En cadets, vous remportez votre premier titre de champion de France en vitesse individuelle. Mais cette année-là, vous gagnez aussi l’américaine, une spécialité de routier. Votre premier amour, c’était plutôt la route ?
Rayan Helal : Oui, au début, je voulais passer pro sur route. J’aimais les sprinteurs comme Cavendish et Greipel, je me souviens être allé voir un chrono du Dauphiné à Grenoble. Mais j’ai fini par comprendre que ça allait être très compliqué. J’ai commencé à perdre la passion en 2e saison juniors. C’était dur, je "pétais" dès que la route s’élevait. Je n'avais pas le gabarit du routier-grimpeur ! Les courses faisaient 120 kilomètres, et je savais que plus j’irais dans l’âge, plus ça serait difficile. En parallèle, on me disait que j’avais des qualités pour la piste. Les entraîneurs nationaux me relançaient sans cesse pour que j’intègre l’INSEP ou le pôle de Saint-Quentin-en-Yvelines.
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UCI Track Champions League
Comment l’apparition des datas a révolutionné le cyclisme sur piste
10/12/2021 À 08:58
Vous disputez votre première compétition avec l’équipe de France juniors en janvier 2017, à Apeldoorn, sur une course appelée la Next Generation. C’est un déclic.
R.H. : Pourtant, à la base, j’avais décliné l’invitation car je voulais me concentrer sur la route ! Mais j’ai ensuite vu sur DirectVélo l’article qui listait les juniors convoqués. Je me suis alors dit : "putain, j’aimerais y aller en fait !". J’ai envoyé un SMS aux entraîneurs. Ils m’ont dit "pas de souci, on va gérer ça !". Cela a été ma première course, et je me suis régalé. J’ai gagné le keirin, fait des podiums… Mais j’ai ensuite dû repartir sur la route, car en juniors, il n’y a pas de piste tous les week-ends.

Gros : "Une atmosphère de spectacle : c'est ce qui manquait à la piste aujourd'hui"

Le printemps appartient aux routiers chez les jeunes. Pour la piste, Il faut attendre l’été…
R.H. : C’est ça. Je repars donc sur la route avec la conviction que la piste n’était qu’une parenthèse. Mais dès la reprise de l’entraînement, j’ai compris que c’était fini ! Mes entraîneurs du pôle de Saint-Etienne, Cédric Bonnefoy et Dominique Garde, me disaient :"On voit que tu es plus heureux sur la piste. Vas-y !" Mais c’était un choix radical à faire. Il fallait partir de Saint-Etienne, qui était à une heure de chez moi, pour aller à Paris !
A 18 ans, qui plus est.
R.H. : Oui. Je changeais tout. De ville. De discipline. Mais je sentais que la route n’était plus possible pour moi. Et j’ai donc réussi à trancher, au printemps 2017.
Tournant, "impatient et curieux" avant l'UCI Track Champions League : "Je vais prendre mon pied"
Votre choix s’avère vite le bon, avant même votre arrivée à Saint-Quentin-en-Yvelines. Durant l’été, vous êtes sacré champion d’Europe puis du monde en vitesse individuelle.
R.H. : C’est vrai que c’était une très bonne entrée en matière ! Il y a eu aussi le triplé aux championnats de France. Dès lors, je ne pouvais plus retourner en arrière. J’étais déjà projeté sur la piste et les Jeux Olympiques.
Sur votre bio Instagram, vous avez marqué le nom de trois villes : Paris, où vous vivez, Grenoble, où vous avez grandi, et Menzel, en Tunisie.
R.H. : J’avais écrit cette bio quand j’étais au collège, je ne l’ai pas changée depuis ! J’ai des origines tunisiennes. A l’époque, j’avais beaucoup plus de temps, j’y passais deux mois par an chaque été. J’y ai encore de la famille. Je suis de Paris, je suis de Grenoble, mais je viens aussi de ce village en Tunisie. Mes parents sont de là-bas, de Bizerte, dans le Nord de la Tunisie. Ils sont arrivés à Grenoble, petits, avec mes grands-parents.

Sebastien Vigier et Rayan Helal lors des JO de Tokyo.

