65 rencontres, soit le pire bilan en NBA derrière (ou devant, c'est selon) celui de Houston (16 succès). Oklahoma City fait à peine mieux avec 21 matches gagnés sur 66. Mais l’équipe profite surtout de son bon début de saison. Elle sombre complètement depuis quelques semaines. Avec d’ailleurs 17 défaites au cours des 18 dernières sorties, dont une rouste de 57 points contre Indiana.
Les deux organisations ont plus ou moins "abandonné" pour cette saison. Elles laissent la place à leurs jeunes joueurs à et des basketteurs issus de la G-League. Un prétexte pour "tanker" dans le but de récupérer le meilleur choix possible à la prochaine draft. Et une conséquence évidente : des équipes qui ne sont pas au niveau de leurs adversaires. Mais cette volonté de développer des talents profitent donc aux deux Français, qui passent de nombreuses minutes sur le parquet chaque soir. Enfin développer… peuvent-ils vraiment progresser dans ces conditions ?
Theo Maledon et Killian Hayes ont des chiffres plutôt corrects pour des rookies mais est-ce vraiment significatif en jouant pour des groupes aussi faibles ? Des joueurs qui cartonnent dans ces équipes de seconde zone, il y en a plein. Et ils ne confirment pas forcément par la suite. En 2013, Michael Carter-Williams débutait sa carrière avec plus de 16 points, 6 rebonds et 6 passes par match – et un trophée de ROY en prime – pour des Sixers vainqueurs de 19 rencontres. Il n’a jamais confirmé ensuite et c’est aujourd’hui un remplaçant en NBA. Tony Wroten et Henry Sims évoluaient aussi pour Philly et ils marquaient chacun plus de 10 points en moyenne. Ils ont disparu de la circulation depuis. Shabazz Muhammad, 22 ans, claquait 13 points pour des Timberwolves en perdition en 2015. Il ne joue plus aujourd’hui non plus. Des exemples comme ça, il y en a plein.

Killian Hayes et Blake Griffin - Detroit Pistons NBA

Crédit: Getty Images

Les progrès dans le jeu, plus importants que les stats

Les statistiques ne sont donc pas nécessairement significatives. Mais les progrès dans le jeu, en revanche, restent beaucoup parlants. Et là, difficile de fermer les yeux sur les signes encourageants pour Theo Maledon et Killian Hayes. Ils progressent tous les deux, semaine après semaine. Hayes, par exemple, commence à lire de mieux en mieux ce qui se passe sur le terrain et ça se ressent sur ses performances à la passes : huit matches de suite à cinq caviars ou plus. Il est aussi de plus en plus en confiance quand il entre dans la raquette pour conclure en flotteur, un geste popularisé par Parker justement.
Mais la question, c’est aussi de se demander si des jeunes joueurs sont vraiment mis dans des conditions optimales pour évoluer et franchir des paliers quand ils enchaînent les défaites – parfois très sévères – tous les soirs. L’idéal, c’est tout de même de se développer au sein d’une certaine culture de la gagne en côtoyant des joueurs expérimentés et talentueux pour apprendre les ficelles du métier. Comme TP avec Tim Duncan et David Robinson à San Antonio. Là, les Français sont plus ou moins livrés à eux-mêmes une fois sur le parquet. Du coup, c’est à se demander : seront-ils vraiment encore utilisés une fois que leur équipe sera de retour sur le devant de la scène ? Et là, c’est déjà moins sûr.
Mais en jouant, et en jouant beaucoup, ils ont au moins l’occasion de prouver à leurs dirigeants qu’ils peuvent justement faire partie du projet futur de l’organisation. Et c’est déjà une chance. Au final, Theo Maledon et Killian Hayes peuvent engranger des minutes. Ils peuvent faire des erreurs sans être sanctionnés. Ils peuvent se lâcher, tenter des choses, le tout sans pression. Toutes les opportunités que n’a pas eues Frank Ntilikina à New York par exemple. Il n’est sans doute pas moins doué qu’eux au même âge. Mais il n’a jamais pu le montrer. Le poste de meneur de jeu est sans doute le plus compliqué et le plus long à maîtriser chez les pros. Encore plus à ce niveau. Ça demande du temps. Et ça, ce n’est pas ce qui manque pour ces deux prometteurs joueurs français. Alors à eux d’en faire bon usage.

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