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La boucherie de Kingston : Le jour où Foreman a mis Frazier et le monde à ses pieds

La boucherie de Kingston : Le jour où Foreman a mis Frazier et le monde à ses pieds

Le 22/01/2019 à 08:50Mis à jour Le 22/01/2019 à 15:42

A 70 ans, George Foreman est le dernier survivant du trio de géants qui a porté dans les années 70 la boxe dans une autre galaxie. La carrière de Big George est intimement liée à celle de Joe Frazier et Mohamed Ali. Le 22 janvier 1973, il y a 46 ans, Foreman détruisait Frazier à Kingston. Une boucherie hallucinante. Un combat qui a changé le destin de ses protagonistes, mais aussi de la catégorie.

Mohamed Ali. Joe Frazier. George Foreman. Trois noms pour une ère unique, celle des années 70 chez les poids lourds. Un trio pour un règne quasiment sans partage pendant une décennie. Mais aussi grand fut-il, Foreman est le maillon faible du triumvirat. Un grand derrière deux géants.

Ali-Frazier peut légitimement être considéré comme la plus grande rivalité du XXe siècle, tous sports confondus. Foreman s'est frotté à eux, s'est immiscé entre eux, mais, au fond, il reste à jamais le troisième homme. The Greatest. Smoking Joe. Big George. Dans cet ordre. A l'époque comme aujourd'hui, face à l'Histoire. Le temps d'un soir, Foreman a pourtant été le maître du monde. Il ne lui a fallu que 265 secondes pour ça.

Quand il monte sur le ring du National Stadium de Kingston ce 22 janvier 1973, Foreman n'est pas encore quelqu'un dans la galaxie des lourds. Joe Frazier, lui, est au sommet. Champion du monde depuis 1970, il a assis son autorité en battant Mohamed Ali au Madison Square Garden en mars 1971. Tout le monde salive déjà à l'idée de la revanche.

Dans les traces de Frazier

Frazier, Foreman. Il y a tout ce qui les sépare : les ceintures, la gloire, le caractère. Tout ce qui les réunit, aussi. Deux hommes du Sud. Une enfance difficile. Dans le ghetto de Houston pour George, dans la pauvreté de Beaufort, en Caroline du Sud, pour Joe, douzième enfant de ses parents. Puis le destin de l'un semble s'échiner à suivre les traces de l'autre. Champion olympique des lourds à Tokyo en 1964, Frazier, qui avait lui-même succédé à Ali, passe le relais à Foreman, à son tour sur le toit de l'Olympe à Mexico.

George Foreman lors des J.O. de México 68

George Foreman lors des J.O. de México 68Eurosport

Che les pros, leurs carrières se croisent une première fois le 23 juin 1969. George Foreman, vingt ans, dispute son premier combat. Un trois rounds contre l'obscur Don Waldheim. Ce soir-là, Frazier, qui lorgne déjà la couronne mondiale, est la tête d'affiche. Quelques mois plus tard, lorsque Smoking Joe devient champion du monde en détruisant Jimmy Ellis le 16 février 1970, Foreman est également au programme de la réunion du Garden. C'est son 16e combat. Sa 16e victoire. La réputation de Big George s'épaissit doucement. Mais au fond, tout le monde s'en fout.

Ali et Frazier phagocytent toute l'attention. Ils sont des stars, immenses, et leur haine réciproque excite public et médias. Le retour de l'un, après sa suspension, la soif de l'autre, champion mais pas maître du monde tant qu'il n'aura pas battu Ali, tout tourne autour de ce tandem si antinomique mais tellement complémentaire. Difficile de se faire une place. Puis l'homme n'invite pas à la passion. Foreman est trop politiquement correct pour ça. En 1968, à Mexico, en pleine contestation afro-américaine symbolisé par les points gantés de cuir noir de Smith et Carlos, lui a brandi un drapeau américain sur le ring après son sacre.

