Aujourd'hui les muscles, demain le cerveau ? "Il est le seul facteur limitant la performance"

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PARIS - NICE - Frédéric Grappe est un homme qui compte dans la recherche de la performance en France. Directeur de celle-ci au sein de la Groupama-FDJ de Thibaut Pinot et David Gaudu, il planche depuis des années sur les manières de l'améliorer. Hier et aujourd'hui les entraînements se concentrent sur les muscles, demain ils pourraient s'attaquer au cerveau. Voici pourquoi et comment.

Thibaut Pinot (Groupama-FDJ)

Crédit: Getty Images

Pourquoi un cycliste arrête-t-il de pédaler ? Quels sont les facteurs qui le poussent à stopper son effort ? Autant de questions dont les réponses tournent souvent autour des capacités physiques, physiologiques. Frédéric Grappe, directeur de la performance au sein de la Groupama-FDJ et chercheur en science du sport et enseignant à l'Université des Sports de Besançon, a une autre vision des choses. Le muscle, dit-il, n'est pas un facteur limitant la performance. Ce rôle, il le réserve au cerveau, l'organe central, le seul à pouvoir décider de dire "stop". Partant de ce constat, il estime que demain l'entraînement cycliste, et sportif en général, évoluera.
Loin derrière les autres sports au tournant des années 2000, le cyclisme a refait son retard sur les quinze dernières années. Désormais, vous ne trouverez plus un professionnel, plus un jeune dans l'antichambre des grands, qui ne soit pas suivi par un entraîneur. "On arrive à un point où tout le monde s'entraîne très bien. On connaît de mieux en mieux les limites des athlètes", pose notre interlocuteur. Autrefois archaïques, les relevés cardiaques ou de puissance sont désormais monnaie courante.

La technologie avance très vite

Avec la démocratisation des outils à disposition des athlètes et des encadrants, l'entraînement a gagné en précision, partout. "Aujourd'hui, on met en place de l'entraînement fractionné, de l'explosivité. On a progressé avec ça. Les séances ont permis aux athlètes de développer des capacités musculaires, de VO2 max par des stimulations de séances d'entraînements. Essentiellement au niveau musculaire, physiologique."
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Video credit: Eurosport

Mais avec une amélioration très rapide des méthodes, les limites ne sont plus si loin. "On est tellement à la limite au niveau charge d'entraînement, nous renseigne Frédéric Grappe. On touche des limites dans le sens où on ne peut guère en donner plus. On sait que si on en donne plus, soit on fatigue les athlètes et on les rend moins bons, soit on les blesse."
Que faire alors pour aller plus loin ? Faire mieux ? "Dans tous les sports, les modèles doivent évoluer". Puisque les muscles n'ont plus de secret, ou presque, pour personne, il faut aller chercher ailleurs. "On sait aujourd'hui que le principal limiteur de la performance en endurance est le cerveau, ce n'est pas le muscle, nous apprend Grappe. On l'a souvent pensé mais ce n'est pas vrai."

Aujourd'hui la prépa mentale, demain l'entraînement du cerveau

Pour bien comprendre, Frédéric Grappe prend un exemple : "Quand on voit un équipier qui a travaillé pour un leader s'écarter, en travaillant là-dessus, on voit que ce n'est pas le muscle qui le limite. Demain, on sera en capacité de mieux comprendre comment faire en sorte que le coureur s'écarte 200 ou 300 mètres plus loin, voire plus." Puisque les choses sont bien faites et qu'on n'arrête pas la technologie, celle-ci commence à s'intéresser à ce qu'il se passe là-haut pendant l'effort.
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Thibaut Pinot

Crédit: AFP

Depuis plusieurs années, la parole s'est libérée sur la préparation mentale. Les champions d'aujourd'hui ont tous, ou presque, un préparateur qui cherche à comprendre dans quel état se trouve l'athlète pendant sa performance et ce qu'il peut mettre en place demain pour l'améliorer. Mais tout ceci n'est pas encore palpable. "Aujourd'hui on mesure la puissance, on ne parle que de ça. Demain on ira plus loin, on va comprendre comment l'athlète fait, ce qu'il met en place comme mécanisme pour produire sa puissance. On va mesurer les informations envoyées au muscle."
A ceux qui pourraient penser que tout ceci est du domaine de la science-fiction, Grappe répond par la négative, prenant l'exemple de l'armée qui met en place du "brain-training" pour ses soldats. "On n'en est pas à le faire en routine mais on le fait en recherche. Ça va venir, ça va se démocratiser. Bientôt on sera capable de mesurer ce qui se passe dans le cerveau à l'entraînement et en compétition." Mais concrètement, comment rendre meilleur un coureur dans sa tête ? "Ça ouvre tout un champ à l'entraînement", s'enthousiasme Grappe pour qui chercher toujours plus loin dans la performance est une passion.

Permettre à Pinot et les autres d'utiliser 100% de leurs capacités

"Depuis quelques années, on met en place du neuro-training. Aujourd'hui en regardant ses watts sur son compteur, on peut les faire bouger mais avec le neuro-training on influe sur les ondes au niveau du cerveau. Un jour, vous allez pouvoir vous entraîner. En fonction de votre effort et de ce à quoi vous pensez, vous allez produire différentes ondes et finalement jouer sur votre capacité d'utiliser votre cerveau plus ou moins bien. Ce n'est plus de la science-fiction, on est déjà dedans mais on ne le maîtrise pas. On est au début. C'est passionnant parce qu'on va optimiser le fonctionnement humain."
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Video credit: Eurosport

Le but avoué ? Permettre effectivement à Thibaut Pinot, David Gaudu et les autres d'utiliser 100% de leurs capacités quand aujourd'hui leur cerveau les limitent un peu en-deçà. "On sait aujourd'hui que les athlètes ont un traitement différent de l'information de l'un à l'autre, continue Grappe. A valeur égale, celui qui traite mieux l'info sera meilleur. Pour aller d'un point A à un point B, il sera plus capable de mieux gérer son énergie. Dans la confrontation, certains osent et d'autres non. On pense que la différence, c'est l'aptitude physique mais certains osent parce qu'ils ont un traitement de l'info bien meilleur. On pourra mieux le comprendre et donc l'améliorer."
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