Avec la FDJ et le PPR, à la rencontre du cyclisme transparent comme l’eau claire

A la rencontre du cyclisme transparent comme l’eau claire
Par Eurosport

Le 04/04/2013 à 11:44Mis à jour Le 04/04/2013 à 11:46

La Française des Jeux utilise quotidiennement un système de suivi des performances capable de détecter toute variation anormale. Une arme antidopage? Reportage.

Il a l'autorité naturelle de ceux qui ont les cheveux grisonnants et les yeux bleus perçants. Mais il exige qu'on l'appelle "Fred", sans chichi. Frédéric Grappe, de son état civil, n'est pas magicien, ni gourou, et encore moins adepte des boules de cristal. Il a simplement beaucoup travaillé. La thèse qu’il a publiée en 1994 nourrit aujourd’hui son travail quotidien au sein du peloton, une recherche obsessionnelle de la performance pure, et par extension de l’authenticité des résultats de ses cyclistes.

Entraîneur de la Française des Jeux depuis 2000, directeur du Centre d'optimisation de la performance sportive de Besançon, Frédéric Grappe a réussi là où bien d'autres ont échoué : travailler en toute confiance avec ses coureurs. Avec l'aide de son thésard Julien Pinot (le grand frère de Thibaut), il a mis au point une méthode, le Profil de Puissance Record (PPR), qui fait office de détecteur de mensonges contre le dopage. Autrement dit, Fred Grappe sait ce dont un coureur est capable car il sait détecter toute performance anormale. Ce PPR, nouvelle méthode d'évaluation et de suivi du cycliste, se base sur la quantification des performances physiques maximales grâce à l'étude des puissances mécaniques développées (mesurées en watts) par le coureur (voir ici le mode d’emploi).

Jusqu'à quelle mesure le PPR est-il fiable?

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Le "profil de puissance record" fonctionne sur la base des records personnels de chaque coureur. Par définition, ils sont faits pour être battus. Mais de quelques pourcents seulement. Pour une personne dont le profil est déjà établi, une variation trop importante serait suspecte. Si un coureur cherchait à manipuler ses références ? La FDJ se dit capable de détecter d'éventuelles manipulations. "On peut toujours, dans ce genre de système, tripoter les données, avoue Fred Grappe. Mais si on change les paramètres, qui sont des algorithmes de calculs, à un moment donné, on n'aura pas de profil cohérent. Il ne faut pas oublier que le profil de puissance, c'est une grande quantité de fichiers qui sont moulinés. Donc si toutes les données sont modifiées sans arrêt, on a des techniques bien précises pour le voir sur le profil".

La FDJ est-elle la seule à utiliser le PPR ?

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Pour accroître la fiabilité du peloton, la validation du PPR par l'UCI dans une logique de lutte antidopage serait un pas important. Mais encore faudrait-il avoir des gens assez compétents et suffisamment formés pour pouvoir analyser les données. "Je pense que, pour l'instant, l'UCI est centralisée sur le passeport biologique et les contrôle sanguins, ajoute l'entraîneur de la FDJ. Depuis dix ans, on fait croire aux gens qu'on peut tout détecter avec le profil sanguin et les données biologiques, ce qui est faux. Il y a des tas de produits qu'on ne peut pas détecter. De deux choses l'une, soit on continue à ne travailler que sur le sanguin et, dans dix ans, il y aura d'autres affaires, soit on utilise aussi des données de production du coureur sur le terrain. Même si tout n'est pas parfait pour l'instant, on ira jusqu'à améliorer le système pour le rendre très fiable. Auquel cas on mettrait en corrélation les données de puissances produites par le coureur et les données biologiques. Là, on aurait quelque chose de certainement plus cohérent".

Qui utilise et qui peut utiliser le PPR ?

Thibaut Pinot (FDJ) est le premier Français à avoir bénéficié du capteur de puissance. Fred Grappe possède tous ses entraînements depuis qu'il a 17 ans. Autant dire que c'est un coureur qu'il connait par cœur et dont il est sûr à 100%. Les autres coureurs de l’équipe n’ont pas la même antériorité mais offrent les mêmes garanties à leurs entraîneurs. Pour continuer dans cette trajectoire, la FDJ offre à trois stagiaires (tous les ans ou tous les deux ans) un capteur de puissance pour commencer ce suivi dès la catégorie junior. "Si un jour ils passent pros, on aura bien avancé dans le suivi des coureurs" ajoute Fred Grappe. Le capteur ayant un coût (environ 1000 euros pour un premier prix), sans parler de l'emploi d'un personnel qualifié pour suivre les données, tous les centres de formation ne peuvent pas se le permettre. C'est cher, inabordable sans doute si le PPR devait être généralisé, mais c'est peut-être le prix pour assurer des jours heureux à la petite reine.

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