L'équipe de France de biathlon marche sur l'eau cette saison. Et c'est une excellente nouvelle au moment d'aborder ces Championnat du monde à Antholz-Anterselva. Trois ont déjà levé les bras cette saison : Justine Braisaz, Quentin Fillon-Maillet et Martin Fourcade. Cinq autres sont montés sur un podium au moins : Anaïs Bescond, Fabien Claude, Simon Desthieux, Emilien Jacquelin et Julia Simon. Depuis le début de l’hiver, les Bleus affichent un collectif d’une densité exceptionnelle, chez les hommes mais aussi chez les femmes, où les exploits demeurent plus épisodiques. Avec une telle armada, la France devrait sans trop de mal améliorer son total de l’an dernier à Östersund. Mais elle peut viser bien plus haut encore.

En Suède, elle n’avait pas remporté de titre, ramené quatre médailles seulement et terminé huitième au classement des nations. Un rang indigne de son standing mais lié en partie à la crise traversée par Martin Fourcade, auteur de son premier zéro pointé en grands championnats depuis dix ans. Mais cette année, dans le sillage d’un Catalan retrouvé, les Bleus peuvent prétendre, à l’instar des Norvégiens, battre le record de médailles.

Mondiaux Anterselva
Fourcade aligné d'entrée avec le relais mixte français
12/02/2020 À 16:20

Jamais une nation n’a dépassé la barre des onze breloques sur une même édition des Mondiaux. En atteignant ce total en 2016, à Oslo, la France avait alors égalé les performances réalisées par l’Allemagne (2007), la Russie (2008) et la Norvège (2013). Cette année-là, le relais mixte simple n’était pas encore au programme. Intégré l’an dernier à Oslo, il sera de nouveau de la partie à Antholz-Anterselva. Au total, douze épreuves seront au programme. Et si l’on se tient aux statistiques du début d’hiver, cela pourrait se traduire par des médailles.

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LES MESSIEURS

Nombre d’épreuves individuelles : 4

Si tout va bien : 6 médailles

Le groupe de Vincent Vittoz débarque en Italie avec une ribambelle de statistiques ébouriffantes. La première se lit au classement général : trois Français sont dans le top 4 mondial (Martin Fourcade 1er, Quentin Fillon-Maillet 2e, Simon Desthieux, 4e), un autre est 8e (Emilien Jacquelin) et deux autres sont qualifiables d’office pour une mass-start (Fabien Claude 16e, Antonin Guigonnat 25e).

La seconde, c’est leur omniprésence sur les podiums. Depuis le début de l’hiver, les Bleus en totalisent 19 sur 13 épreuves à peine, dont six victoires (cinq pour Fourcade, une pour Fillon-Maillet). En moyenne, cela fait un ratio assez déconcertant d’un podium et demi par course. Pour le dire autrement, les Bleus ont squatté la moitié des places disponibles sur le podium depuis décembre (19 sur 39). Et hormis la course d’ouverture à Östersund, on en a toujours trouvé un sur la boîte. Les 12 épreuves qui ont suivi ont toutes vu un Français réussir cette performance… En comparaison, la Norvège de Johannes Boe fait presque pâle figure avec 12 podiums. Soit sept de moins que les Français.

Ce rythme infernal, s’il se poursuit durant la douzaine des Mondiaux, leur permettrait d’obtenir six breloques grâce aux quatre épreuves individuelles messieurs. Mais c’est loin d’être gagné d’avance. Deux éléments pourraient leur compliquer la tâche. Le premier se nomme Johannes Boe. Si le Norvégien est aussi impérial, qu’il ne l’a été depuis le début de la saison, la victoire sera difficile d'accès et une place sur la boîte d’office à enlever. Son congé paternité avait largement fait les affaire des Bleus, qui avaient acquis huit podiums en quatre courses durant son absence. Le ratio global de 1,5 podium par course est donc à pondérer : Il tombe à 1,2 quand le Norvégien est là.

Johannes Boe

Crédit: Getty Images

Le second concerne les quotas. La force de frappe des Français sera moindre à cause du règlement des Mondiaux. Les nations ne peuvent aligner que quatre éléments contre six en Coupe du monde. Pour la France, c’est plus problématique que les autres. Cinq des six Tricolores de la sélection sont déjà montés sur la boîte depuis décembre. Et le sixième, Guigonnat, est vice-champion du monde en titre de la mass-start.

Avec seulement quatre représentants au départ de chaque course, les Français seront privés de deux chances de médaille. Forcément dommageable. Ils auraient pu avoir une cinquième place. Mais pour ça, il aurait fallu remporter un titre l’an dernier, le champion du monde sortant de chaque discipline ouvrant un quota pour sa nation. Les Bleus vont donc payer leur “raté” d’Ostersund en Italie. Mais avec quatre cartes à chaque fois, ils ont auront quand même largement de quoi affoler les compteurs.

Bilan des Français depuis le début de saison

NomClassement mondial VictoiresPodiumsMeilleure place
Martin Fourcade1er561e
Quentin Fillon-Maillet2e161e
Simon Desthieux4e032e
Émilien Jacquelin8e032e
Fabien Claude16e013e
Antonin Guigonnat25e008e

LES FEMMES

Nombre d’épreuves individuelles : 4

Si tout va bien : 2 médailles

S’il n’y a pas la même euphorie ambiante que chez les hommes, les Bleues ont quand même de sérieux arguments à faire valoir. Cet hiver, trois d’entre elles sont déjà montées sur un podium, pour un total de six boîtes en 13 épreuves, soit un ratio de 0,9 podium par course. Justine Braisaz a les plus solides atouts du haut de sa victoire à Östersund, la seule des Françaises cette saison. Constamment parmi les meilleurs temps ski, la Savoyarde manque encore de constance derrière la carabine (76% cet hiver, soit deux points de moins que lors des deux hivers précédents). Cela demeure sa limite pour jouer le classement général. Mais ça ne l’est pas sur des Mondiaux, où il suffit d’une fois pour décrocher la timbale.

