États-Unis I NBA I Victor Wembanyama et le "prix qu'il est prêt à payer"
Par Glenn Ceillier
Publié 28/01/2026 à 10:35 GMT+1
Victor Wembanyama a osé dire ce qu'il pensait devant les micros. "Wemby" s'est dit mardi "horrifié" par la mort de deux citoyens américains, tués à Minneapolis par des tirs d'agents fédéraux en marge des opérations anti-immigration lancées par Donald Trump. Une sortie courageuse qui a fait du bruit et peut avoir "un coût".
Victor Wembanyama (San Antonio Spurs)
Crédit: Imago
Il n'est pas là pour se taire. Ce n'est pas son style. Pas son éducation. Et surtout pas l'image qu'il veut donner de lui. Alors, il ne veut pas baisser la tête quand quelque chose le dérange. Et si de nombreuses stars NBA ont choisi d'être silencieuses ces derniers jours avant un petit sursaut, lui a choisi de prendre la parole haut et fort après la mort de deux citoyens américains, tués à Minneapolis par des tirs d'agents fédéraux en marge des opérations anti-immigration lancées par Donald Trump. Au risque de se retrouver pointé du doigt par une certaine franche de l'Amérique.
Ses mots sont puissants et sortent clairement du cadre dans une NBA timide, après s'être pourtant mobilisée ces dernières années pour le mouvement Black Lives Matter notamment. "Tous les jours, je me réveille, je regarde l'actualité, et je suis horrifié. Je trouve ça fou que certaines personnes puissent donner l'impression, ou laisser entendre, que le meurtre de civils puisse être acceptable. Quand je lis les infos, parfois je me pose des questions très profondes sur ma propre vie", a lancé mardi "Wemby".
Dire tout ce que j'ai en tête aurait un coût trop élevé pour moi
Intelligent, cultivé et posé, le phénomène tricolore de 22 ans n'a pas signé cette sortie sans réfléchir. Et si son discours a eu un impact mondial, il a pesé ses mots, alors qu'il est conscient du monde où il évolue. "Le service communication des Spurs a essayé de me conseiller, mais je ne vais pas m'asseoir ici et sortir un discours politiquement correct (…) Je suis aussi conscient que dire tout ce que j'ai en tête aurait un coût trop élevé pour moi aujourd'hui. Donc je préfère ne pas entrer dans trop de détails", a-t-il avoué à L’Equipe, parlant encore du "courage" de ceux qui osent prendre la parole.
Dans une Amérique de plus en plus extrême et qui semble plus divisée que jamais, une telle prise de position peut cependant avoir des conséquences. Pour le moment – et après cette seule sortie -, ce n'est pas non plus Colin Kaepernick, devenu paria en NFL après avoir posé son genou à terre pendant l'hymne américain en protestation contre le racisme. Mais dans le contexte actuel aux Etats-Unis, les réactions peuvent être virulentes. Et les répercussions multiples.
Des répercussions pas seulement négatives ?
Surtout que Wemby n'est pas n'importe quel joueur. Grâce à son talent et son charisme, le phénomène tricolore est présenté comme le futur visage de la NBA, où il est devenu très bankable. Et est l'un des joueurs qui fait le plus parler, aux Etats-Unis et en dehors des frontières US grâce à son profil atypique qui fascine et sa personnalité si singulière dans le monde du sport. Or, c'est un "étranger" aux US comme il l'a rappelé mardi. Et forcément, s'ériger en symbole protestataire peut avoir un impact sur son image et sa carrière. Si la NBA n'est pas la NFL (qui se veut plus traditionaliste et Républicaine) et n'a jamais été virulente contre les joueurs qui prennent position, il va falloir attendre un peu et observer déjà les premières réactions éventuelles de spectateurs lors de son prochain match pour se rendre compte de cela.
Ouvert sur son monde, l'ancien de Nanterre est toutefois prêt à assumer. Bien décidé à ne pas se cacher. "Je pense qu'il faut vraiment avoir du cran, a-t-il encore confié en évoquant la prise de parole de Guerschon Yabusele sur X. Chacun d'entre nous doit décider du prix qu'il est prêt à payer." Et les conséquences d'une telle prise de parole ne sont d’ailleurs pas que négatives. S'il ne l'a assurément pas fait pour cela, les fans et les marques aiment aussi de plus en plus les sportifs de cette dimension qui ne sont pas lisses. Ceux qui ont les épaules pour profiter de leur statut pour faire passer des messages. Quitte à se placer en symbole d'une juste cause. Et à prendre quelques coups aussi en passant.
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