Crédit: Getty Images

Comment le vélo est-il venu à vous ?
R.H. : J’ai commencé à l’âge de 6 ans. Pour la simple et bonne raison que je voulais faire un sport avec mon grand frère ! On avait le prospectus de ma ville, Saint-Martin-d’Hères, où je suis né. Mon frère me sort qu’il veut faire du tennis. Je lui dis : "Moi aussi !". Il me répond : "T’es chiant, je veux pas faire un truc avec toi… Je vais donc faire du vélo !".
En pensant que vous ne le suivriez pas ?
R.H. : Oui c’est ça ! Mais je lui ai dit : "Moi aussi, je vais faire du vélo". Et il a fini par accepter qu’on en fasse ensemble. Il en a fait 6 mois. Et moi, je n’ai jamais arrêté.
C’était dans quel club ?
R.H. : A Saint-Martin-d’Hères. On faisait des jeux d’adresse, on découvrait tous les aspects du vélo, entre potes et avec l’idée de se faire plaisir. J’ai rejoint ensuite le C2S (Cyclisme Seyssinet-Seyssins), et c’est là que j’ai découvert la piste, au vélodrome d’Eybens, grâce à Annie Tête et Yoann Meunier. J’étais en minimes, la piste commençait à s’intégrer à mon programme.
Et elle a fini par prendre toute la place, à 18 ans, au point de partir en région parisienne. Comment avez-vous vécu ce changement de cadre ?
R.H. : En fait, quand c’est nouveau, tu ne t’ennuies pas. C’est le plaisir de la nouveauté. Je devais m’éduquer à une nouvelle discipline. L’hiver a été long car les entraînements étaient durs. Mais je savais que ça allait payer. J’ai fait des manches de Coupe du monde dès mon premier hiver, puis un premier championnat du monde. J’étais dans la boucle. On est désormais en 2021, et je me rends compte que je n’ai pas vu le temps passé ! C’est déjà ma 5e rentrée ici. Je m’épanouis vraiment dans ce que je fais.

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C’est cette saison que vous vous révélez en élite, avec une médaille de bronze olympique à Tokyo et une autre d’argent aux Mondiaux à Roubaix, à chaque fois en vitesse par équipes. Sur le plan individuel, vous semblez aussi avoir franchi un cap, avec à Roubaix un quart de finale en vitesse (éliminé par Harrie Lavreysen) et une finale en keirin (6e). Quelles sont vos attentes pour la Ligue des Champions ?
R.H. : Je sens que ça va être une belle expérience. J’ai surtout envie de bien courir. Ça va permettre d’engranger de l’expérience. Surtout que tous les meilleurs seront là, Harrie Lavreysen, Jeffrey Hoogland …
La pandémie vous a privé d’un certain nombre de compétitions depuis deux ans. Avec l’UCI Champion’s League, vous allez être être servis, niveau confrontations.
R.H. : Exactement, et c’est important. On ira à Londres, ça va être génial, et il y aussi d’autres belles destinations. Le format est très différent de ce que l’on fait habituellement. C’est très, très court, avec deux épreuves pour les sprinteurs, la vitesse et le keirin. Il ne faut pas se manquer. Ce format va créer des surprises. Des costauds peuvent se faire piéger. Ça va nous apprendre à bien courir, car on n’a pas le choix !
Qu’est-ce que peut apporter cette nouvelle compétition à la piste ?
R.H. : C’est une chance pour la visibilité de notre sport, pour nos partenaires. C’est vraiment top. Ça manquait un peu.
Le prize-money est attractif, aussi (1000 euros pour le vainqueur de chaque course, 25 000 pour le lauréat de chacun des classements généraux).
R.H. : Oui, ce n’est pas une course lambda. Quand il y a quelque chose à gagner, on s’applique tous sérieusement. Mais je n’y vais pas que pour ça. C’est une combinaison de plusieurs choses : l’aspect financier, la visibilité sur l’instant, mais aussi pour le long terme. Et tous les meilleurs seront là.

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On vit bien en tant que pistard médaillé olympique ?
R.H. : Vivre bien, c’est peut-être un grand mot !
Comment le dire alors ?
R.H. : On a quelques aides, à gauche et à droite. Mais on ne roule pas sur l’or (il estime gagner moins de 2000 euros mensuels, sans pouvoir vraiment chiffrer puisque aides et primes sont “variables”). On peut être médaillé olympique, mondial et européen sans que les sponsors te courent après. J’ai des partenaires qui me permettent de continuer le vélo (la Caisse d’Epargne Rhône-Alpes et l’US Créteil sont ses deux principaux). Mais on ne s’enrichit pas. On n’a pas de contrat, pas d’équipe pro comme les routiers. Sans partenaire, on ne vit pas. C’est simple en fait. On est tout le temps à la recherche de partenaires !
Il faut être un bon commercial.
R.H. : Oui, et en même temps bien gérer sa carrière. C’est assez complexe.
Vous vous faites aider pour cela ?
R.H. : Non, je suis seul.
La médaille olympique a-t-elle changé quelque chose, économiquement parlant ?
R.H. : (Il réfléchit)… J’attends encore ! Enfin oui, ça a un petit peu changé, j’ai eu des primes. Mais bon, on ne peut pas vivre que de primes. Je n’ai pas de nouveaux partenaires depuis Tokyo. C’est une situation assez précaire, d’être pistard. Il y a beaucoup de sacrifices. On s'entraîne 2 fois par jour, 6 jours sur 7. On ne peut rien faire d’autre à côté. Mais c’est comme ça, on ne peut pas se plaindre. Les gens investissent là où se trouve la visibilité. C’est pour ça que je pense que la Track Champion’s League sera “un plus”. En tout cas, je l’espère !
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