Le constat vaut aussi pour Julia Simon, sa compère des Saisies, station savoyarde où les deux biathlètes de 23 ans ont façonné leur talent, l’une face à l’autre. Auteure du premier podium de sa carrière en décembre, sur l’individuel d’Östersund (3e), Simon a remis ça lors du sprint d’Oberhof, début janvier. Elle a franchi un cap physique à l’intersaison, et grâce à une vitesse de tir toujours aussi sidérante, elle joue désormais le podium au départ de chaque course.

Mais pour elle aussi, sa régularité face aux cibles demeure le souci principal (78%, alors que le top 3 mondial tourne entre 82 et 84% de précision). Autre souci, ses dernières courses ont été mitigées. Depuis son deuxième podium, le 9 janvier à Oberhof (3e du sprint), elle n’a pas fait mieux que 7e, son seul top 10 en cinq courses.

Julia Simon au Grand Bornand en 2019

Crédit: Getty Images

La dynamique est tout inverse pour Anais Bescond. Perturbée par une blessure au genou durant l’été, la championne olympique du relais mixte a fait avec les moyens du bord en début d’hiver. Elle a subitement retrouvé la lumière à Pokljuka, lors de la dernière étape de la Coupe du monde, en signant coup sur coup ses deux premiers podiums de l’hiver (3 de l’individuel puis de la mass-start). Avec cette confiance retrouvée, la doyenne de l’équipe, 32 ans, aura sa carte à jouer sur des terres qui lui réussissent bien. C’est à Antholz-Anterselva qu’elle a remporté la seule victoire de sa carrière en Coupe du monde, une individuelle en janvier 2014, juste avant les JO de Sotchi.

Célia Aymonier et Chloé Chevalier s’avancent avec beaucoup moins de certitudes. La première, issue du ski de fond, n’a confirmé qu’à de trop rares occasions les progrès au tir qu’on lui prête (9e du sprint d’Ostersund, 10e de la poursuite d’Ostersund). La seconde, soeur cadette d'Anaïs Chevalier, qui vit elle une saison off après être devenue maman, est encore un peu tendre sur les skis.

Bilan des Françaises depuis le début de saison

NomClassement mondial VictoiresPodiumsMeilleure place
Julia Simon5e023e
Justine Braisaz8e121e
Anais Bescond15e023e
Célia Aymonier 40e009e
Chloé Chevalier620026e

Justine Braisaz à Ruhpolding

Crédit: Getty Images

LES RELAIS

Nombre d’épreuves : 4

Si tout va bien : 4 médailles

Sur le circuit Coupe du monde, la France est sur le podium provisoire de chacune des trois disciplines de relais (messieurs, dames et mixte). Les hommes ont enfin traduit leur force collective par une victoire magistrale lors du dernier relais messieurs, à Ruhpolding, la Norvège étant repoussée à plus d’une minute. Ils brisaient ainsi cette malédiction juste avant les Mondiaux : cela faisait presque trois ans que la victoire les fuyait. Le match s’annonce épique face à la Norvège des frères Boe, tenante du titre. Les Bleus n’ont eux remporté ce relais qu’une seule fois, en 2001, bien avant le début de l’ère Fourcade. C’est d’ailleurs le seul titre qui lui manque.

Les dames restent elles sur deux podiums de rang. Une troisième place à Oberhof. Et une deuxième à Ruhpolding, derrière une impressionnante Norvège, vainqueure des quatre relais de l’hiver et tenante du titre. Le titre paraît dur à atteindre. Mais la médaille est dans leurs cordes.

En relais mixte, c’est clair et net, la France visera l’or sur les deux formats. A Pokljuka, fin janvier, elle a remporté la victoire sur le relais mixte simple (Bescond et Jacquelin) et le relais mixte “classique” (Fillon-Maillet, Desthieux, Braisaz et Simon). La Norvège fait office de co-favorite sur ces épreuves… et toutes les autres d’ailleurs. Les deux nations dominent outrageusement le circuit cet hiver, avec 36 podiums pour la Norvège, 33 pour la France, et 45 pour le reste du monde. Un duel qu’on a hâte de voir commencer, le 13 février. Et qui pourrait bien aboutir, chez l’un ou l’autre, d’un nouveau record de médailles.

Moyens au tir mais supersoniques : les Bleus ont skié sur la concurrence

LE CALENDRIER COMPLET

Jeudi 13 février (14h45) : Relais mixte

Vendredi 14 février (14h45) : Sprint femmes

Samedi 15 février (14h45) : Sprint hommes

Dimanche 16 février (13h et 15h15) : Poursuites femmes et hommes

Mardi 18 février (14h15) : Individuel 15km femmes

Mercredi 19 février (14h15) : Individuel 20km hommes

Jeudi 20 février (15h15) : Relais mixte simple

Samedi 22 février (11h45 et 15h15) : Relais femmes et hommes

Dimanche 23 février (12h30 et 15h) : Mass-start femmes et hommes

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