Hochfilzen - Sprint (F) - Justine Braisaz-Bouchet en plein doute au tir : les clés pour casser un cercle vicieux

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Alors qu'elle a clairement affiché l'ambition de remporter le classement général de la Coupe du monde cette saison, Justine Braisaz-Bouchet a connu une première étape difficile à Kontiolahti avec un seul Top 10 en trois courses individuelles. La native d'Albertville a payé son imprécision et sa lenteur au tir. Le chantier dans ce domaine est conséquent mais elle doit vite trouver des solutions.

Le tir le plus lent : Braisaz-Bouchet limite la casse… mais à quel prix ?

Video credit: Eurosport

Ce n'est sûrement pas l'entame de saison qu'elle espérait. A Kontiolahti la semaine dernière, Justine Braisaz-Bouchet a souffert. Après deux 2es places récoltées en relais (mixte puis dames), ses débuts en solitaire ont été mouvementés : en trois courses – 39e sur l'individuel court, 14e sur le sprint et 9e sur la mass start –, la triple championne du monde de Nove Mesto n'a pas décroché le moindre podium ni participé à ne serait-ce qu'une cérémonie des fleurs. Et la raison à cela est toute trouvée : son incapacité à régler la mire et à trouver son rythme au tir.
Il y a d'abord le problème de la précision. Sur les trois épreuves, elle affiche 80 % seulement de réussite face aux cibles, un pourcentage qui descend encore à 77 % si on y inclut les relais, avec notamment un très faible 70 % au tir couché. A titre de comparaison, sur l'ensemble de l'hiver dernier, elle était à 82 % dans les deux positions. Surtout, en moyenne lors de ses 6 victoires individuelles (5 en Coupe du monde et une lors de la mass start des Mondiaux), Braisaz-Bouchet dépassait les 93 %, ce qui montre à quel point ses standards étaient alors élevés. Que se passe-t-il donc dans l'exercice ?
"C'est un petit passage à vide, on peut vite perdre la confiance au tir. Justine a su progresser en régularité avec les années mais parfois, il y a des moments plus délicats où la synchronisation se dérègle. C'est du travail à refaire tranquillement pour gagner en certitude. Ce n'est pas alarmant, mais il ne faut pas trop que ça perdure", analyse Sandrine Bailly, consultante pour Eurosport. Mais comment expliquer de telles difficultés dès le début de saison ? Le fait d'avoir affiché son ambition d'aller chercher le classement général à la fin de l'hiver est une piste à creuser. Inconsciemment, Braisaz-Bouchet s'est peut-être mis trop de pression.
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Braisaz-Bouchet à la conquête du gros globe : "Tout est assumé"

Video credit: Eurosport

"A partir du moment où on se met en tête le résultat, ça influe toujours sur ce qu'on met en pratique parce qu'on n'est pas concentrés à 100 % sur le tir. Quand on prend le départ d'une course, il faut oublier ce que l'éventuel résultat engendrera au niveau du classement général. Ça, c'est parfois très facile à dire, moins à faire, parce que les mauvaises pensées arrivent et on ne peut pas les bloquer, ce n'est pas quelque chose qu'on peut empêcher. Je ne sais pas ce qui s'est passé pour elle, mais toujours est-il qu'il y a un dérèglement et il faut y remédier", observe celle qui a remporté le gros globe en 2005.
Il est déjà arrivé à Justine Braisaz-Bouchet de remporter des courses malgré ce déchet face aux cibles. Elle avait par exemple gagné le sprint d'Oberhof la saison dernière malgré un 8/10 au tir, comme la semaine dernière à Kontiolahti. Ce jour-là, elle avait certes particulièrement volé sur les skis, collant 28 secondes à la 2e plus rapide alors, Elvira Oeberg. Le rapport de force s'est inversé en ce début de saison, puisque la Française a concédé 13 secondes sur la piste sur la même distance à la Suédoise. Mais elle continue de faire partie des trois skieuses les plus rapides. Le 8/10 de Kontiolahti cache un autre problème fondamental : le temps passé sur le pas de tir.

En voulant assurer, Braisaz s'inflige des tours de pénalité virtuels

Pour limiter les dégâts, Braisaz-Bouchet s'ajuste au maximum et ralentit dans des proportions incontrôlables. Particulièrement en souffrance lors de son tir couché dans ce sprint, elle a eu besoin d’une vingtaine de secondes pour lâcher sa dernière balle. Et au fil de ses passages, la tendance ne s'est pas améliorée la semaine dernière. Les statistiques en temps de tir le montrent de manière assez cruelle, surtout quand on les compare à sa rivale la plus en forme du moment Elvira Oeberg, actuel dossard jaune, qui ne tire pourtant pas particulièrement vite.
Le 8/10 de Braisaz-Bouchet lors de son sprint de Kontiolahti s'apparente ainsi davantage à un 7/10 avec des tirs enchaînés à une vitesse classique. En d'autres termes, elle s'inflige un tour de pénalité virtuel par rapport à Oeberg en plus de ceux qu'elle a de toute façon à effectuer. Alors comment enrayer cette mauvaise dynamique ?
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Justine Braisaz-Bouchet à Kontiolahti

Crédit: Getty Images

"La vraie stratégie dans ces moments, c'est d'arriver à rebasculer dans l'action et dans le 'comment' en fait. Je connais bien l'entraîneur de tir de l'équipe de France (Jean-Paul Giachino, NDLR) parce qu'il a été le mien aussi, et c'était ce qu'il nous martelait : ce qui est important, c'est la manière, ce que tu mets en place derrière ta carabine pour arriver au résultat. Il y a vraiment un travail à faire sur soi pour se dire : 'Je suis en train de partir là, comment on a dit qu'on construisait mon tir ? Ok, je fais ça, ça et ça. Je lâche, j'appuie doucement.' En fait, se reconcentrer sur des petits points techniques, c'est ce qui permet de sortir souvent d'un mauvais schéma", insiste Sandrine Bailly.
Se forcer à tirer plus vite pour retrouver du rythme et de la fluidité dans les enchaînements pourrait sembler une bonne idée. Mais c'est un piège. "Ça viendra naturellement. Il ne faut surtout pas qu'elle se dise qu'elle va faire un tir engagé demain. La rapidité au tir n'est pas le point fort de Justine. Ce ne le sera jamais et ce n'est pas très grave : elle a réussi à être championne olympique comme ça. Elle joue sur ses atouts et notamment le ski. Elle aura beau essayer de travailler cette vitesse au tir, malheureusement elle n'arrivera jamais à rivaliser avec des filles qui tirent régulièrement en moins de 20 secondes sur le debout. Son but premier, c'est de les mettre et de retrouver un temps intermédiaire correct. L'engagement, ce n'est pas son truc, chacun ses qualités", estime notre consultante.
Et à ce stade précoce de la saison, inutile de paniquer. Même si Braisaz-Bouchet accuse déjà 167 points de retard sur Elvira Oeberg au classement général. L'hiver dernier, la Française était encore plus mal partie à Ostersund – 21e sur l'individuel, 24e sur le sprint et 15e sur la poursuite avec 78 % de réussite au tir sur ces trois premières épreuves – avant de prendre feu. Sa réaction sera guettée avec d'autant plus d'intérêt à Hochfilzen cette semaine.
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