NBA - Pour Victor Wembanyama et les San Antonio Spurs l'avenir est radieux mais... rien n'est garanti en NBA

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Les San Antonio Spurs ont atteint les finales NBA dès les premiers playoffs de Victor Wembanyama. Le futur leur appartient. Mais à certaines conditions. La franchise texane ne doit rien prendre pour acquis même si son noyaur dur avec Stephon Castle et Dylan Harper autour du Français laisse présager d'un avenir très prometteur.

Wembanyama : "Je n'étais pas prêt à gagner"

Video credit: Eurosport

Victor Wembanyama et les Spurs ont vu les Knicks envahir le parquet en hurlant de joie. Senti l’odeur des cigares allumés pour célébrer ce titre tant attendu par les New-yorkais. Entendu les cris de joies, les pleurs. Ils se sont imprégnés de cette ambiance de fête qui, dans leur salle pourtant acquise à la cause des milliers de supporters de la grosse pomme venus en masse, rendait l’atmosphère encore plus lourde pour les vaincus. "Ça fait mal", avouait le Français, comme touché au plus profond de lui-même par cette défaite, la quatrième en cinq manches sur ces finales. Ça fait d’autant plus mal que San Antonio avait visiblement la place pour aller au bout.
Ils ont mené de 12 points au Match 1. Ils ont perdu. De 15 au Match 2. Ils ont perdu. De 29 au Match 4. Ils ont perdu. De 16 samedi soir, lors du Match 5. Vous connaissez la suite. Au total, ils ont mené au score pendant 176 minutes contre seulement 57 pour leurs adversaires. Un manque de maîtrise des moments clés qui noircit encore le tableau et renforce l’impression de rendez-vous manqué. "Nous avons fait plein de choses bien sur cette série. Mais nous n’étions pas prêts à gagner un titre", estimait pour sa part le coach Mitch Johnson. Ce n’est que trop vrai. Et les éperons vont nourrir des regrets pendant de longues semaines, voire de longs mois. Ils ne doivent pas oublier pour autant qui ils sont, comment ils en sont arrivés là et où qu’ils sont encore susceptibles d’accomplir.

Des Spurs trop forts, mais aussi trop jeunes

"On n’était pas prêt à gagner une bague", témoignait aussi Wembanyama. "Je n’étais pas prêt à gagner une bague. On ne manque pas de talent. On ne manque pas de capacités. Mais on a fait trop d’erreurs. J’ai fait trop d’erreurs. On a dominé pendant une majeure partie de la série. Mais nos erreurs ont été punies tellement durement. On ne peut pas se permettre d’avoir autant de temps faible." Le jeune homme parle déjà de la "plus grande leçon de sa vie."
Et malgré tout, malgré la déception, la frustration, le crève-cœur du craquage du quatrième match ou encore l’issue de ces finales, la saison de San Antonio reste une réussite. La franchise texane s’est hissée en playoffs après avoir raté la qualification lors des six exercices précédents. Elle a remporté une série pour la première fois depuis 2017 après avoir terminé avec le deuxième meilleur bilan de la NBA mais aussi l’un de ses plus hauts total de victoires de sa riche histoire (62 succès).
Les Spurs ont été mis devant certaines limites mais la formule n’est pas à jeter. Car c’est bien cette équipe, avec ses nombreuses forces, qui a éliminé le Thunder champion en titre en s’imposant sur le parquet d’Oklahoma City lors d’un ultime Match 7 à l’extérieur. En faisant preuve de suffisamment de ressources mentales pour gagner les deux dernières rencontres après avoir été menés 3-2. En se montrant suffisamment costauds pour sortir une formation qui, certes diminuée, prétendait un temps finir la saison avec un total record de 74 victoires (64 au final) quelques mois en arrière seulement.
"Victor Wembanyama va devenir un joueur très spécial pour de nombreuses années à venir. C’est un athlète comme on en croise qu’un seul par génération. Les Spurs, aussi, sont vraiment à part. Dylan Harper est vraiment à part", rappelait Karl-Anthony Towns en rendant hommage à ses adversaires après le sacre. Et c’est vrai que le futur s’annonce aussi prometteur qu’excitant pour Wembanyama (22 ans), Stephon Castle (21), Dylan Harper (20) et toute l’organisation, qui a su monter une nouvelle fois un groupe de très grande qualité. Ces joueurs sont taillés pour vite retrouver les sommets. Mais pour ça, il va y avoir du boulot.

