NBA - Les Boston Celtics, l'improbable ambition pour cette saison
Par Antoine Pimmel
Mis à jour 07/01/2026 à 19:35 GMT+1
NBA – Portés par un Jaylen Brown étincelant, les Boston Celtics se sont installés à la deuxième place de la Conférence Est à la faveur d’une première moitié de saison surprenante. C’est à se demander si la franchise du Massachusetts ne peut pas encore une fois viser le titre en cas de trade et de retour hâtif de sa superstar Jayson Tatum.
Jaylen Brown avec Boston, en janvier 2025
Crédit: Imago
Le géant vert est toujours debout. Promis à la lassitude d’une saison de transition sans vraies ambitions, les Celtics s’affirment encore comme une place forte du championnat en 2026. Boston, la franchise la plus titrée du circuit NBA, devait pourtant prendre un pas de recul après s’être affirmé comme l’une des équipes de référence de la Conférence Est pendant presque une décennie. L’échec dans la quête du doublé après le sacre de 2024 a entraîné un dégraissage de l’effectif vainqueur de 125 matches de saison régulière sur 164 possibles (76% de victoires) depuis deux ans.
Les Celtics, une franchise avec une identité forte
Les dirigeants n’ont pas hésité à sacrifier des cadres du groupe, autant dans le vestiaire que sur le terrain, en transférant Jrue Holiday et Kristaps Porzingis tout en laissant Al Horford et Luke Kornet lors de la dernière Free Agency. Des décisions prises avec une seule logique en tête : réduire la masse salariale afin d’éviter de payer de lourdes taxes une année de plus. Surtout qu’en l’absence de Jayson Tatum, victime d’une déchirure du tendon d’Achille pendant les demi-finales de Conférence perdues contre les Knicks, les Celtics ne pouvaient plus, au moins a priori, rester aux sommets de la hiérarchie. Ils ont donc attaqué la saison avec un groupe plus jeune, des objectifs plus flous et même un potentiel de crash contrôlé plus élevé en cas de blessure prolongée de Jaylen Brown.
Mais c’était donc une mauvaise lecture. Facile à dire après coup. Avec ou sans sa superstar et ses vétérans, Boston reste une formation avec une identité claire, une philosophie de jeu bien installée et maîtrisée par les joueurs ainsi qu’un coach à la forte personnalité. Autant d’éléments qui aident d’ordinaire à traverser un long exercice de 82 matches. Si le roster pouvait sembler faiblard, c’est aussi en partie parce que les joueurs de devoir des meilleures équipes sont parfois moins mis en avant tout en étant en réalité des basketteurs de qualité à même de contribuer au bon fonctionnement d’une machine à empiler les victoires. Il suffit de voir ce que Kornet apporte aujourd’hui aux Spurs après avoir été cantonné à un gros quart d’heure par soir lors de ses deux dernières saisons avec les Celtics.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2023/02/16/3558963.jpg)
Joe Mazzula (Celtics).
Crédit: Getty Images
"Tout le monde doutait de nous", soulignait récemment Derrick White. "On a faim. Nos gars jouent avec une forme de pression sur leurs épaules. Ce sont des joueurs qui ont été virés ou qui n’ont pas eu d’opportunités en NBA jusqu’à présent." On peut compter sur un entraîneur comme Joe Mazzulla pour jouer sur cette corde de l’équipe sous-estimée par le reste du monde. Il sait comment tirer le meilleur de ses hommes. Et cette carte du mal-aimé, elle colle si bien à la peau de Jaylen Brown, parfois snobé malgré un palmarès déjà bien riche avec une bague et un trophée de MVP des finales. L’arrière s’est souvent retrouvé cité dans les rumeurs de transferts hypothétiques impliquant Anthony Davis ou Kevin Durant. Il est toujours dans le Massachusetts. Quand les interrogations ne concernaient pas son entente et complémentarité avec Tatum, elles tournaient autour de sa capacité à évoluer en tant que première option d’une franchise.
Jaylen Brown s’est muté en candidat au MVP
"Quand les gens ne croient pas en moi, ça me motive, ça me pousse. J’aime être dos au mur", assurait justement celui qui vient de voir le titre honorifique de joueur du mois lui passer sous le nez malgré le fait qu’il ait battu un record de franchise de Larry Bird tout en emmenant son équipe vers la première place de la Conférence Est. Il est en passe de faire taire un à un tous ses détracteurs en évoluant à un niveau de jeu digne des dix ou douze meilleurs basketteurs de la planète. Lui se considère même comme "le meilleur two-way player", à savoir celui qui est le plus à même de contribuer efficacement des deux côtés du terrain. Il est vrai que Brown ne recule devant aucun challenge. Aussi bien pour mener les siens au scoring (29,6 points par match, un carton à 50 points dimanche dernier) que pour défendre sur les stars adverses.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/04/24/image-4b2a3819-4b5c-4bfa-b8dc-e2988b3f8867.jpeg)
Jaylen Brown (Boston Celtics).
