NBA I Ja Morant (Memphis Grizzlies) a-t-il déjà gâché sa carrière ?

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Un temps présenté comme la future grande star américaine, Ja Morant est désormais un paria en NBA. Les frasques du meneur des Memphis Grizzlies ont pris le dessus sur son jeu et ses performances sont de moins en moins enthousiasmantes. Au point de se demander si ce n’est pas déjà trop tard pour l’ancien All-Star.

Jo Morant, le meneur des Memphis Grizzlies

Crédit: Imago

Trois ans en arrière, presque jour pour jour, Ja Morant se pointait en interview devant Taylor Rooks. Avec son bagou et sa confiance habituelle, son naturel désinvolte, le leader des Grizzlies rejetait avec dédain les tentatives de la journaliste d’aborder la concurrence dans la course aux éventuelles finales de Conférence. "Je suis tranquille à l’Ouest", rétorquait l’intéressé avec assurance.
Il avait alors des raisons de se sentir supérieur. Memphis revenait sur le devant de la scène, principalement sous son impulsion, avec une série de playoffs gagnée en 2022 et un statut d’équipe qui monte au point de s’auto-proclamer outsiders solides et crédibles pour le titre. All-Star, le meneur était l’une des nouvelles figures de la ligue. Le visage de la nouvelle génération, un candidat potentiel au MVP selon les plus optimistes et surtout la coqueluche des plus jeunes passionnés de basket.
Sauf que tout est parti en vrille depuis. Comme si le karma lui en voulait de s’être vu trop beau, trop tôt. Quelques mois après cette fameuse déclaration, il tombait en compagnie de ses coéquipiers dès le premier tour contre des Lakers pourtant septièmes de la Conférence et qualifiés in-extremis via le play-in.
Une élimination dont le groupe ne s’est jamais réellement remis. La dynamique s’est brisée à ce moment-là pour Memphis. La franchise du Tennessee n’a plus remporté une série depuis et elle n’aspire même plus aux premiers rôles. Morant, lui, végète dans une équipe qui n’est plus réellement la sienne et semble désormais largement dépassé dans la hiérarchie des stars NBA. C’est à se demander s’il peut encore prétendre à ce statut.

La charge symbolique de Thompson

Sans doute agacé par son début d’altercation avec le jeune homme, alors en civil et sur le banc, lors d’un match entre Dallas et Memphis, Klay Thompson s’est permis de charger lourdement le bonhomme devant la presse. "Il a toujours quelque chose à dire, surtout pour quelqu’un qui assume rarement ses responsabilités. Ses remarques ne sont pas particulièrement intelligentes. C’est juste du blabla. Cela fait longtemps qu’il ne fait plus rien d’autre que parler. C’est marrant de faire le malin quand on est assis sur le banc. C’est un peu l’histoire de sa carrière : il nous laisse sur notre faim. On veut tous le voir sur le terrain et le voir au meilleur de lui-même, mais il laisse tellement d’autres choses interférer. Quand tu es une star, cela implique une grande responsabilité. Je déteste voir tout ce talent gâché." En deux, trois phrases, le quadruple champion NBA met le doigt là où ça fait mal. Ja Morant est en train de passer à côté de sa carrière. Peut-être même qu’il est déjà trop tard.
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Ja Morant avec Memphis le 19 avril.

Crédit: Getty Images

Moins d’un an après la sortie de route contre les Lakers, Morant franchissait pour la première fois la ligne interdite aux yeux des responsables de la ligue. Dans la foulée d’une défaite contre les Nuggets, le joueur apparaissait dans un live diffusé sur les réseaux sociaux au beau milieu d’un club de strip-tease, avec des liasses monumentales de billets sur le sol mais surtout avec un pistolet à la main.
Le joueur ne semblait pas conscient que s’exposer de la sorte pouvait lui nuire alors qu’il était une idole pour de nombreux adolescents dans le monde entier. Convoqué par Adam Silver mais pas nécessairement suspendu de suite, il a alors suivi une thérapie express avant de revenir en grandes pompes en assurant qu’il avait mûri et qu’il avait compris son erreur. Encore une interview qui lui a joué des tours par la suite.
Deux mois seulement après l’incident en boîte qui lui a finalement valu 8 matches de suspension, le natif de Caroline du Sud, qui avait juré s’être repenti, s’est à nouveau retrouvé en direct sur internet avec une arme à feu. Une récidive qui lui a cette fois coûté 25 rencontres sans solde.