Le Clubber Lang de Smoking Joe

Il est l'anti-Ali, héros contestataire de toute une génération et de toute une communauté. Cela lui a valu un certain respect d'une autre partie de la population et lui a évité d'en prendre plein la face. Mais, médiatiquement, George est une figure neutre. Il n'y a rien de pire si l'on veut être bankable. Puis Foreman est aussi mutique qu'Ali et Frazier sont volubiles. C'est l'anti grande gueule. Taiseux, le visage fermé. Une image de brute muette à la Sonny Liston. Pas de celles qui vendent.

Le Texan a quand même une chose pour lui : ses poings. Un peu à son image, sa boxe n'a rien de flamboyante. Son style, simple, simpliste disent ses détracteurs, repose sur sa force brute. Mais sa puissance est inédite. Il y a quelque chose de dévastateur dans son jab et ses crochets. Ce colosse, c'est un tronc d'arbre : pas expressif pour deux sous, mais prêt à fracasser tous ceux qui s'attaqueraient à lui. Son exceptionnelle allonge fait le reste.

Fin 1971, deux ans et demi seulement après ses débuts professionnels, George est officiellement le challenger numéro un de Joe Frazier. Mais après son épique "combat du siècle" face à Ali, "Smokin'" veut savourer. Il passe beaucoup de temps à promouvoir son groupe de rock, un peu moins à suer à la salle. Pour ses deux premières défenses de titre, on lui choisit des adversaires sur mesure, Terry Daniels et Ron Stander. C'est Balboa dans Rocky III. On ménage Smoking Joe. Jusqu'au jour où il ne pourra plus reculer. George Foreman sera son Clubber Lang.

14 décembre 1972 : Foreman et Frazier font la promotion de leur championnat du monde, à 5 semaines du combat.

14 décembre 1972 : Foreman et Frazier font la promotion de leur championnat du monde, à 5 semaines du combat.Getty Images

La prophétie de Dundee

Pourtant, quand les deux hommes se retrouvent en Jamaïque pour le "Sundown Showdown" ce 22 janvier 1973, Frazier est l'immense favori de ce combat. Après avoir terrassé Ali, personne ne l'imagine sérieusement tomber devant Foreman. Ken Norton, meilleur second rôle des lourds dans les 70's, qui s'apprête à battre Ali en lui déchiquetant la mâchoire, ne mise pas un kopeck sur Foreman : "Il ne vaut rien. Son jab pourrait faire mal, mais il ne sait pas le placer, il frappe dans le vide. Puis il est tellement lent que quand il lance un crochet, vous avez le temps de vous préparer un sandwich avant qu'il n'arrive. Il tiendra cinq rounds, au mieux."

Dans le milieu, on ne trouve guère que trois hommes pour croire en une victoire de Goerge Foreman. Mais pas des moindres. Joe Louis, d'abord. L'ancienne légende des lourds se dit "bluffé par la puissance de Foreman." "Frazier a tendance à se tenir devant l'adversaire, ajoute-t-il. Il s'expose, et ça pourrait lui coûter cher." Louis a tout deviné. Mais il n'est pas pris au sérieux. Il possède un golf en Jamaïque et a aidé à monter le combat. On le soupçonne de survendre le potentiel du challenger et, par la même, de cette réunion.

Angelo Dundee, lui, est insoupçonnable. L'entraîneur de Mohamed Ali n'a aucun intérêt à soutenir Foreman. Au contraire. Il prépare déjà la revanche contre Frazier, qui s'annonce si lucrative. Mais il est inquiet : "Je supporterai Joe, mais j'ai le pressentiment que Foreman va gagner. Pourquoi ? Parce qu'il a tous les attributs nécessaires pour contrer le style de Frazier. Il a un jab comme je n'en ai pas vu chez les lourds depuis Sonny Liston. Sa main gauche est tellement lourde. Mais lourde... Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai peur que cette revanche entre Ali et Frazier parte en fumée." Et Dundee de confier qu'il ne serait pas étonné "de voir Foreman détruire Joe avant le 5e round."

George Foreman en 1973.