Crédit: Getty Images
Il n’était pas illégitime de se demander comment le joueur de 29 ans s’en sortirait avec désormais toute l’attention portée sur lui, sans pouvoir profiter des espaces créés par Jayson Tatum. Jusqu’à présent, il avait toujours eu un meilleur créateur à ses côtés, même les fois où il s’imposait comme le marqueur le plus prolifique de Boston. Cette saison, c’est lui qui est aux commandes de l’attaque. Garantir un haut niveau d’efficacité en assurant un plus gros volume est une tâche ardue qui distingue généralement les stars des superstars.
Jaylen Brown prend 21 tirs en moyenne chaque soir, un record personnel, et il est au-dessus des 50% de réussite pour la première fois de sa carrière. Il affiche aussi 36% derrière l’arc en quasiment six tentatives et provoque plus de fautes que jamais. Ses 4,9 passes constituent là aussi une nouvelle marque référence. Alors est-il vraiment le meilleur "two way player" au monde ? Probablement pas tant que Giannis Antetokounmpo joue au basket. Mais il mérite au moins d’être inclus dans la discussion élargie pour le MVP.
Parce que les Celtics sont en pleine ascension. Ils viennent de remporter huit de leurs neuf dernières rencontres, au point de remonter jusqu’à la deuxième place de leur Conférence (bilan : 23-12). Ils peuvent encore espérer terminer premiers en fin de saison s’ils parviennent à surfer sur cette dynamique trois mois de plus. Les Pistons restent en haut du classement avec plus de matches d’avance mais c’est bien Boston qui présente le meilleur net rating, et même le troisième en NBA derrière Oklahoma City et Houston, avec +8 points sur 100 possessions. Les joueurs de Mazzulla excellent notamment en attaque et plantent 122 points sur 100 possessions. Seuls les Nuggets font mieux avec 123 unités. Plus globalement, le club possède le meilleur bilan depuis le 1er décembre.
Le front office doit-il déjà en tirer des conclusions et revoir les priorités pour la saison en cours ? Les résultats actuels laissent penser que les Celtics sont potentiellement à une pièce supplémentaire et à un éventuel retour de Jayson Tatum de prétendre à nouveau au trophée. Un trade n’est évidemment jamais à exclure en cas de bonne opportunité. Ça ne veut pas dire que Boston abordera les semaines qui mènent à la deadline en tant qu’acheteurs. C’est même plutôt l’inverse. Le plan a toujours été de continuer à faire des économies, notamment en essayant de passer sous le seuil de la Luxury Tax, l’impôt sur la fortune en NBA.
Pourquoi la prudence reste de mise à Boston
Avec le CBA en vigueur, les pénalités pour les équipes au-dessus des fameux "apron" sont beaucoup trop contraignantes pour être ignorées. Tenter un échange qui permettrait à Boston de gagner en compétitivité signifierait en principe de remonter au deuxième (et dernier) palier avec des taxes extrêmement élevées pour les nouveaux propriétaires de l’organisation. Selon toute logique, les Celtics pourraient donc essayer de se séparer de Sam Hauser ou d’échanger Anfernee Simons, dont le contrat arrive à expiration, pour un joueur au profil similaire mais au salaire moins important histoire de continuer à y croire tout en respectant la ligne directrice initiale. Ayo Dosunmu est une piste à surveiller. C’est tentant d’imaginer le management partir à la recherche d’un pivot confirmé, par exemple Ivica Zubac, mais un tel deal ne se ferait pas sans sacrifier des futurs tours de draft. Les Clippers en voudraient au moins deux pour leur intérieur croate.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/05/08/image-61b1b88d-6068-4255-8dd1-3c846b42ff78.jpeg)
Jayson Tatum avec les Boston Celtics
Crédit: Getty Images
Quant à un retour de Tatum dès cette saison, cela reste un scénario très incertain. Mazzulla a dit que la décision reviendrait au joueur. Ce dernier serait en avance sur son programme de rééducation et il aura sans doute faim de basket. De là à prendre le risque de revenir précipitamment au mois de mars ? L’hypothèse reste peu probable. Le jeu n’en vaut sans doute pas la chandelle. Même avec leur ailier, hors de rythme et en recherche de sensation, Boston paraît tout de même encore un peu juste pour vraiment aller tout au bout. Une finale de Conférence ou une finale NBA ne seraient pas à exclure si tout clique au retour théorique de ce dernier. Mais il faudrait forcément un temps d’adaptation. Il y a une limite de talent, de capacités défensives de ce groupe, tout en sachant que les playoffs sont un autre basket, où l’adresse peut fluctuer. Pas optimal pour une équipe qui se repose aujourd’hui beaucoup sur son volume à trois-points et moins sur sa défense (aspect sous-estimé du groupe titré en 2024).
En revenant à la hâte, Jayson Tatum susciterait sans doute l’excitation des fans rarement mesurés à Boston. Il y aurait alors soudainement des attentes revues à la hausse et l’ailier All-Star devra trouver ses repères, probablement avec des rechutes, au moment où l’intensité sera la plus élevée. Autant laisser Jaylen Brown porter la franchise, qui pour une fois est pleinement tournée autour de lui, et savourer les playoffs dans la peau du mâle alpha. Au final, cette saison plus excitante que prévue, et ce quelle que soit son issue finale, vient nous rappeler que les Celtics sont très bien gérés et particulièrement armés pour rapidement retourner aux sommets de la NBA. Si seulement ils en étaient descendus.
Sur le même sujet
Publicité
Publicité