Les axes de travail de Victor Wembanyama pour dominer la NBA

"Victor doit prendre du poids pour dominer à l’intérieur", notait Shaquille O’Neal. Sans doute. Cela fait partie des priorités de chaque intersaison pour celui qui s’est déjà bien renforcé physiquement. Il avait l’air cramé par moments sur ces finales. Notamment dans les fins de match, avec par exemple seulement 34% de réussite aux tirs sur les quatrièmes quart-temps. Mais le joueur et ses coaches ont l’intelligence de travailler dans la durée pour l’épaissir progressivement afin d’éviter de le rendre trop lourd et d’accentuer ainsi le risque de blessures. Contrairement à ses débuts en NBA, il subit beaucoup moins l’impact des ailiers plus petits mais plus robustes que lui. Et les équipes n’osent plus vraiment le défendre de la sorte. Même OG Anunoby, pourtant l’un des extérieurs les plus puissants du championnat, ne s’est pas coltiné le natif du Chesnay. Towns l’a gêné avec sa masse. Mais combien peuvent vraiment en dire autant ?
Il n’empêche qu’il doit accéder plus souvent et plus facilement à la peinture. En continuant de développer tout son arsenal offensif, notamment une petite patte à mi-distance pour jouer sur du "short roll", dans des zones où les défenses laissent encore plus d’espaces aux attaquants. Sa sélection de tirs n’est pas optimale non plus mais elle s’améliore avec le temps et l’expérience. D’une certaine manière, il découvre encore ses "supers" pouvoirs. Il doit mieux les gérer, tout comme son énergie dépensée au long d’une rencontre avec ce niveau d’exigence.
Mais il est encore très jeune et sort d’une longue saison. Seulement 18 mois en arrière, Wembanyama se demandait s’il allait pouvoir rejouer au basket en apprenant sa thrombose à l’épaule. Dix-huit mois, c’est très long à l’échelle de l’instantanéité de nos sociétés mais ça reste extrêmement court dans la vie et la carrière du phénomène. Sa faculté à rebondir a déjà été prouvée et elle le sera encore. Tout comme ses Spurs.
Ils vont devoir diversifier leurs solutions. Si leur superstar manquait de jus et donc d’adresse, c’est aussi parce que Luke Kornet a été rendu quasiment inutile lors des deux dernières séries. La doublure du Français est un pivot honorable mais les meilleures équipes, la crème de la crème comme Oklahoma City ou New York, exploite immédiatement chacun de ses passages sur le terrain et Mitch Johnson n’a eu d’autres choix que de reposer son meilleur joueur sur de très courtes séquences. Si San Antonio trouve une solution alternative, que ce soit par un autre intérieur ou une configuration "small ball" qui tient la route, Victor Wembanyama pourra éventuellement rester plus frais. Et donc plus lucide, voire même tout simplement plus dominant. Ses lancers ratés aux Match 4 et 5, ses deux tirs cruciaux et sa perte de balle grotesque dans le Match 2 ont tous coûté chers. Ils peuvent aussi être gommés en étant "juste" plus reposé.
Ça manquait aussi de rigueur tactique. Pourquoi ils se sont entêtés à jouer des possessions clés sans mettre de rythme ? Pourquoi ralentir le tempo alors que leur force première était justement de jouer la relance ? Wembanyama brille encore plus dans cette configuration parce qu’il peut alors exploiter à merveille les espaces. Ils ont trop souvent fait le jeu de New York en misant sur le demi-terrain, là où les lacunes défensives éventuelles des Knicks sautaient moins aux yeux car ils pouvaient compenser avec leur dureté.
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Victor Wembanyama le 11 juin 2026.