George Foreman en 1973.Getty Images

" Si je vous disais que j'étais confiant avant de l'affronter, je mentirais "

Le troisième personnage convaincu des chances de George Foreman s'appelle Howard Cosell. Depuis le début des années 60, il est le journaliste sportif le plus fameux des Etats-Unis. La voix et le visage des grandes soirées de boxe et de NFL sur ABC. Très proche d'Ali, qu'il a soutenu lors de son refus de partir au Vietnam (il a aussi défendu Smith et Carlos à Mexico), il suit de très près Foreman depuis son titre olympique en 68. Cosell est imbus de lui-même, arrogant, mais il se trompe rarement. Quand il lance "je pense que beaucoup de gens vont être sidérés par ce qu'ils vont voir à Kingston", annonçant le sacre de Foreman, il fallait l'écouter.

Ce trio croit sans doute davantage en Foreman que Foreman lui-même. Derrière la façade assurée et impénétrable, Big George manque de confiance en lui. Il ne s'imagine pas à la hauteur d'un Ali ou d'un Frazier, montagnes inaccessibles à ses yeux. Surtout le second. "Frazier me terrifiait, avouera-t-il des années après au magazine Ring. Si je vous disais que j'étais confiant avant de l'affronter, je mentirais. J'étais le challenger numéro un, je devais le combattre. Mais je ne voulais pas le faire. Je n'avais aucune confiance en moi à cette époque."

A 24 ans, Foreman affiche un bilan immaculé. 37 combats, 37 victoires, 34 avant la limite. Joe Frazier va lui disputer son 29e combat. Lui aussi invaincu, il n'a été poussé à la limite que par quatre adversaires, dont Ali. Le champion est annoncé à 97 kilos. Le challenger à 98,4. Sous le déclinant soleil caribéen, ils sont 36000 à s'être massés pour assister à ce qui s'avèrera un des moments les plus forts de la décennie pugilistique. Quand l'arbitre, Arthur Mercante, réunit les deux hommes pour leur rappeler les règles, le regard fixe de Foreman dans les yeux de Frazier traduit mal ses craintes intimes. Dans cinq minutes, il entrera pourtant dans la légende de son sport.

L'affiche du "Sundown Showdown" entre Frazier et Foreman
" Down goes Fra-zier ! Down goes Fra-zier ! Down goes Fra-zier ! "

Lorsque le gong du premier round retentit, libérant les fauves, Howard Cosell lance "nous devrions avoir une soirée intéressante". Le mot sera faible. Vingt secondes après le début du combat, alors que Joe et Goerge se taquinent encore gentiment, il lâche cette phrase prémonitoire : "Frazier n'a jamais été un très bon boxeur de premier round". Un diesel, plus qu'un turbo. Il n'aura pas le temps de l'enclencher. Foreman va l'expédier en pièces détachées à la casse avant que son moteur ne soit monté en régime.

Pendant une minute trente, il ne se passe pas grand-chose. Frazier décoche un crochet du gauche. Foreman réplique ensuite avec un direct, du gauche aussi. Puis par un crochet, toujours du gauche. Angie Dundee ne commente pas, mais il s'est assis à côté de Howard Cosell. Après 95 secondes, soit juste après la mi-round, la vedette d'ABC relaie les propos du coach d'Ali : "Je crois qu'il a fait mal à Joe Frazier. Je crois que Joe est touché. Angie Dundee, juste à côté de moi, vient de me le dire, vous l'avez peut-être entendu.".

Il a à peine le temps de finir sa phrase que Foreman déclenche un uppercut du droit pour expédier Frazier au tapis. Une première depuis 1966 et son combat contre Oscar Bonavena. Howard Cosell hurle à trois reprises trois mots qui, dans toute leur simplicité, font partie depuis 45 ans de la légende télévisuelle américaine : "Down goes Fra-zier ! Down goes Fra-zier ! Down goes Fra-zier !" (à prononcer "Frey-sha" avec son phrasé unique). En réalité, quand Cosell achève sa tirade, Frazier s'est déjà relevé. Ce sera sa première erreur. Ne pas prendre son temps. Orgueil mal placé, ou déficit de lucidité dans le naufrage.

