Comment Chicago, Miami et les équipes de l’Est veulent casser les codes et révolutionner le jeu NBA

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Les Chicago Bulls caracolent en tête à l’Est en développant un basket très différent de ce qui a pu se faire en NBA. Même chose au Miami Heat et dans plusieurs équipes de la Conférence Est, déterminées à bouleverser la hiérarchie du championnat en réinventant le jeu.

Josh Giddey avec les Chicago Bulls

Crédit: Imago

  • Par Antoine Pimmel
En NBA comme partout ailleurs, on s’inspire des meilleurs. Quand une équipe gagne, elle devient d’une manière ou d’une autre un modèle pour toutes celles qui rêvent de prendre sa place. Le Thunder, avec sa construction d’un jeune noyau dur sur la durée jusqu’à décrocher un titre, va forcément donner des idées aux franchises parfois trop souvent tentées de se contenter d’associer des superstars entre elles. Mais en revanche, sur le terrain, ce que fait Oklahoma City n’est pas si simple à reproduire. Puis comment prendre exemple sur les champions en titre sans avoir le MVP Shai Gilgeous-Alexander, parce que oui, la star reste l’ingrédient premier d’une recette de la gagne, dans son effectif ?
Alors peut-être que pour tous ces clubs sans super talents, sans Jokic, SGA, Giannis ou compagnie, la source d’inspiration n’est pas le vainqueur. Mais le vaincu. Les Pacers sont passés à une petite rencontre de renverser l’équipe archi favorite. Ils ont perdu les finales en sept manches après la blessure de leur maestro Tyrese Haliburton. Un parcours héroïque et surtout très surprenant malgré les finales de Conférence déjà disputées par Indiana un an auparavant. Un sacre des Pacers aurait probablement été considéré comme le plus fou de l’Histoire du sport US. Rien que ça.

Les Bulls au cœur d'une révolution sans le savoir

Mais il y a forcément quelques enseignements à tirer de la campagne des joueurs de Rick Carlisle. Ce n’était pas de la chance. C’était peut-être un avant-goût du basket du futur. Au moins pour une partie de la ligue, et notamment les franchises de la Conférence Est. Souvent décriées pour leur médiocrité comparées à leurs homologues de l’Ouest, elles veulent changer la narrative en innovant cette saison.
Les Bulls sont peut-être en train de mener une révolution sans le savoir. L’organisation de Chicago, au passé glorieux mais au présent moyen pour ne pas dire morose, retrouve les sommets sur ces deux premières semaines de compétition. Elle occupe la première place de sa Conférence avec 6 victoires en 7 matches. En plus de gagner, les Bulls le font avec la manière. C’est-à-dire en brillant collectivement et en régalant leurs supporters avec du jeu constamment porté sur l’attaque.

Des possessions de seulement 14 secondes

Billy Donovan continue sur la lancée de la bonne fin de saison dernière de son équipe, quand les Bulls poussaient constamment le tempo. La philosophie est la même depuis la reprise. C’est même exacerbé. Le coach a habitué ses joueurs en les forçant à disputer des possessions de seulement 14 secondes à la place de 24 pendant l’intégralité du camp d’entraînement. Avec Josh Giddey à la baguette, Chicago court donc et dégaine dans tous les sens en s’assurant que le danger puisse venir de partout. "Pour nous, tout est une question de circulation de balle. C’est fatiguant pour nos adversaires de devoir défendre pendant 48 minutes. Je me souviens à quel point c’était éreintant de jouer contre Indiana parce qu’ils couraient tout le temps. Je ne peux qu’imaginer ce que ça doit être de nous affronter", explique le meneur australien, qui se retrouve finalement un peu dans le costume de Tyrese Haliburton.
Il tourne d’ailleurs à 23 points, 10 rebonds et 9 passes par match, des statistiques et des performances qui devraient lui ouvrir les portes du All-Star Game. Giddey est le chef de fil mais il est finalement l’un des 6 joueurs de l’Illinois à compiler plus de 10 points par match (et 8 au-dessus des 8). Ils étaient 7 à le faire à Indianapolis l’an passé. Il y a des similitudes, à savoir notamment une répartition un peu plus égalitaires des munitions afin que chacun soit libre de shooter ou d’agresser la défense en dribbles. Tout le monde est impliqué et la rotation est ouverte bien au-delà du huitième de l’effectif. Parce que courir en permanence nécessite d’aligner au moins dix ou douze joueurs, là où les adversaires en utiliseront huit et finiront rincés dans le quatrième quart-temps.
Il n’y a pas de jalousie entre nous
Ça demande surtout une vraie cohésion de groupe. Une confiance réelle envers chaque coéquipier afin d’accepter que la balle circule et que chacun puisse avoir sa part. "Nous sommes tous très connectés les uns aux autres. Il n’y a pas de jalousie entre nous. On est excité pour chaque joueur qui performe", assure la révélation Matas Buzelis. Son coéquipier Ayo Dosunmu va dans le même sens : "Vous avez déjà joué dehors avec vos frères ? S’il est ouvert, vous allez lui faire la passe, parce que c’est votre frère. C’est un peu le type de relation que nous avons au sein de l’équipe." C’est aussi exactement comme ça que Myles Turner décrivait l’atmosphère au sein des Pacers la saison dernière. Il insistait sur l’esprit de camaraderie pour expliquer les séries gagnées contre des équipes a priori plus talentueuses sur le papier.
Pour en revenir au terrain, les Bulls, via les Pacers et d’autres équipes, veulent faire basculer la ligue dans une version extrême du "pace and space." De la vitesse et de l’espace. En fait, l’idée est de voir le parquet dans sa totalité et non plus par deux moitiés distinctes. On n’attaque plus sur un demi-terrain. Et le « spacing », cette fameuse capacité à étirer les lignes pour donner de l’espace aux attaquants, commence dès la remise en jeu. En jouant vite, on se donne de la place. L’autre franchise qui illustre parfaitement cette nouvelle ère naissante, c’est Miami.
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Erik Spoelstra sur le banc du Heat

