JO 2026 Milan-Cortina | Johan-Olav Botn, l'hommage à Bakken : "J'espère qu'il a regardé et qu'il est fier de moi"

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Ceux qui croient au destin y verront sûrement un signe. Johan-Olav Botn est devenu champion olympique de l'individuel mardi à Anterselva, grâce à un formidable 20 sur 20 au tir. Le Norvégien en est convaincu, il a été porté par la présence du grand absent, Sivert Bakken, mort dans sa chambre d'hôtel en Italie le 23 décembre. Une chambre qu'il partageait avec Botn...

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Ce sera une des images de ces Jeux de Milan-Cortina. Johan Olav-Botn coupant la ligne d'arrivée, doigt pointé vers le ciel. Le Norvégien est devenu mardi champion olympique de l'individuel. Un sacre impossible d'isoler de ce contexte hors normes, celui de la perte de Sivert Guttorm Bakken, son coéquipier disparu au mois de décembre. "Après mon dernier tir, mes pensées et mes sentiments sont allés vers mon ami Sivert, mort tragiquement à Noël. Le dernier tour a été très émouvant pour moi." On l'imagine sans mal.
Dans cette ultime boucle, il s'est arraché pour préserver son avance sur Éric Perrot, qu'il a finalement devancé d'une quinzaine de secondes. Ils étaient deux à pousser sur les jambes et sur les bâtons. "J'ai l'impression que je skie davantage avec Sivert que pour Sivert, avait confié Botn le mois dernier. Il est dans mes pensées et il m'inspire." C'était plus que jamais le cas dans ce 20 km. "Il n'a pas couru tout seul, veut également croire Siegfried Mazet, l'entraîneur français du tir norvégien. Sur le dernier tour, je pense qu'il a tenu le coup grâce à ça."
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Sportivement, cet or marque son heure de gloire. Mais il est question de tellement plus que cela. Quand Sivert Bakken est mort le 23 décembre dernier dans sa chambre d'hôtel à Lavaze, en Italie, le choc a été terrible pour tout le monde du biathlon, l'équipe de Norvège en premier lieu bien évidemment, mais il a été d'autant plus difficile à gérer pour Johan-Olav Botn, car cette chambre d'hôtel était aussi la sienne. "Il y a eu de la tristesse dans toute l'équipe de Norvège bien sûr, mais c'est quand même lui qui a trouvé son pote, qui l'a découvert", rappelle Sandrine Bailly.
L'histoire est vraiment touchante
Les ressorts psychologiques après un tel drame sont mystérieux. Botn parle de moments très durs, "de beaucoup de hauts et de très bas" à propos de ces dernières semaines. "On ne savait pas comment on allait le retrouver", avoue Mazet. D'autant qu'à la douleur s'est associée des pépins de santé, une grippe puis une gastro, gâchant son mois de janvier et ruinant ses chances de remporter le gros globe de cristal après son énorme début de saison. Mais tout ceci était de toute façon devenu assez dérisoire. "Les deux premières Coupes du monde de janvier, il n'était pas avec nous. On se demandait comment il allait entreprendre ses Jeux", dit encore le patron du tir norvégien.
Cette victoire, sa première depuis la poursuite du Grand-Bornand, quelques jours à peine avant les tragiques évènements de la coupure de Noël, trouve évidemment un écho particulier dans ce contexte. "C'est chouette, je ne sais pas si c'est le destin qui décide, mais là, pour le coup, il s'est passé quelque chose..., avance encore Mazet, ému. Il a été plus qu'impressionnant, aujourd'hui. C'est une double victoire. Une victoire sur le résultat et une autre sur lui-même, sur ce qu'il a surmonté pendant ce mois de janvier, ce qu'on a surmonté tous ensemble." "L'histoire est vraiment touchante", acquiesce Sandrine Bailly.
Même Éric Perrot, son dauphin du jour, est heureux pour lui, quand bien même cela le prive de son premier titre olympique. "J'ai regardé son dernier tir, je ne pouvais que lui souhaiter du bon, assure le Français. Il a réussi à tenir. Alors, grand bravo à Johan-Olav, il a été monstrueux avec son 20 sur 20." Lui aussi tient à remettre cette performance dans l'environnement global de son hiver : "Il a vécu des moments tellement difficiles avec la mort de son coéquipier, dans sa chambre. Ce sont des moments très durs pour lui. Honnêtement, grand respect, il mérite largement de gagner aujourd'hui surtout après la course qu'il a pu faire."
C'est aussi un juste retour des choses au regard de sa saison, au cours de laquelle il a changé de dimension. Alors que la Norvège est orpheline des frères Boe, Johannes, surtout, et que Sturla Laegreid peine à enchaîner après son gros globe de cristal en 2025, Johan-Olav Botn incarne la relève. "Quand Johannes et Tarjei se sont arrêtés, pointe le nouveau champion olympique, il a fallu assumer et être à leur hauteur, dignes de ce qu'ils nous avaient légués. J'ai l'impression que nous avons fait du bon travail, même si on peut toujours faire mieux."
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Johan-Olav Botn, champion olympique de l'individuel.

Crédit: Getty Images

Le sacre d'un bosseur

Ses déboires récents ne doivent pas non plus faire oublier qu'au début de l'hiver, il était quasiment intouchable. Au-delà de la symbolique humaine, c'est donc aussi la victoire d'un nouvel as du Nord, doublé d'un forçat de travail. "C'est un gros travailleur, insiste Sandrine Bailly. Il est réputé sur le circuit pour être quelqu'un qui se pose sans cesse des questions, qui cherche en permanence comment s'améliorer, quelqu'un qui est toujours à la recherche de la perfection."
Mardi, il l'a tutoyée sur le pas de tir. Physiquement, il n'est probablement pas encore revenu sur les hauteurs qui étaient les siennes en novembre-décembre. Mais sa victoire n'en est que plus belle. "Il a un tir beaucoup plus mesuré par rapport à Éric, juge la consultante d'Eurosport. On sent qu'il s'est battu à chaque balle. Il a été impressionnant dans sa façon de s'accrocher à ses balles. Il a essayé d'être au top du centrage sur le couché comme sur le debout. Il a été hyper exigeant et ça a payé. Il n'a peut-être pas été aussi performant sur la piste, mais ça a suffi, il a fait le 20 sur 20 en allant chercher ses tirs."
Si les victoires et les titres olympiques ne se décernent pas au mérite, celui-ci n'est pas volé. Difficile de ne pas y voir une forme de justice, à tous points de vue. Une double victoire, comme le dit Siegfried Mazet. Une victoire pour deux, aussi. Botn n'était pas seul. Bakken était avec lui : "J'espère qu'il a regardé et qu'il est fier de moi". Des mots qui résonnent avec ceux qu'il avait tenus début janvier à l'évocation du moment où il avait compris que Bakken était inanimé et qu'il ne se réveillerait plus. "Il y a certaines images que j'ai en tête et dont je comprends que je devrai vivre avec toute ma vie, avait-il alors soufflé. Il est important de trouver une manière de vivre avec". Elles ne s'effaceront pas. Mais mardi, il a donné vie à d'autres images, de nature à apaiser.
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