Justine Braisaz-Bouchet ou les charmes de la fragilité
Par Laurent Vergne
Publié 08/01/2025 à 23:47 GMT+1
Justine Braisaz-Bouchet peut rendre dingue. L'incertitude est constamment à l'approche avec la Française, toujours susceptible de mettre une gigantesque claque à la concurrence comme de s'auto-détruire de manière spectaculaire. Prévisible et imprévisible, elle est surtout terriblement humaine dans ses forces et ses faiblesses. Forte et fragile à la fois.
D'un souffle devant Preuss, Braisaz-Bouchet fait vibrer le Grand-Bornand
Video credit: Eurosport
Est-ce que ça vous fait ça, vous aussi ? Si vous êtes un suiveur assidu des choses du biathlon, c'est probable. Quand Justine Braisaz-Bouchet se présente sur le pas de tir, un petit frisson de crainte vous traverse. Un soupçon de fébrilité. Rassurez-vous, c'est normal. Cela lui fait souvent ça, elle aussi. Et c'est tout son charme. Ces failles. Ces faiblesses. Contrepoids de ses forces, et vice-versa.
Justine Braisaz-Bouchet, c'est d'abord un palmarès, un sacré palmarès même. Autant commencer par là parce que, même si ses victoires ne constituent pas l'entièreté de la championne qu'elle est, elle fait partie de ces gens dont les failles, souvent spectaculaires, ont parfois tendance à éclipser les accomplissements. Et c'est injuste, forcément injuste.
Or on parle tout de même, pour ce qui la concerne, d'une championne olympique (mass start 2022), d'une championne du monde (mass start 2024), d'une gagnante d'un petit globe de cristal (mass start 2022) et lauréate de 12 courses en Coupe du monde, dans les quatre disciplines de son sport (sprint, poursuite, individuel, mass start).
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Drapeau français à la main, l'arrivée triomphale de Braisaz-Bouchet en vidéo
Video credit: Eurosport
Elle est une grande championne. Il n'y a pas de débat là-dessus. Sauf que chacun de ses moments de grandeur possède ce supplément d'âme né de ses échecs. Braisaz-Bouchet matérialise à merveille ce que Martin Fourcade himself avait qualifié de "sport de merde" à Pyeongchang en 2018, quand l'or olympique et le podium de l'individuel lui avaient glissé entre les doigts sur le tout dernier tir. Chez lui, c'était une rareté. Une exception. On n'ira pas jusqu'à dire que c'est le quotidien de Justine Braisaz, mais la chose est un peu plus commune chez elle.
Oui, elle incarne mieux que quiconque la quintessence de cette discipline où un rien, un simple passage de quelques secondes sur le pas de tir, parfois d'une balle ou deux, sépare parfois le triomphe du fiasco, la gloire de la catastrophe Ce sport peut rendre fou. De bonheur ou de frustration. Et cela vaut aussi pour Justine Braisaz-Bouchet. On allait dire "surtout pour elle".
Dans le sport de haut niveau, il y a ceux qui forcent l'admiration et ceux qui suscitent l'affection. L'un n'exclut évidemment pas toujours l'autre. On peut avoir de l'affection pour un Novak Djokovic ou un Johannes Boe. Les machines à gagner. Les implacables, qui nous laissent sans voix. C'est aussi affaire de sensibilité, de nature. De goût, presque. Mais une Justine Braisaz-Bouchet, par ses faiblesses, ses manques, ses errements, provoque sans doute un phénomène d'identification plus spontané et plus aisé. Parce que c'est elle, parce que c'est nous.
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Le tir le plus lent : Braisaz-Bouchet limite la casse… mais à quel prix ?
Video credit: Eurosport
Oui, on peut se retrouver aisément dans ces moments de faillite et de détresse. Le terme le plus adéquate est "empathie". "Capacité de s'identifier à autrui dans ce qu'il ressent", précise le Larousse. Parfait pour elle. C'est parfois difficile avec les immenses champions qui, par nature, sont des êtres d'exception, dont les accomplissements dépassent l'entendement. Le nôtre, en tout cas.
Voilà pourquoi une Justine Braisaz-Bouchet est si rare, donc si précieuse. Elle est à la fois susceptible d'accomplir des choses immenses, de s'octroyer les plus grandes conquêtes de son sport, mais aussi des plus spectaculaires échecs.
Il y a ses fragilités et sa manière de s'y confronter. De les évoquer. De parler de ses peurs. Sans se cacher. Ça aussi, c'est son charme. Prenez le week-end du Grand-Bornand, juste avant Noël. Il ferait un bon résumé de ce qu'elle est et de ce qu'elle fait. Un sprint royal, pour sa première victoire de l'hiver. Puis une poursuite cata, avec sept fautes au tir, pour une 12e place décevante à l'arrivée. Mais qu'elle soit émue d'avoir renoué avec la gagne ou d'une sincérité désarmante le lendemain face à l'échec, elle apparait toujours terriblement humaine.
Cette semaine, à Oberhof, Justine Braisaz-Bouchet va reprendre sa saison et son chemin. Pour le pire ou le meilleur. Pour le pire et le meilleur, peut-être. Mais qu'elle ne change rien.
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Les larmes ont fini par couler : l'émotion de Braisaz Bouchet sur le podium de la mass-start
Video credit: Eurosport
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