De l'or au cristal : Lou Jeanmonnot et Eric Perrot, l'autre chasse à l'Histoire

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Les Jeux Olympiques désormais derrière eux, Lou Jeanmonnot et Éric Perrot n'auront pas beaucoup de temps pour tourner la page, se remettre physiquement et digérer ce qui restera comme une frustration : ils ont conquis l'or par équipes, mais pas à titre individuel. C'est en Coupe du monde, qu'ils mènent chacun de leur côté, qu'ils peuvent connaître la grande consécration hivernale. Et historique.

Une déception "à oublier dès demain" pour Jeanmonnot

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Lou Jeanmonnot et Éric Perrot sont des paradoxes ambulants. À eux deux, ils sont repartis des Jeux de Milan-Cortina avec sept médailles : quatre pour elle, trois pour lui. Jeanmonnot est même une des athlètes les plus médaillées de cette édition 2026. Derrière le sextuplé en or de Johannes Klaebo, elle pointe à la deuxième place en compagnie de cinq autres sportifs, dont ses collègues et compatriotes biathlètes, Julia Simon et Quentin Fillon Maillet. Comme Perrot, elle est même double championne olympique. Pourtant, l'un et l'autre peinent à considérer ces Jeux comme une totale réussite.
Ils étaient venus pour l'or, mais pas tout à fait celui-ci. Ce dont ils rêvaient, c'était de triompher seuls. Même si leurs victoires dans le relais mixte et dans les relais par sexe les ont bien évidemment comblés, il leur aura manqué jusqu'au bout cette consécration ultime, celle qui constitue le fantasme numéro un de tout (bi)athlète. Julia Simon, Océane Michelon et Quentin Fillon Maillet l'ont assouvi sur la piste d'Antholz-Anterselva, couplant la joie collective des relais à cette plénitude individuelle. Pas eux, et cela restera un manque, un regret, voire une blessure. Tout ceci est à la hauteur du potentiel et de l'ambition qui étaient les leurs.
Éric Perrot a donc déjà un coin de la tête tourné vers 2030. Il se sentait prêt, il l'était, et il a répondu présent, jouant un rôle primordial dans les victoires tricolores sur le relais mixte et le relais messieurs. Mais sur les quatre courses en solo, il s'est contenté de l'argent lors de l'individuel, la toute première course. Un point de départ, imaginait-il. Ce fut un point final. "Je n'étais pas loin, déplore-t-il. Dans quatre ans, en France, j'aurai à cœur d'aller chercher ce que je n'ai pas obtenu cette année, l'or individuel".
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Perrot : "En 2030, j'aurai les crocs !"

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Ne pas confondre impact médiatique et portée sportive

Il va leur falloir digérer au plus vite, pour ne pas passer à côté de l'autre grand objectif de leur saison. La revanche olympique viendra en temps et en heure. Mais avant cela, il aura, Perrot et Jeanmonnot doivent vite repasser en mode Coupe du monde. Ils ont chacun un dossard jaune à défendre et un gros globe de cristal à aller chercher. Physiquement, et peut-être plus encore psychologiquement, ce ne sera pas chose aisée. La quinzaine olympique a été tellement énergivore, à tous points de vue, qu'ils ont fini rincés. Or la reprise est prévue dans moins de deux semaines, dès le 5 mars, à Kontiolahti.
La Coupe du monde, c'est beaucoup plus qu'un prix de consolation. C'est au contraire le véritable Graal de leur discipline. Bien sûr, l'envergure d'un titre olympique est incomparable. La caisse de résonnance est décuplée, les retombées aussi. A côté, le retentissement d'un gros globe de cristal est minime. Mais il ne faut pas confondre impact médiatique et portée sportive. En caricaturant un peu, voire beaucoup, n'importe qui peut devenir champion olympique en biathlon. En revanche, n'importe qui ne peut pas gagner le classement général de la Coupe du monde. Cela demande une constance dans la performance qui ne sont l'apanage que de quelques-uns.
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Nouveau relais, nouvelle Marseillaise pour les Françaises !

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L'or olympique apporte notoriété et gloire, le globe de cristal générera le respect de tous et une reconnaissance du milieu et de leurs pairs sans commun mesure avec tout le reste, y compris l'or olympique. Lou Jeanmonnot a déjà une main posée sur le globe. Ces choses-là ne s'attribuent pas au mérite, mais ce serait une juste récompense, à plus d'un titre. Sur cet hiver, d'abord, où sa constance au plus haut niveau est supérieure à celle de toutes ses rivales. Elle est la seule à trois victoires et, avec neuf podiums, Coupe du monde et JO compris, elle est là aussi largement devant tout le monde.
Je ne veux pas passer à côté de ça
Puis, après avoir terminé deuxième du général en 2024 et en 2025, derrière Lisa Vittozzi puis Franziska Preuss, ce ne serait pas volé non plus pour ce qu'elle accomplit dans la durée. Avec 202 points d'avance sur sa dauphine, la Finlandaise Suvi Minkkinen, elle a vraiment toutes les cartes en main. "Il reste sept courses individuelles, rappelle-t-elle. Il y a le gros globe et je suis en lice pour tous les petits globes aussi. Il faut que je me remobilise et que je récupère un peu de fraicheur parce que je ne veux pas passer à côté de ça." Ce serait même franchement une catastrophe pour elle, compte tenu de sa marge de manœuvre.
La situation d'Éric Perrot semblait un peu plus délicate. Après son doublé à Nove Mesto fin janvier, juste avant la coupure olympique, il avait pris le pouvoir, reléguant Tommaso Giacomel seulement 37 points derrière lui. Mais l'Italien, out pour la fin de saison, ne viendra plus le menacer. Sebastian Samuelsson, actuellement troisième, est à 166 points et Johan-Olav Botn à 204. Confortable pour le Français, mais tout peut aller très vite. Pour lui aussi, la clé résidera dans sa capacité à tourner la page italienne, d'où il est reparti vidé de toutes ses forces.
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Une faute et quinze secondes : comment Perrot a été coiffé sur le fil pour l'or

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S'ils y parviennent l'un et l'autre, les frustrations d'Anterselva seront reléguées bien loin. Ils apprécieront alors à sa juste valeur leur bilan respectif aux Jeux. Ils seront les meilleurs du monde. Les véritables rois de leur sport. C'est cela qui est en jeu. Pour le biathlon français, ce serait une nouvelle page d'histoire. Depuis le sacre inaugural de Patrice Bailly-Salins en 1994, on peut compter sur les doigts des deux mains les Français vainqueurs de la Coupe du monde (1). En avoir deux de plus d'un coup aurait une valeur inestimable. Ce serait, au moins autant que le festival de médailles de Milan-Cortina, une nouvelle démonstration de la toute-puissance du biathlon tricolore.
(1) Les vainqueurs français de la Coupe du monde :
Patrice Bailly-Salins (1994)
Anne Briand (1995)
Emmanuelle Claret (1996)
Raphaël Poirée (2000, 2001, 2002, 2004)
Sandrine Bailly (2005)
Martin Fourcade (2012, 2013, 2014, 2015, 2016, 2017, 2018)
Quentin Fillon Maillet (2022)
Julia Simon (2023)
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