511 matches. Stephen Curry a joué 511 matches de saison régulière de moins que Ray Allen en NBA. 789 contre 1 300. Pourtant, il lui a subtilisé mardi soir le record de trois points inscrits dans l’histoire de ladite saison régulière : 2 977. Soit une moyenne de 3,8 par rencontre, contre 2,3 pour l’ancien joueur des Sonics, des Celtics ou encore du Heat. Un écart vertigineux qui doit autant au talent du meneur de Golden State qu’à la façon dont la Ligue a évolué, en grande partie sous son impulsion.
Illustration : lors de la saison 2008-2009, qui précède la draft de Curry, les équipes NBA tentaient en moyenne 18,1 tirs par match derrière l’arc. Elles en réussissaient 6,6. Treize ans plus tard, ces totaux ont quasiment doublé : 12,7 tirs à 3-points marqués sur 34,6 tentatives, lors du dernier opus achevé, 12,3/35,4 depuis le début de l’exercice. Inscrire 5 ou 6 shoots de loin chaque soir était le quotidien d’une équipe lambda en NBA. C’est devenu celui de Stephen Curry.
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"Il a changé le jeu"

Curry a instauré ses propres standards. A tel point que le microcosme de la balle orange s’est questionné sur sa capacité à doubler Allen il y a plusieurs jours déjà, alors qu’il lui fallait pour cela inscrire seize paniers à 3-points en une seule partie. Une performance qui aurait été inédite - son acolyte Klay Thompson détient le record NBA dans ce domaine, avec quatorze. "Nous le suivions vraiment", raconte LeBron James, dans des propos rapportés par ESPN.
"Je me disais : ’16 ? OK, il a fait 12 ou plus, plusieurs fois… Si quelqu’un peut le faire, c’est lui", poursuit la star des Los Angeles Lakers, dont l’opposition de style avec Curry a représenté une rivalité cordiale au pinacle de la NBA, de 2015 à 2018. James est admiratif : "Nous sommes tous témoins de ce que Steph Curry a réalisé dans sa carrière et de la façon dont il a changé le jeu.C’est un joueur de basket comme on en voit qu’une fois dans une vie". Un joueur de basket qui a donc façonné son environnement.

Meneur de la métamorphose des pivots

Dans la NBA "de Steph", même de nombreux pivots dégainent du parking. Brook Lopez en est un exemple spectaculaire. L’évolution de son jeu a été brutale. En 2016-2017, il a fait mouche 134 fois à 3-points, contre 3 lors de ses huit premières saisons… cumulées. Plus récemment, Jonas Valanciunas a opéré un virage à peine moins serré. L’intérieur des Pelicans marque 1,1 tir lointain par rencontre en 2021-2022, à un taux de réussite bluffant : 45,7%, mieux que le certes plus glouton Curry (39,9%).
Attribuer au franchise player des Warriors l’entière responsabilité de cette révolution serait excessif. Depuis son instauration en 1979, le shoot à 3-points prend une place croissante en NBA. L’approche mathématique des staffs n’y est pas pour rien. Sans entrer dans les détails des statistiques avancées dont ils disposent : un sniper est susceptible de rentrer 40% de ses tentatives derrière l’arc. S’il privilégie les 2-points longs, il doit ainsi en réussir 60% pour être aussi rentable.

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Une démesure qui a porté ses fruits

Si Curry et Golden State comptent dans le changement de paradigme de la NBA, c’est parce que leur orgie longue distance a payé. Le "Chef", comme il est surnommé, a été champion en 2015, avec ses compères Klay Thompson (autre shooteur d’exception) et Draymond Green (dans un registre différent) en lieutenants. Il a été de la retentissante défaite des Finales 2016, face aux Cavs de "King James", qui étaient pourtant menés 3-1. Mais il a été, aussi, du doublé 2017-2018, alors bien aidé par Kevin Durant.
Il s’est également installé sur le trône à titre individuel. MVP de la ligue une première fois, en 2015, puis une deuxième fois de manière historique : premier joueur plébiscité à l’unanimité, en 2016. Le pari de miser sur Curry et son insolence a payé. Ce qui n’était pas si évident en 2009, lors de sa draft, puisqu’il avait été choisi en septième position, juste derrière Jonny Flynn, un autre meneur. Cette année-là, les Wolves avaient même sélectionné Rick Rubio (poste 1 également) en 5, puis Flynn en 6.

"They do have a timeout…"

C’est dans le système Warriors, avec Steve Kerr à la baguette, que "Baby-Faced Assassin" perpètre ses crimes, avec sa désinvolture saisissante. En se promenant entre des écrans, en élevant l’art du jeu sans ballon à un niveau exceptionnel, surtout pour quelqu’un qui dispose d’un "handle" propice à préférer multiplier les dribbles. C’est d’ailleurs sur un "catch and shoot" qu’il a pris le record, durant une victoire à New York (96-105). Mais Curry est aussi, d’une certaine façon, un système à lui tout seul.
La preuve lors d’un succès sur le parquet du Thunder, en 2016. Il y a 118-118 et il reste 6 secondes à jouer. Rebond pour Andre Iguodala, qui transmet le ballon à Stephen Curry. La suite, le commentateur Mike Breen l’a décrite en direct : "They do have a timeout, decide not to use it. Curry, way downtown… Bang ! Bang !" ["Il leur reste un temps-mort. Ils (les Warriors) décident de ne pas l’utiliser. Curry de très, très loin… Bang ! Bang !"] Victoire 118-121 pour Golden State et sa star, record de 3-points en un match alors égalé (12) et en une saison régulière battu (288, porté à 402 à l’issue de l’exercice).

Retour au sommet… collectivement ?

Dès que Stephen Curry passe la ligne médiane : méfiez-vous. Damian Lillard peut, au moins autant que lui, revendiquer la paternité des tirs du logo, qui à défaut d’être devenus légion ne sont plus si rares sur les parquets NBA. Mais voilà encore une barrière que le "petit" Curry (1,88m) a contribué à faire tomber. S’il prenait sa retraite, ce jour, à 33 ans, il occuperait déjà une belle place dans l’histoire de la Grande Ligue. Quoi de mieux qu’une nouvelle bague pour la consolider ?
Avec 23 victoires et 5 défaites, "ses" Warriors présentent le meilleur bilan (conférences Est et Ouest confondues), alors que peu ou prou un tiers des rencontres de la régulière 2021-2022 ont été disputées. Le retour imminent de Klay Thompson sera à double tranchant : il faudra l’intégrer dans une équipe qui tourne bien, mais si le deuxième membre des "Splash Brothers" parvient ne serait-ce qu’à tutoyer le niveau qui fut le sien, la dynastie californienne pourrait renaître de ses cendres. La révolution Curry n’est peut-être pas finie.

Ray Allen - Stephen Curry - Reggie Miller / NBA

Crédit: Getty Images

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