" Quand je l'ai fait tomber la première fois, je chiais dans mon froc "

Lors de ce premier knockdown, Foreman patiente tranquillement dans son coin, les bras posés sur les cordes, comme s'il était au bar en train d'attendre son prochain cocktail. Drapé dans son calme et ses certitudes. L'apparence, toujours. Comme il le révèlera dans son autobiographie, Big George est encore plus inquiet après avoir mis Frazier à terre qu'avant. "Quand je l'ai fait tomber la première fois, je chiais dans mon froc. Je me suis dit 'mec, tu vas avoir de gros problèmes. Joe va être vraiment énervé maintenant.' Et à chaque knowdown, je pensais 'il faut que l'arbitre arrête le combat sinon Joe va finir par me tuer sur place'". Pensées surréalistes à la vue du combat. Presque jusqu'au bout, le boucher craindra d'être destiné à l'abattoir.

Sitôt relevé, après le compte de Mercante, l'orage s'abat encore sur Frazier. Collé dans les cordes, le champion transformé en punching-ball souffre, jusqu'à un nouvel uppercut du droit qui le ramène là où il était trente secondes plus tôt : le cul par terre. Puis il retourne une troisième fois, juste au coup de gong de ce premier round. La règle des trois knockdowns a été abolie, sans quoi Smoking Joe aurait peut-être déjà été déchu, selon l'interprétation de l'arbitre.

La foule de Kingston est stupéfaite. Tout le monde découvre l'infernale puissance de Foreman. Dans son coin, l'ancien champion du monde des lourds, Archie Moore, son conseiller technique, est comme un dingue. Le Texan, lui, demeure imperturbable, sans expression ni excitation. Il n'en est que plus effrayant.

22 janvier 1973 : George Foreman martyrise Joe Frazier et stupéfait le monde entier.

22 janvier 1973 : George Foreman martyrise Joe Frazier et stupéfait le monde entier.Getty Images

Six fois au tapis

Comme si de rien n'était, Frazier repart à la baston à l'entame du round 2. Il se place face à Foreman, cherche le combat. Et s'expose. C'est sa deuxième erreur, fatale celle-ci. Il l'a d'ailleurs admis dans son autobiographie : "J'ai été trop fier. J'ai eu le tort de vouloir me battre avec lui. J'aurais dû être patient, l'accrocher, gagner du temps, laisser passer l'orage." Exactement ce que Mohamed Ali appliquera lors du mythique "Rumble in the Jungle" de Kinshasa, où il finira par épuiser Foreman.

Le jeu de massacre continue. En l'espace de 50 secondes, Frazier subit trois nouveaux knockdowns. Le champion du monde est allé six fois au tapis en un round et demi. Surréaliste. Ce n'est qu'après le cinquième que Foreman a compris. "Là, j'ai su que j'allais être champion du monde, avoue-t-il, parce que j'ai vu sur le visage de Frazier qu'il cherchait de l'aide." Mais personne ne peut rien pour lui. Le futur ex-champion a compris, lui aussi. "Je me souviens que vers la fin du combat, Foreman s'est tourné vers mon coin et a crié quelque chose. Je n'ai pas entendu, mais d'après un journaliste, il a gueulé à Yank (Durham, l'entraîneur de Frazier) 'arrêtez-le ou je vais le tuer'".

Sur le dernier knockdown, il décolle même brièvement, ses deux pieds perdant le contact avec le sol. Littéralement, Foreman a fait voler Frazier sur le ring. Une des images des 70's. Angie Dundee s'est levé. Il hurle "arrêtez le combat, arrêtez le combat !". Frazier se relève si vite à chaque fois, ce qui est presque inconcevable, que Mercante hésite à mettre un terme à cette boucherie. Mais après une minute et vingt-cinq secondes dans le deuxième round, il s'y résout. Enfin.

Le rouleau-compresseur de la gloire

A 24 ans, George Foreman devient le troisième plus jeune champion du monde des lourds après Patterson et Ali. Il vient surtout de mettre en pièces l'ordre établi. Les lourds, c'était Ali, Frazier, et les miettes pour les autres. Ce 22 janvier 1973, c'est Frazier qui est en miettes. Jamais on n'avait vu un champion du monde humilié de la sorte. Foreman, qui vient de pulvériser "le seul boxeur" dont il aura eu peur dans sa vie, en gardera pourtant une admiration décuplée pour sa victime : "Tout le monde se souvient que Joe Frazier est allé six fois au sol, mais les gens oublient qu'il s'est surtout relevé six fois à la vitesse de la lumière, ce qui défiait la logique. Personne n'avait jamais vu ça et ne l'a plus revu depuis. Il n'y avait qu'un seul Joe Frazier."

