Individuel d'Östersund 2025-2026 | "Crainte" et pulsations : Quentin Fillon Maillet et le calvaire du premier tir couché
Par Julien Pereira
Mis à jour 03/12/2025 à 13:15 GMT+1
C'est un calvaire dont il espère s'être débarrassé. Plombé depuis deux saisons par ses difficultés sur le tir couché, Quentin Fillon Maillet a travaillé. Avec Jean-Pierre Amat, le Français a imaginé plusieurs solutions pour régler un problème causé en partie par... ses pulsations. L'Individuel d'Östersund, ce mercredi (15h30, en direct sur Eurosport via HBO Max), va aider à mesurer le progrès.
Fillon Maillet : "Je me crispe assez facilement, par trop d'envie"
Video credit: Eurosport
Il n'est jamais bon de disputer une course en la débutant avec un désavantage. C'est pourtant ce que Quentin Fillon Maillet s'impose souvent, bien malgré lui, depuis près de deux ans maintenant. Le double champion olympique a régulièrement connu de vraies défaillances sur les tirs couchés en général, et sur les premiers en particulier. Alors que son taux de réussite debout dépasse les 86% sur les épreuves individuelles depuis deux ans, il tourne autour des 77% sur ses premiers tirs couchés.
Bref, l'échantillon est suffisamment important et marqué pour traduire une véritable difficulté. "C'est un axe de travail sur lequel j'ai essayé d'identifier les problèmes, nous confiait le Jurassien il y a quelques semaines. Je n'ai pas eu des réponses sur tout mais j'ai pu en comprendre certains." Cette limite a aussi sérieusement tracassé Jean-Pierre Amat. "C'est quelque chose qui m'obsède", nous soufflait le coach de tir des Bleus.

Les taux de réussite de Quentin Fillon Maillet lors des deux dernières saisons.
Crédit: Quentin Guichard
Brassard, crosse et ventilation différente
L'une des causes de ce phénomène est directement liée à… son cœur. Ou plutôt son "gros cœur", comme il le dit lui-même. Comme tous les athlètes, QFM augmente sérieusement son nombre de pulsations lorsqu'il lance son effort. Mais lui les ressent beaucoup plus lorsqu'il est installé sur le pas de tir. En cause : la position de son artère humérale qui crée de très légers mouvements en surface et perturbe la stabilité de la carabine.
Pour tenter d'endiguer cette difficulté, Fillon Maillet et Amat ont travaillé sur l'équipement. "L'une des solutions que l'on a imaginées, c'est un modèle de brassard spécifique, nous a détaillé le spécialiste du tir. Positionné autour du biceps gauche (pour les droitiers), cet accessoire sert de troisième appui pour le tir couché. Quentin est le seul à avoir ce modèle. Ça peut améliorer les choses dans certaines situations, mais pas toutes."

Le brassard de Quentin Fillon Maillet. (Loupe : Quentin Guichard)
Crédit: Getty Images
Car le Français de 33 ans a une autre particularité : il tire les poumons pleins, alors qu'une grande majorité des athlètes a plutôt tendance à faire le vide avant de stabiliser l'arme. "Si je suis en position de tir couché et que je remplis mes poumons, ma carabine va naturellement avoir tendance à pointer vers le bas, nous a éclairés Amat. Les réglages en tiennent compte mais on a aussi besoin d'un petit temps supplémentaire. Il est plus difficile de tirer vite avec ce type de ventilation. En revanche, il est possible de bien tirer. Martin Fourcade le faisait."
L'hypnose a été une piste de réflexion
Tout le matériel de "QFM", y compris la crosse de sa carabine, a été optimisé pour tenter de rendre ce premier tir moins pénible. Car modifier le processus était impossible. "Ça aurait été un changement vraiment fondamental et Quentin est un athlète qui a déjà trop de vécu pour ça, a estimé Amat. On aurait perdu au minimum deux saisons avant que ça commence éventuellement à payer. On n'avait pas ce temps-là devant nous."
D'autant que d'autres paramètres, sur lesquels il est beaucoup plus difficile d'agir, entrent en jeu. Notamment sur l'aspect mental. "Un athlète qui rencontre des difficultés sur une position peut emmagasiner de la crainte, nous souffle le coach de tir des Bleus. On ne peut pas dire à Quentin, qui a déjà tout gagné, de simplement se lâcher. Parce que des balles ratées sur un premier tir couché, il sait ce que ça coûte."
Le staff tricolore a même songé à faire appel à un spécialiste de l'hypnose, mais l'impossibilité de recréer les mêmes conditions qu'en compétition a écarté cette hypothèse. Fillon Maillet a donc misé sur ce qu'il sait faire : travailler, avec minutie. "Je n'ai pas poussé le curseur en me disant que je devais tout axer là-dessus, nous a-t-il glissé après sa préparation. Au contraire, j'ai plutôt cherché à réduire le nombre de balles pour tenter d'obtenir beaucoup de qualité sur le tir." Cela s'est vu lors du premier relais de la saison, où son 5/5 au premier tir a aidé les Bleus à décrocher la deuxième place. Mais cela demande encore confirmation lors de l'Individuel (15h30, à suivre sur Eurosport via HBO Max), ce mercredi.
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