On appelle ça une victoire à la Braisaz. Loin, très loin à mi-chemin de la mass start de Holmenkollen, ultime épreuve de la saison, Justine Braisaz-Bouchet a livré un tir debout impeccable. Un 10 sur 10 qui lui a ouvert les portes de la victoire. Si cela vous rappelle quelque chose, c'est normal. Aux Jeux de Pékin le mois dernier, c'est à travers un scénario approchant que la Française avait décroché la médaille d'or. Mais un bonheur ne venant jamais seul, un improbable concours de circonstances lui a aussi permis de s'offrir le globe de la spécialité, cerise de cristal sur son gâteau dominical.
"Le scenario est incroyable, clairement c'est celui dont j'ai rêvé et je ne pensais pas que ça pouvait arriver, a-t-elle savouré. C'est une sacrée journée, pleine d'émotions parce qu'il y a plein de biathlètes qui arrêtent dans l'équipe (Simon Desthieux et Anaïs Bescond, NDLR), c'était leur dernière course aujourd'hui." Lorsque Bescond en a terminé, Justine Braisaz en personne s'est chargée de la doucher au champagne. Mais les bulles étaient aussi pour elle, tant elle aura été la grande gagnante de cette dernière course de l'hiver. Plutôt deux fois qu'une, donc.
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Je ne pensais pas du tout que ce scénario allait se réaliser aujourd'hui, mais c'était tout de même dans ma tête
Si elle était dans la course au petit globe, la championne des Saisies était loin de tenir la corde. Pour parvenir à ses fins, elle était quasiment dans l'obligation de s'imposer mais, même en cas de victoire, dépendante des résultats d'Elvira Oeberg et de Dorothea Wierer, qui occupait la tête au classement de la coupe du monde de la mass start. Toutes les pièces de cet improbable puzzle ont fini par se mettre en place, non sans une certaine cruauté pour Oeberg. Une 4e place suffisait à la Suédoise, mais elle a fini 5e après avoir été coiffée sur la ligne par… sa compatriote Linn Persson.
"Je pensais au globe de la spécialité depuis la mass-start d'Otepää, mais, avec une vingtaine de points de retard sur Dorothea Wierer et Elvira Oeberg, c'était clairement un rêve de le remporter !", a-t-elle confié à nos confrères de Nordic Mag dimanche. Je ne pensais pas du tout que ce scénario allait se réaliser aujourd'hui, mais c'était tout de même dans ma tête. Je me suis dit que j'allais faire ma course en la construisant comme je l’avais décidé, en déterminant des objectifs précis et en prenant beaucoup de plaisir. Je ne pensais pas du tout que ce scénario allait se réaliser aujourd'hui, mais c'était tout de même dans ma tête. Je me suis détachée du résultat. C'était très agréable." Puis elle a ajouté : "C'est un très beau sport !" Elle a été si surprise qu'en coupant la ligne, elle ne pensait pas du tout à sortir sa calculette pour faire ses comptes.
Difficile en tout cas de rêver plus beau dénouement pour celle qui restera un des grands personnages de l'hiver pour le biathlon français. Si Quentin Fillon Maillet a brillé de mille feux et s'est imposé comme l'unique leader tricolore, Justine Braisaz-Bouchet a incontestablement franchi un cap. Avec une médaille d'or en individuel aux J.O. et un petit globe de cristal, difficile de ne pas considérer qu'elle n'a pas réussi sa saison. La mass start, c'est vraiment son truc puisque ses deux plus grands faits d'armes ont été accomplis dans cette discipline. "On peut même dire que ma saison se résume en deux mots : mass et start", a-t-elle rigolé.

Drapeau français à la main, l'arrivée triomphale de Braisaz-Bouchet en vidéo

Gagner en constance pour viser plus haut

Ces coups d'éclat confirment que Braisaz est capable à n'importe quel moment de mettre tout le monde d'accord. Son potentiel physique en fait une des athlètes les plus rapides du circuit. Quand tout se met en place, et qu'elle ne passe pas à côté au tir, la Française devient dangereuse. L'or et le cristal qu'elle vient d'engranger en l'espace de quatre semaines pourraient avoir valeur de déclic et de tournant dans la carrière de "JBB", qui n'a encore que 25 ans. Mais si elle veut viser plus haut, il lui faudra gagner en régularité. Pékin fut symptomatique à cet égard. Avant son sacre sur la mass start, son bilan était catastrophique : 40e de l'individuel et 48e du sprint, après quoi elle avait préféré renoncer à la poursuite.
Justine Braisaz totalise déjà quatre victoires en Coupe du monde (sans compter son titre olympique). A titre de comparaison, Anaïs Bescond part à la retraite avec un seul succès et Anaïs Chevalier-Bouchet, de trois ans son aînée, ne s'est elle aussi imposée qu'une seule fois sur le circuit. Mais cette dernière, bien plus régulière, a fini 5e du classement général de la Coupe du monde cet hiver, trois rangs devant Braisaz. Si la championne olympique veut se rapprocher de ce que ses aptitudes l'autorisent à viser, elle devra impérativement gagner en constance. Si elle progresse sur ce plan, le ciel sera la limite.

Justine Braisaz-Bouchet

Crédit: Getty Images

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