Crédit: AFP

L'avènement inévitable de Dylan Harper

Dans le fond, les Spurs doivent garder la même ossature et la même identité. Après, avec un joueur du profil de Wembanyama, il est évident qu’il faut à ses côtés un manieur de ballon très fort pour l’alimenter et lui créer des espaces. De’Aaron Fox devait assumer ce rôle. Il l’a fait… jusqu’aux finales. Puis il s’est écroulé. Avec ses erreurs en cascade lors du comeback exceptionnel des Knicks puis sa grande maladresse le soir le plus important de l’année. Heureusement pour les Spurs, Dylan Harper s’est affirmé dans le même temps. Il était même, à 20 ans, en tant que rookie, le joueur de San Antonio le plus fiable et le plus impactant sur ces finales. Le staff texan a même sans doute trop tardé à lui donner les clés et aurait dû s’appuyer beaucoup plus sur lui dans les moments chauds.
Devin Vassell a d’ailleurs reconnu qu’Harper "a été frustré toute la saison par son rôle et son temps de jeu" tout en acceptant de sortir du banc et de contribuer à cette campagne mémorable. La logique veut que la transition continue de se faire entre Fox et son jeune coéquipier. Avec, dans l’idéal, une inversion des rôles dès la saison prochaine peut-être. Plus de vingt ans en arrière, Gregg Popovich n’avait pas hésité à donner les clés à un Tony Parker rookie. Parce qu’il était prêt.
La différence, c’est que TP avait Tim Duncan et David Robinson dans son effectif. Il avait supplanté un meneur valeureux mais tout de même limité, à savoir Avery Johnson. Fox est un All-Star payé plus de 50 millions la saison. Ça peut vite devenir un problème pour le management. Mais un problème de riche. L’ancien leader des Kings a montré depuis son arrivée sa capacité à s’adapter et à se mettre en retrait. S’il accepte d’embrasser une nouvelle mission, celle d’un potentiel sixième homme, malgré son statut, alors les Spurs n’auraient pas nécessairement de raison de s’en séparer dès cet été. Ils peuvent encore attendre. Surtout que Fox, malgré la dernière impression laissée, a tout de même pesé sur les séries gagnées par son équipe et il a été indéniablement gêné par une blessure à la cheville.
S’il refuse catégoriquement de faire de la place à Dylan Harper, la question de son transfert pourra effectivement se poser plus vite que prévue. Mais Harper doit aussi progresser. Il est toujours tentant d’imaginer des évolutions fantastiques pour des joueurs aussi forts aussi tôt. La réalité du terrain est parfois différente. Ja Morant et beaucoup d’autres en savent quelque chose. Mais c’est vrai que le deuxième choix de la draft a démontré des qualités de leadership incroyable en plus d’un bagage technique et athlétique dignes des stars de cette ligue.
Les Spurs doivent de toute façon axer l’équipe autour de Wembanyama et lui. Ils ont disputé 117 minutes ensemble sur ces finales. Avec un différentiel de +5,9 sur ces moments. C’est largement mieux que sur les 157 minutes passées par le pivot avec son meneur (-1,9). Le trio formé par Wembanyama, Harper et Castle affichait lui aussi un +/- positif (+3,6). Ils incarnent l’avenir et le présent de cette équipe. D’ailleurs, Castle, sophomore qui s’est troué par moments, dispose lui aussi d’une marge de progression très intéressante. Tout comme Carter Bryant. Ce noyau dur est incroyable.
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De'Aaron Fox

Crédit: Imago

L'échec, la meilleure des leçons

Cette équipe est en avance mais, à l’image de ses prestations sur le terrain, elle ne doit pas prendre ça pour acquis. Parce que tout va très vite en NBA. Comme lorsqu’ils mènent de 20 points, ils doivent prendre conscience qu’ils ne sont pas encore arrivés au bout. Chacun doit progresser individuellement, des stars aux remplaçants, des joueurs aux coaches. Le collectif peut être sublimé. Les dirigeants auront comme mission de trouver les bons vétérans pour entourer le tout, un peu à la manière du Thunder qui avait fait venir Alex Caruso et Isaiah Hartenstein avant de se hisser jusqu’au titre.
Tous les plus grands passent par des échecs. Michael Jordan et Scottie Pippen se sont cassés les dents contre les Pistons. LeBron James est allé en finales très tôt et il a déçu, encore plus que Victor Wembanyama, avant de rebondir des années plus tard. S’il avait gagné dès ses premiers playoffs, le porte-parole du basket tricolore aurait réussi un exploit absolument légendaire. Il n’y a pas de honte à avoir perdu.
"Ce qui m’énerve, c’est qu’il y a probablement une centaine de matchs à jouer avant que nous puissions revenir en finales. Je vais devoir garder ça en moi, ralentir, patienter. tout cela va façonner ma mentalité pour la suite. Cette année a été incroyable en termes d’expérience acquise. Je ne pense pas que nous aurions pu apprendre davantage, ni accumuler plus d’expérience au cours d’un seul parcours en playoffs. C’est la plus grande leçon de ma vie. Je ne peux pas vous dire exactement quelle est cette leçon. J’apprends plus que je ne l’ai jamais fait à aucun autre moment de ma vie", confiait Wembanyama. Le plus dur commence maintenant pour lui comme pour les Spurs. Ils vont revenir plus forts.

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