Emilien Jacquelin et le cyclisme : "Je préfère tenter que d'en rêver sans essayer"

Eurosport sur Google

Dimanche, Emilien Jacquelin a révélé qu'il s'apprêtait à rejoindre l'équipe de développement de Decathlon CMA CGM. Le biathlète, que nous avons interrogé, détaille la genèse de ce défi et évoque les risques qu'il implique pour la suite de sa carrière professionnelle. Avant de se lancer dans un nouveau cycle de quatre ans pour viser les JO 2030, le Français avait besoin de tenter l'aventure.

Jacquelin, stop ou encore à l'heure du bilan ? "J'ai fait mon petit bonhomme de chemin"

Video credit: Eurosport

Emilien Jacquelin, pourquoi vous lancez-vous dans un tel challenge ?
Emilien Jacquelin : A Milan-Cortina, j'avais dit que les Jeux de 2030 étaient vraiment un objectif. Mais il y avait aussi cette envie de voir autre chose, de pratiquer le cyclisme à mon niveau. Finalement, c'est un challenge qui est plus gros que de simplement faire des courses par plaisir. Le but, c'est d'élargir mon horizon, me challenger. J'ai toujours fait du vélo, plus jeune, et même pendant mes préparations physiques. Ça me permet de sortir de ma zone de confort, mais si je sais que ce sera un challenge inédit et compliqué. Mais c'est ce qui me motive.
Pourquoi maintenant ?
E. J. : Je pense que c'est le meilleur moment, pour ma carrière de biathlète, mais aussi en tant que personne. Plus tard, il aurait sans doute été difficile pour moi d'être performant. À 30 ans, j'ai encore pas mal de points d'entraînement à améliorer. Les nouvelles méthodes d'entraînement dans le cyclisme et la nutrition peuvent vraiment m'aider à poursuivre mon développement et voir jusqu'où je peux aller. C'est une année post-olympique. Les athlètes les plus expérimentés avaient besoin de souffler ou de voir autre chose avant de repartir sur un cycle de quatre ans. C'était donc le bon moment pour le tenter.
Vous allez donc remplacer votre préparation de biathlète par un quotidien de coureur cycliste. Quel impact cela peut-il avoir sur votre carrière professionnelle ?
E. J. : Le délai de récupération restera le même que les années précédentes. La charge d'entraînement risque d'être plus conséquente en vélo. Mais il y aura une charge en moins : la charge mentale du tir. Finalement, j'en rajoute d'un côté et j'en enlève de l'autre. Ça peut me faire évoluer physiquement, me permettre d'élever mes capacités de seuil et d'explosivité. Et par rapport au tir… des fois, être loin de la carabine permet aussi de prendre du recul et de revenir à des choses simples. Côté biathlon, je ne suis pas trop stressé. En tout cas, je n'appréhende pas de perdre mes qualités.
Vous allez devoir évoluer physiquement…
E. J. : Oui, il y aura un vrai défi de ce côté-là. Je travaillerai avec un nutritionniste pour optimiser le tout. Ça me demandera de perdre certains kilos. Je pense que tout ce qui est au niveau du haut du corps se perdra assez facilement puisque je ne ferai pas de ski-roues durant l'été. Je ne ferai pas de séance de musculation du haut du corps non plus. Il y a moyen de perdre facilement quelques kilos. Le but de ce challenge, c'est de me donner à 100 %. L'objectif, ce n'est pas de le faire à moitié ou d'être dans un entre-deux.
Avez-vous des objectifs précis ?
E. J. : Le premier objectif que je me suis donné, c'est de donner mon maximum pour honorer la confiance de l'équipe et cette chance qui m'est donnée d'essayer de vivre mon rêve d'enfant le plus fou. J'y vais avec humilité. Je sais que ça demande beaucoup de travail, de courage, de persévérance. Je sais aussi que les risques du cyclisme sont différents de ceux du biathlon au quotidien. Il y aura des points de passage avec l'équipe. Aujourd'hui, le cyclisme permet de savoir où on en est, via toute la data.
Il y a effectivement des risques qui sont assez importants…
E. J. : Je sais dans quoi je m'embarque. Mais je n'ai pas de gêne et pas de honte là-dessus. Je décide de prendre ce chemin-là parce que c'est le mien. J'en ressens l'envie. Et tant pis si je dois perdre des capacités dans le biathlon ou même si je ne dois pas réussir ce projet-là, ce n'est pas grave. J'aurais donné mon maximum et je n'aurais aucun regret. Je préfère tenter que d'en rêver sans essayer. Je n'ai pas d'appréhension ou de peur là-dessus. Si ça ne fonctionne pas, ce n'est pas grave. Je serais fier de ce que j'ai mis en place.
En avez-vous discuté avec le staff de l'équipe de France de biathlon ? Qu'en pense-t-il ?
E.J. : Ils me connaissent, ils connaissent mon amour pour le cyclisme et ma volonté. Ils savent que j'ai mis énormément de cœur à l'ouvrage sur ces Jeux. Ils savent aussi que si on veut tous être présents sur les Jeux de 2030, il faut qu'on puisse souffler un coup, faire d'autres choses. Le staff a compris. Et mon objectif, de toute façon, est de le faire main dans la main avec le biathlon. Et ne pas la faire à l'envers à l'équipe de France.
On connait votre approche de la course en tant que biathlète. Le cyclisme peut-il faire évoluer votre manière de faire de biathlon, notamment sur le plan tactique ?
E. J. : Du point de vue de la gestion de course, oui. Je pense que ça peut m'aider à être encore plus régulier dans les tours, même si c'est un plan sur lequel j'ai progressé ces derniers temps. Bien sûr qu'il y a des coups d'accélérateur, mais globalement, je n'explose plus dans les derniers tours. Mais je pense que ça peut m'aider à passer des caps sur les niveaux de seuil. L'état d'esprit, lui, sera toujours le même. Mais peut-être que ça m'aidera à passer un peu moins à côté des victoires. Cette année, je suis le troisième athlète à avoir fait le plus de podiums en Coupe du monde, derrière Eric [Perrot] et Sturla [Laegreid] mais je n'en ai pas gagné une. J'espère que ça va réveiller la volonté de gagner. Faire des médailles, c'est énorme, faire quatre podiums de suite, c'est fort. Mais c'est vrai qu'il m'a manqué la victoire cet hiver. Ce challenge peut m'aider à rallumer la flamme.
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité