JO Milan-Cortina 2026 | Relais hommes | "Il a fait un énorme numéro, c'est incroyable" : Emilien Jacquelin a tout changé

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Pour la première fois de son histoire, l'équipe de France masculine de biathlon est championne olympique du relais. Une œuvre collective, bien sûr. Mais c'est bien Émilien Jacquelin qui aura servi de détonateur, avec un passage supersonique qui a totalement relancé les Bleus. Il a fait du Jacquelin. Dans le bon sens du terme. Quand il est ainsi, il tutoie l'extraordinaire.

Le détonateur Jacquelin, le finisseur Perrot : Le résumé d'un sacre historique en relais masculin

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Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière, selon Michel Audiard. Mardi, la lumière est venue d’Émilien Jacquelin. Ils sont bien entendu quatre à être champions olympiques, à avoir porté le relais tricolore au sommet de l'Olympe pour la toute première fois de son histoire. L'exercice du relais transforme le biathlon en un sport collectif. Mais le Grenoblois aura été le détonateur individuel de ce quatuor, le déclencheur d'un espoir bien moribond au moment où il s'est élancé. Jacquelin est un grand fou. Parfois, ça casse et ça part dans tous les sens. Mais quand ça marche, comme en cette journée, il confine au grandiose.
Pour Fabien Claude, qui l'avait précédé sur la piste, l'affaire avait mal tourné. Il avait été le seul des 20 concurrents à partir sur l'anneau de pénalité. Un temps dernier, il a finalement passé le témoin à Jacquelin en 13e position. Loin du podium et plus encore de la médaille d'or, alors virtuellement entre les mains de La Norvège, 50 secondes devant. Qui y croyait encore pour le titre ? "Si ça n'avait pas été les Norvégiens, on aurait dit 'là, ça se tente', mais là, quand même… sourit Florence Baverel. Quand on voit les Norvégiens filer devant, on n'aime pas ça… Moi, je n'étais vraiment pas confiante. Mais lui, il y a cru, et ça a marché."
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En larmes, Jean-Pierre Amat peut "mourir maintenant"

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Il faut qu'il se mette dans le rouge dès le début pour bien tirer
Lui, c'est donc Émilien Jacquelin. Oui, il y croyait, même si, pour l'or, il avait de sacrés doutes, lui aussi. "La gagne, j'y pensais moins que la médaille, a-t-il confié au micro de Thomas Bihel sur Eurosport. Je me disais 'ça va être compliqué si les Norvégiens déroulent'." Mais pour le reste, il était tout sauf résigné, même en partant de la 13e position. "Je connais trop bien mon sport pour savoir qu'un relais même avec un tour de pénalité, ce n'est pas la mort, rien n'est fait. Sincèrement, j'ai plus regardé l'écart, explique-t-il. En soi, on peut être deuxième ou troisième et être à plus d'une minute. Donc la médaille était jouable." Mais de là à boucler son relais en tête, devant tous les autres...
C'est cela, qui est extravagant. "Il restait encore trois relais. Si tu divises en trois, ça fait une quinzaine de secondes par relais et d'un seul coup, ça semble plus accessible, relativise Loïs Habert. Je ne veux pas dire que je savais que ça allait revenir, ce n'est pas le cas, mais à aucun moment je me suis dit que c'était perdu". En revanche, jamais le consultant d'Eurosport n'aurait imaginé qu’Émilien Jacquelin allait virer en tête au moment de taper dans le dos de Quentin Fillon Maillet. "Il a fait un énorme numéro, salue-t-il. C'est incroyable. C'est réellement très fort. Il faut voir les temps au tour pour mesurer si ce sont les autres de son relais qui n'étaient pas ultra-rapides, mais peu importe en fait. Sur les skis, il avait une telle marge."
Il a attaqué comme un forcené. Il suffit de voir l'évolution des écarts. Jacquelin s'est élancé 50 secondes après Johan-Olav Botn. 600 mètres plus loin, il avait repris six secondes. En arrivant sur le pas de tir pour le couché, il était déjà à moins de 30 secondes du Norvégien. "C'est marrant, reprend Loïs Habert, parce que tous les coachs diront 'si vous voulez bien tirer, il ne faut pas se mettre dans le rouge dans le premier tour', mais lui, si on lui dit ça, il arrive sur un mode défensif et il n'est pas lui-même au tir. Donc il faut qu'il se mette dans le rouge dès le début pour bien tirer."
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"Du stress, de l'émotion" mais surtout "merci les gars", la joie de Quentin Fillon Maillet

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Paradoxalement, l'intéressé n'a pas le sentiment d'être sorti d'une forme de maîtrise. "J'étais déterminé, mais j'ai attaqué ce relais en essayant de lisser mon effort. Dès le premier tour, j'ai vu que je reprenais du temps", analyse le médaillé de bronze de la poursuite. La manière dont il a fondu sur la concurrence a tout de même sidéré. "Emilien, et il a une capacité à skier ultra-vite, rappelle Habert. Même face aux tout meilleurs d'ailleurs. Quitte à se torpiller. Mais ça, il l'accepte. Et aujourd'hui, c'est passé. C'est hyper risqué, mais c'est sa manière de faire du biathlon."
Lancer le relais c'est aussi exciter les chiens fous qu'il y a derrière
Si Jacquelin n'a pas eu ce sentiment, vu de l'extérieur, tout le monde a pensé à son côté "ça passe ou ça casse". Surtout dans cette position, souligne Florence Baverel : "Émilien en deux, dans un relais, on sait que ça peut être dangereux. Ce n'était pas gagné d'avance. On ne sait pas les réactions qu'il peut avoir. On aurait pu mettre un Quentin, qui est un petit peu plus sûr, mais aujourd'hui ça a marché." "Je l'ai joué au panache, à l'envie, avec le cœur", sourit celui qui a joué un rôle de pivot dans ce relais.
Parti comme un bolide, il a accéléré comme une fusée. Sans se poser de questions. Surtout pas. "Le tir couché, je l'ai fait comme tous ses derniers jours, évoque-t-il. Après, dans le deuxième tour, je trouvais que ça ne skiait pas assez vite, alors pourquoi attendre ? En face, ce sont des gens qui ont une vision de la course un peu différente. Je pense à la Finlande, la Suède (les deux équipes dans son sillage après le couché, NDLR). Vu leur dernier tour, ils ont les moyens de me suivre, au moins d'essayer. Mais ils n'ont pas forcément envie."
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"Exciter les chiens fous qu'il y a derrière", Fabien Claude revient sur la motivation des Bleus

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Bien sûr, Fabien Claude peut le remercier, comme il peut remercier Fillon Maillet et Perrot d'avoir fini le travail. Ils lui ont évité de porter le poids de la culpabilité de l'échec. Mais au fond, c'est peut-être Émilien Jacquelin qui devrait remercier Claude. "Lancer le relais, c'est aussi exciter les chiens fous qu'il y a derrière", ironise le lanceur tricolore. Mais il y a du vrai. Jacquelin n'aime rien tant que faire du Jacquelin. Son biathlon, qui ne ressemble qu'à lui. Or en partant de si loin, il n'a pas eu à réfléchir, ni même à penser.
"Je pense que c'est plus facile d'être dans une position de chasseur que de chassé, insiste Loïs Habert. Puis Emilien, il aime bien ce côté-là, montrer de la testostérone, passer quelqu'un en allant deux fois plus vite que lui. Alors que s'il est tout seul devant avec 20 secondes d'avance et qu'on lui dit gère ton avance, il n'est plus-même." Dans ce relais, il a été lui-même. Comme on l'aime. Comme il s'aime. Béni soit le fêlé.
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