Le long chemin de Franziska Preuss
Par Laurent Vergne
Mis à jour 13/03/2025 à 10:27 GMT+1
Drôle de trajectoire que celle de Franziska Preuss. L'Allemande explose cette saison à plus de 30 ans. Si elle a pris son temps, c'est surtout parce que son corps a fait de la résistance pendant des années. Désormais libérée de ses pépins physiques à répétition, elle donne enfin sa pleine mesure. Le gros globe de cristal est proche. Mais pourra-t-elle tenir jusqu'au bout face à Lou Jeanmonnot ?
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Video credit: Eurosport
Il y a quelques années, dans une interview accordée à Biathlon World, Franziska Preuss devait donner cinq mots pour se définir : heureuse, sincère, facile à vivre, désordonnée et ambitieuse, avait-elle répondu. Sur le circuit, tout le monde, notamment au sein de l'équipe d'Allemagne, témoigne de la véracité des quatre premiers éléments. Le dernier a mis du temps à se matérialiser. Elle semblait être la fille contente d'être là, mais avait-elle vraiment l'envie d'aller loin ? D'aller tout en haut ? Il aura fallu le temps pour que cette ambition s'exprime ou qu'elle l'assume.
Ce n'est qu'une fois la trentaine venue que Preuss dévoile l'entièreté et l'immensité de son potentiel, alors qu'elle a soufflé ses 31 bougies ce mardi. Ambitieuse, elle l'a pourtant toujours été, mais chez elle, le poids des ans a été un atout, pas un frein. Peut-être parce que son parcours n'est pas tout à fait commun. Le biathlon, l'Allemande l'a découvert sur le tard, à plus de 15 ans. Quatre ans après à peine, elle débutait en Coupe du monde.
"Franziska a d'une certaine manière eu le sentiment qu'elle devait rattraper le temps perdu, confiait en début de saison le patron du biathlon allemand, Kristian Mehringer, sur la chaîne ARD. Mais elle n'était pas en retard, elle avait simplement besoin d'assimiler différentes choses, sans s'occuper de son âge." "Peut-être que je suis même venue trop tôt en Coupe du monde, estimait l'intéressée dans Biathlon World. C'était seulement la quatrième année que je faisais du biathlon quand j'ai commencé sur le circuit. Oui, peut-être que ça a été trop tôt, trop vite."
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La reine de la poisse
Ce ne sera pas vraiment le credo de sa carrière après cela. Au contraire. Pourtant, les promesses ont été nombreuses. Franziska Preuss décroche notamment une médaille d'argent aux Mondiaux 2015, sur la mass-start. Elle a à peine 21 ans et remporte le petit globe de la spécialité en fin de saison. Mais il lui faudra ensuite attendre quatre ans pour décrocher sa première victoire en Coupe du monde. Pour retrouver un podium en individuel aux Championnats du monde, dix années passeront entre Kontiolahti 2015 et Lenzerheide 2025.
A sa décharge, si elle a fini par émerger aussi tardivement, c'est aussi et même surtout parce que son corps en a décidé ainsi. La Bavaroise a même longtemps été considérée comme une des biathlètes les plus poissardes du circuit à force de collectionner les pépins physiques. "J'ai l'impression de ne pas avoir connu une seule saison où Franziska n'était pas malade", raconte ainsi l'Italienne Dorothea Wierer.
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Franziska Preuss.
Crédit: Getty Images
Comme lors de la catastrophique saison 2017 où elle doit renoncer aux Mondiaux et à une bonne partie de l'hiver après une série d'infections. Elle croit toucher au but en 2021 en terminant 3e du classement général de la Coupe du monde, mais les deux années suivantes sont totalement gâchées par des ennuis de santé à répétition. Sa carrière était devenue une gigantesque machine à générer de la frustration.
Le nez de Franzi était son point faible
Jusqu'à cette saison, marquée par 3 victoires, 10 podiums, une régularité effarante dans la performance et un dossard jaune de leader solidement ancré sur ses épaules moins fragiles que jamais. Alors comment expliquer cette brutale embellie à 30 ans ? La réponse tient en un mot et en trois lettres : nez. A l'intersaison, elle a subi une intervention chirurgicale destinée à lui permettre de se libérer de ses infections à répétition. Une libération.
"Le nez de Franzi était son point faible, est même allé jusqu'à dire Kristian Mehringer au site Chiemgau24.de. Elle n'arrêtait pas d'avoir des infections. L'opération était extrêmement importante pour elle". Dès l'été dernier, lors de la phase préparatoire, le patron de la Mannschaft avait décelé la différence : "Tout s'est super bien passé pour elle. Pour le moment, elle est très calme et elle me fait une forte impression. J'espère qu'elle pourra rester en bonne santé et si c'est le cas, je crois qu'elle pourrait viser le Top 3."
Certains avaient souri devant ce pronostic mais Mehringer était en réalité presque modéré dans son optimisme. Franziska Preuss a dépassé toutes ses espérances. Ce calme évoqué par l'entraîneur allemand, c'est aussi ce qui frappe particulièrement Loïs Habert cet hiver. Il se souvient notamment d'un épisode dont il a été témoin au mois de décembre, au Grand-Bornand.
"Un moment, le public l'a sifflée (lors de la poursuite, NDLR), relate le consultant d'Eurosport. Je n'ai pas trouvé ça chouette du tout. J'ai même eu un peu honte qu'on puisse montrer ce visage-là. Elle se retrouve avec 10-15 secondes d'avance avant le dernier tir. Le truc le plus difficile où si tu rates, tu es le grand perdant parce que dans le regard des gens, tu dois gagner dans cette position. Là, je l'ai trouvée d'une solidité sur ce tir. C'est vraiment la classe. Je la trouve calme, posée. J'ai beaucoup d'admiration pour elle."
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Je vais aller chercher chaque place, chaque point
Tout a été nouveau cette année pour Preuss, propulsée sur des hauteurs qu'elle n'avait encore jamais été capable de tutoyer. Mais c'est aussi une chance de découvrir tout cela sur le tard. "J'ai beaucoup appris sur moi-même lors de mes années de galère, évoquait-elle avant les Championnats du monde. J'aurais préféré apprendre tout cela d'une autre manière, mais grâce à ça, j'apprécie encore plus tout ce qui m'arrive." Voilà pourquoi elle a aussi bien géré son nouveau statut.
Mais à l'approche du dénouement, avec la perspective du gros globe de cristal, le rêve de toute sa carrière (plus encore qu'une médaille d'or olympique, assure-t-elle), le poids de ce possible sacre semble lui peser davantage. Fatiguée physiquement et mentalement, Franzi ? Peut-être. A Nove Mesto, elle a souffert. 15e du sprint, 13e de la poursuite, elle a cédé beaucoup de terrain à Lou Jeanmonnot, sa rivale pour le dossard jaune, même si la Française aurait pu capitaliser encore davantage sur ces deux courses. Preuss a ensuite renoncé au relais afin de s'économiser pour la suite.
Parce qu'elle est aux commandes du classement général depuis la 4e course de l'hiver, lors de sa victoire dans le sprint d'Hochfilzen, ce serait dur pour l'Allemande de céder sa place maintenant. Jeudi, cela fera trois mois jour pour jour qu'elle est en jaune. Mais Franziska Preuss sait mieux que personne que rien ne se gagne au mérite. Jusqu'au bout, elle va devoir se battre. Mais ça, elle sait faire. "Je vais aller chercher chaque place, chaque point", a-t-elle promis. Personne n'en doute.
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Franziska Preuss en août 2024 à Ruhpolding, lors de la préparation estivale.
Crédit: Getty Images
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