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Attaques dans le peloton : Rafael Nadal, les injections et le vélo, deux poids, deux mesures… vraiment ?
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Publié 07/06/2022 à 12:55 GMT+2
Depuis le quatorzième sacre de Rafael Nadal à Roland-Garros, obtenu avec l'appui d'injections pour soulager son pied gauche meurtri, le monde du cyclisme est en émoi. Lui qui est si souvent pointé du doigt pour son rapport troublé avec la médecine vit mal de voir le tennisman espagnol porté en héros pour des pratiques qui lui vaudrait d'être voué aux gémonies.
Après la victoire de Rafael Nadal à Roland-Garros avec l'appui d'antidouleurs pour son pied, plusieurs coureurs cyclistes comme Thibaut Pinot (à gauche) et Guillaume Martin (à droite) ont exprimé leur désarroi
Crédit: Eurosport
Depuis dimanche, il y a une vérité qui dérange dans le peloton. Quand les amateurs de la petite reine pointaient à peine leurs yeux vers le Critérium du Dauphiné, d'autres regards du peloton trainaient vers le 16e arrondissement de Paris, porte d'Auteuil. Rafael Nadal venait tout juste de remporter un 14e sacre à Roland-Garros, un exploit historique et tellement attendu que les premières interrogations ne portaient pas tant sur la portée de cette nouvelle victoire mais sur une possible dernière venue du Majorquin sur la terre battue de la capitale. Une hypothèse, et une rumeur d'une conférence de presse exceptionnelle vite balayées, avant qu'un autre débat ne s'installe, autrement plus corrosif. Nadal a joué le pied "anesthésié", sous l'effet d'injections d'anti-inflammatoires, toute la quinzaine. Il n'en fallait pas moins pour piquer certains acteurs du vélo.
Tout est parti de quatre mots et de deux emojis. En réaction au Tweet de notre journaliste Laurent Vergne, et des déclarations de l'Espagnol à Eurosport – "C'est mieux que tu ne saches pas" avait répondu "Rafa" à Barbara Schett sur le nombre d'injections reçues durant le tournoi -, Thibaut Pinot a placé une première attaque. "Les héros d'aujourd'hui" et des points de suspension teintés d'ironie.
Le grimpeur de la Groupama-FDJ, qui s'est déjà à maintes reprises exprimé contre l'utilisation de tout médicament dans le cyclisme, a ouvert la brèche et le débat. Placer dans une même phrase les mots cyclisme, dopage, voire y ajouter Espagne a donné lieu à toutes sortes de réactions, pour certaines franchement nauséabondes, ces dernières heures. Mais de ces quelques mots de Pinot ressort la lame de fond d'un malaise latent.
La mauvaise réputation
La question n'est peut-être pas tant de savoir si la prise de ces médicaments par Rafael Nadal pour lutter contre le syndrome Müller-Weiss doit être considérée comme dopante. Les médecins du sport du monde entier s'écharpent encore sur cette considération depuis de longues années. Et surtout, au-delà que son droit soit bon ou non, Nadal n'a – jusqu'à preuve du contraire – enfreint aucune règle du tennis mondial.
Pour Pinot comme pour d'autres, le problème est ailleurs. Peu importe qu'il porte l'identité de Rafael Nadal et de son pied rongé, de Zlatan Ibrahimovic et son genou sans ligament croisé antérieur toute la saison durant, ou de tout autre sportif quel que soit le dossier médical. "Peut-être que ce que Thibaut veut mettre en avant, c'est qu'il y a les différences de règlements mais aussi des différences de traitement, d'image entre les sports" explique Guillaume Martin dans les colonnes de L'Equipe ce mardi. Le coureur Cofidis ne le cache pas, il a "du mal à comprendre" ces écarts de pratiques en fonction de la discipline concernée. A fortiori vis-à-vis du cyclisme, régulièrement mis au pilori pour son lourd passé.
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L'échange sur Twitter entre le tennisman français Jonathan Eysseric et Thibaut Pinot
Crédit: Eurosport
"Ce qu'a fait Nadal aurait été impossible dans le vélo, et je trouve ça normal, assure le 14e du dernier Giro. Si on est malade ou blessé, on ne court pas, on ne fait pas de compétition, ça me semble du bon sens. Si un cycliste fait la même chose, déjà c'est interdit, mais quand bien même ça ne le serait pas, tout le monde lui tomberait dessus en le qualifiant de dopé parce qu'il y a un tel arrière-plan culturel, de tels clichés attachés au vélo."
Le cyclisme pâtit encore du dopage institutionnalisé de la Festina dans les années 90, du système Armstrong et US Postal de la décennie 2000 et d'autres exemples plus marginaux depuis. Au point de remettre en cause la moindre des performances. Le peloton s'est astreint à une réglementation plus restrictive, bien plus que dans d'autres sports, pour tenter de laver son image et son honneur. "Le vélo a choisi d'adopter des lignes très strictes qui ont permis au cyclisme de redorer le blason, précise le manager d'AG2R-Citroën, Vincent Lavenu à France Inter. On a fait en sorte que la santé des coureurs soit la principale chose à respecter."
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"Est-ce que ça vaut le coup de continuer ? Il a suffisamment donné"
Video credit: Eurosport
Le voeu pieu d'une réglementation uniformisée
Le Mouvement pour un Cyclisme Crédible - dont font partie la moitié des équipes World Tour, parmi lesquelles la Groupama-FDJ et la Cofidis – vise à aller un peu plus loin encore avec un code moral plus drastique encore (interdiction notamment des cétones controversées). Comme le précise Guillaume Martin dans l'Equipe, la seule prise d'un "comprimé pour être meilleur" comme du paracétamol le dérange. Alors endormir d'antidouleur deux nerfs… Chacun voit sa "zone grise" à sa porte. Pour certains, se soigner est déjà trop. Pour d'autres, un traitement du genre corrige une douleur mais n'améliore pas les performances.
Pour y remédier, nombreuses sont les théories. La plus implacable, sur le papier tout du moins, serait la mise en place d'une réglementation internationale et indifférenciée selon les sports. Mettre sur un même pied d'égalité tous les protagonistes du monde du sport, Guillaume Martin "plaide" pour ça. Un souhait, un rêve même tant il semble difficile, voire impossible de mettre tout le monde d'accord sur un socle commun. Les exemples récents Nadal, Ibrahimovic ou bien encore les pratiques des ligues majeures outre-Atlantique en sont témoins. La NBA ou la NFL fixent les règlements antidopage avec leurs propres acteurs et ne rendent des comptes ni à l'Agence mondiale antidopage ni même à l'agence américaine antidopage, l'Usada.
Dans le cas Rafael Nadal, une fois les considérations "légales" à mettre de côté, tout ce qu'il reste est une affaire de perception. Le principal intéressé le clame d'ailleurs dans L'Equipe, "malgré tous ces problèmes physiques, ou grâce à eux, mon corps m'a beaucoup aidé à devenir qui je suis." Tout en assurant que ce cocktail entre douleurs chroniques et injections ne pouvait pas durer plus longtemps. Trop longtemps sans doute pour le peloton cycliste, autant que les quolibets au moindre exploit. Son passif en fait encore le vilain petit canard idéal. Ce à quoi Rafael Nadal n'est pour rien.
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