En 265 secondes, Foreman est devenu le maître du monde. Il n'y est pas prêt. En bonne hyène, Don King, arrivé au stade dans la limousine de Frazier, le quitte avec Foreman et ses proches. Déjà, la gloire s'avance dans son épouvantable rouleau-compresseur. Il l'avouera, ses dix-neuf mois dans la peau du roi du monde ne compteront pas parmi les plus heureux de son existence.

Sur le ring, il assume pourtant, détruisant José Roman (JO 1er round) et surtout Ken Norton (KO 2e round) lors de ses deux défenses de titre. Jusqu'à sa chute, le 30 octobre 1974, contre Ali, dans la jungle zaïroise, où il est tombé dans tous les panneaux du "Greatest", dans la com' comme sur le ring. Ali le fait passer pour un "noir-blanc", vendu à la solde de l'Amérique conservatrice. "J'étais plus noir que lui, mais il était vraiment très fort", plaisantait encore George trente ans après.

Il a vu Jésus

Le massacre de Kingston a changé la vie et la carrière de ses deux protagonistes. Après cela, Joe Frazier ne disputera plus que sept combats. Il en perdra trois. Deux contre Ali, la belle et la revanche, et un autre face à Foreman, encore.

Après une telle démonstration, Foreman semblait parti pour régner des lustres. Sa défaite contre Ali, pas plus fort mais tellement plus malin que lui, le plongera dans une profonde déprime. Il se tient loin des rings pendant quinze mois. 1976 sera la dernière grande année de sa première carrière. Il bat Ron Lyle dans un combat d'anthologie puis à nouveau Frazier, donc. Big George est même élu boxeur de l'année par Ring Magazine. On le croit reparti vers les sommets, mais en 1977, terrassé par Jimmy Young, il dit avoir une vision de Jésus alors qu'il est compté au sol. Foreman se retire du monde de la boxe.

Dix ans plus tard, ruiné, il reprendra la compétition. A 38 ans, presque obèse, n'affrontant que des boxeurs de douzième zone et moqué de tous en plein règne de Mike Tyson, il fait plus pitié qu'envie. Pourtant, posé comme un tronc au milieu du ring, Big George, qui n'aura jamais autant mérité son surnom, finit par revenir au sommet.

" Quand ce sera mon tour, là-haut, on reparlera de tout ça et s'il en reste, on soldera nos vieux comptes "

Après une défaite héroïque face à Evander Holyfield, il redevient champion du monde en 1994 en mettant K.O. Michael Moorer. Presque vingt ans, jour pour jour, après le "Rumble in the Jungle". A 46 ans, 4 mois et 6 jours, il est le plus vieux champion du monde de l'histoire. Hors normes, toujours. A nouveau roi, mais cette fois adulé, apaisé, affable et toujours souriant, fin prêt à accueillir cette nouvelle part de gloire si improbable, Foreman, avait bouclé sa boucle.

Le 10 janvier dernier, il a fêté ses 70 ans. Il s'est inventé milles vies d'homme et de champions, du voyou de l'adolescence au pasteur respecté, du roi du barbecue qui a fait sa fortune à ses deux couronnes mondiales à vingt années de distance.

Aujourd'hui, il narre ses vieux souvenirs à la demande. La mort de Frazier, d'un cancer, en 2011, et celle d'Ali, il y a un an et demi, lui ont mis deux coups plutôt qu'un. "Ali, Frazier et moi, nous ne faisions qu'un", a-t-il dit à la mort du premier nommé. Des trois, il avait été le dernier à apparaitre, il sera le dernier à disparaitre. Il n'a pas hâte, mais il se tient prêt : "quand ce sera mon tour, là-haut, on reparlera de tout ça et s'il en reste, on soldera nos vieux comptes."

Frazier, Foreman et Ali : les trois légendes.

Frazier, Foreman et Ali : les trois légendes.Getty Images

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