Crédit: Imago

La métamorphose du Heat

Le Heat n’est pas réputé pour ses performances offensives. Plutôt pour son jeu besogneux, sa capacité à être constamment compétitif, etc. Pour preuve, la franchise floridienne s’est classée parmi les 6 moins bonnes attaques de la ligue au cours des trois dernières saisons. Et cette année ? Pour l’instant troisième en NBA avec 124 points par match. Une métamorphose totale en un été, quasiment sans changer l’effectif ni le coach. Erik Spoelstra et ses assistants ont juste décidé de jouer différemment. Complètement différemment. Et même différemment des autres équipes : il n’y a quasiment plus de systèmes, que des formes de jeu, de moins en moins de picks-and-roll mais du mouvement permanent et du rythme.
"J’adore leur philosophie. C’est tellement différent de ce que font les autres équipes. Ils n’ont pas besoin d’un meneur, juste d’ailiers capables de driver. Le rythme est constant et c’est vraiment rafraîchissant", témoigne un scout. "Les coaches adorent ce genre de concept. Parce que tout repose sur le mouvement et le collectif et non pas sur la recherche d’un duel avantageux comme on le voit dans tant d’équipes. Mais pour que ça marche, il vaut mieux un coach fort et ne pas avoir une star qui a beaucoup besoin du ballon. C’est exactement ça à Miami", ajoute un autre.

La solution pour les clubs sans vraies superstar

Erik Spoelstra fait tout l’inverse de ce que son Président, Pat Riley, faisait à l’époque où il coachait le Heat. Il ne dirige pas ses joueurs avec une main de fer action par action. Il laisse libre court à leur imagination. L’entraîneur de Team USA s’est aussi entretenu pendant l’été avec Noah LaRoche, ancien assistant des Grizzlies (renvoyé en fin de saison) qui avait été l’artisan de cette attaque sans picks mais pleine d’enthousiasme de Memphis. La balle circulait beaucoup dans le Tennessee et c’est aussi le cas en Floride. Miami est la deuxième équipe qui réalise le plus de passes décisives chaque soir. 3 des 4 premiers du classement (dont Chicago) sont d’ailleurs des équipes de l’Est.
Ça marche bien pour les clubs sans vraies superstars. Ces formations ne peuvent pas se permettre de jouer des isolations sur attaque placée, face à des défenses déjà organisées, sans avoir ce génie à la Luka Doncic capable de prendre l’avantage sur n’importe quel vis-à-vis. C’est pour ça qu’elles compensent avec de la vitesse et des points répartis sur plusieurs joueurs.
Une majorité des meilleurs joueurs de cette ligue sont d’ailleurs à… l’Ouest. Hormis Giannis Antetokounmpo, les principaux candidats au MVP (Jokic, SGA, Doncic et même Victor Wembanyama) évoluent dans l’autre Conférence. Les franchises de l’Est sont pour la plupart en reconstruction, ou viennent tout juste d’en sortir. Par définition, elles sont donc jeunes et athlétiques. Elles n’ont pas encore l’expérience ou le talent pour vraiment briller sur demi-terrain. Il faut trouver d’autres solutions. Est-ce vraiment un hasard si 7 des 10 équipes qui jouent le plus vite chaque soir sont situées à l’Est ? 10 des 15 franchises qui affichent le rythme le plus élevé viennent de la même Conférence. Miami étant en tête du classement.
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