Vouloir gagner avec panache et être spectaculaire a un prix. Et ce n’est pas Mathieu Van der Poel, spécialiste de grands numéros en solitaire, qui dira le contraire. Habitué à tenter sa chance de loin dès que le terrain s’y prête, le champion des Pays-Bas a de nouveau remis ça mercredi sur A Travers la Flandre, avec une attaque dès le Berg en Houte, à plus de 50 kilomètres de l’arrivée à Waregem. On pensait alors le Néerlandais parti pour un nouveau "show" dont il a le secret mais c’est finalement une toute autre spécialité du champion du monde de cyclocross dont on a eu un aperçu : la défaillance subite. A 34km de l’arrivée, alors qu’on ne s’y attendait pas du tout, Mathieu Van der Poel a complètement explosé.

Des défaillances subites

Alors qu’il faisait partie du groupe parti en chasse derrière le futur vainqueur Dylan Van Baarle (INEOS Grenadiers), le champion des Pays-Bas s’est montré à bout de forces dans la montée du Knokteberg-Trieu, alors que Greg Van Avermaet (AG2R Citroen) durcissait l’allure pour tenter de revenir sur l’homme de tête. Une panne de jambes que Van der Poel avait senti venir avant même l’ascension. "Avant la côte, j’avais déjà la sensation que j’avais atteint mes limites aujourd’hui, expliquait-il. J’ai indiqué à la radio que j’avais de mauvaises jambes. J’aurais aimé jouer la gagne mais ce n’était pas possible". Complètement à l’arrêt, le Néerlandais a très vite perdu une grosse trentaine de secondes, étant même dépassé sur le sommet de la côte par Julian Alaphilippe, pourtant distancé de longue date. Mais cette défaillance subite n’est pas une première pour le petit-fils de Raymond Poulidor.
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La première fois que Mathieu Van der Poel a connu une défaillance d’une telle envergure, c’était en septembre 2019 à l’occasion des championnats du monde d’Harrogate, en Grande-Bretagne. Là encore, le Néerlandais était pourtant parti pour briller sur les routes anglaises, en sortant à 33km de l’arrivée en compagnie notamment du futur champion du monde, Mads Pedersen. Mais les conditions climatiques apocalyptiques (froid et pluie) avaient fini par avoir raison de ses forces, avec une défaillance d’une rare violence. "Je n'ai pas vraiment d'explication, disait-il alors. Soudain, la lumière s'est éteinte. Je n'ai jamais connu cela".
Les conditions étaient assez semblables sur la 5e étape du récent Tirreno-Adriatico, où le champion des Pays-Bas s’est imposé avec brio, au terme d’une chevauchée en solitaire de plus de 50 kilomètres. Une victoire non sans frayeur, Van der Poel ayant une nouvelle fois été privé de ses forces dans le final. "Je me sentais bien jusqu'au dernier tour et ensuite j'étais complètement vide, racontait-il. Les 10-15 derniers kilomètres, c'était l'enfer pour moi".

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Jamais rien d’acquis avec lui, dans un sens ou dans l’autre

Ces nombreuses défaillances, à chaque fois au terme d’un scénario assez semblable (attaque lointaine puis perte de jambes soudaine), pose la question de la gestion de ses efforts. Il a déjà montré par le passé qu’il était capable de lisser sa course pour réussir des numéros extraordinaires, comme il l’avait fait l’an passé sur la dernière étape du BinckBank Tour, ou encore au Tour des Flandres, même s’il était accompagné, cette fois, de Wout Van Aert, et même de Julian Alaphilippe dans un premier temps. Mais, à vouloir gagner avec panache et de manière spectaculaire – qui est sa manière d’appréhender le cyclisme finalement - Mathieu Van der Poel en oublie parfois de gérer ses ressources. Comme si la possibilité de faire rêver prévalait sur la victoire. Comme si patienter et compter ses coups de pédales lui étaient encore impossible.

Mathieu Van der Poel (Alpecin-Fenix), à l'attaque sur A Travers la Flandre

Crédit: Getty Images

Mais, avec le champion des Pays-Bas, rien n’est jamais sûr. Ce n’est pas parce qu’il a 40’’ de retard à 2km de l’arrivée qu’il ne faut plus compter sur le Néerlandais, à l’image de ce qu’il s’était passé sur l’Amstel 2019. Et ce n’est pas parce qu’il attaque de loin et semble fringuant qu’il ne sera pas défaillant quelques instants plus tard. C’est aussi ça Mathieu Van der Poel : déjouer tous les pronostics et les attentes, même si ce n’est pas toujours à son avantage
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