En froid avec son staff… et son corps

Cette saison, ce n’est pas la NBA mais sa franchise qui l’a sanctionné. Un match seulement, mais une décision lourde de sens pour des dirigeants souvent trop laxistes et dépassés par les évènements. Ils ont estimé ne plus vouloir faire de cadeau à un joueur de moins en moins performant. Le manque de respect envers Tuomas Iisalo, ancien coach de Paris à la tête des Grizzlies, n’est pas passé.
L’entraîneur et sa star ont des philosophies différentes concernant la répartition du temps de jeu et le style offensif à adopter. Rien ne garantit qu’ils seront un jour sur la même longueur d’onde. Lui ne s’en cache pas. "Visiblement, le staff pense que la meilleure solution est de ne pas me faire jouer", balançait-il dans le vestiaire aux journalistes avant sa brouille avec Iisalo.
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Ja Morant, Memphis Grizzlies

Crédit: Getty Images

Les coaches n’ont même pas besoin de ça. Lui-même se rend indisponible une grande partie du temps. Parce que quand ce n’est pas son comportement qui le trahit, c’est son corps. Il est très souvent blessé. Pour la petite comparaison, Klay Thompson, qui est donc revenu à 31 ans d’une rupture du tendon d’Achille ET d’une déchirure des ligaments du genou, a disputé depuis plus de 100 matches de plus que Ja Morant, pourtant âgé de 22 à 26 ans sur la même période. Il est encore forfait en ce moment-même, la faute à une douleur au mollet. C’est simple, il n’a jamais joué 70 matches ou plus sur une saison NBA.
Est-ce dû à une faiblesse naturelle ou à un manque de préparation ? Vu l’historique de ses frasques, c’est une question légitime. De toute façon, même quand il est là, le joueur ne donne plus vraiment l’impression d’avoir envie. Au moins aux Grizzlies. Là encore, il a le mérite de le reconnaître. "J’ai perdu ma joie de jouer, témoignait-il avec candeur. Je ne sais pas si je la retrouverai ici."

Qui peut en vouloir ?

Ça sent quand il est sur le terrain. Autrefois si spectaculaire, Morant ne va quasiment plus jamais au cercle. Ce qui n’est pas idéal pour un meneur qui n’a pas vraiment progressé aux tirs depuis son arrivée chez les pros. Ses statistiques sont ainsi les plus mauvaises de sa carrière : à peine plus de 17 points à 35% de réussite dont 16% derrière l’arc… dramatique. Il n’est plus aussi "flashy" et surtout il n’est plus aussi impactant.
Un changement de scénario reste peut-être la seule option pour relancer une carrière qui déraille. Mais même un transfert hypothétique se heurte à deux obstacles. Le premier, c’est que sa valeur n’a cessé de baisser sur le marché. Qui va se saigner pour un joueur passé devant la justice pour avoir tabasser un adolescent lors d’un match de basket ? Un joueur dont l’entourage est fortement soupçonné d’avoir pointé une arme sur des membres des Pacers dans le parking de la salle après une altercation pendant un match ? Un joueur qui n’est plus que l’ombre de lui-même. L’autre frein, c’est que les Grizzlies n’ont que lui pour rendre la franchise attractive.
Que ce soit à Memphis ou ailleurs, Ja Morant va devoir se regarder dans une glace. Parce qu’à 26 ans, il n’est plus tout jeune à l’échelle de la NBA. Les erreurs du passé ne lui seront plus pardonnées de la même manière. Et sans une sérieuse remise en question, il risque de gâcher complètement sa carrière pourtant si prometteuse. 
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