Eurosport

Bernal, Alaphilippe, Pinot, Van der Poel… Huit coureurs pour une saison

Bernal, Alaphilippe, Pinot, Van der Poel… Huit coureurs pour une saison

Le 17/10/2019 à 17:28

SAISON 2019 - Egan Bernal, Julian Alaphilippe, Mathieu van der Poel, Thibaut Pinot… La saison 2019, particulièrement riche en émotions, a été marquée par des champions dont les exploits feront date, dans les palmarès et dans les mémoires. Notre sélection.

Les roues tournent encore, cette semaine à Guangxi, ce week-end sur les Grands Prix des Nations, et tout l’automne-hiver sur les circuits de cyclo-cross. Mais pour la majeure partie du peloton, c’est l’heure des vacances, et pour nous, c’est l’heure du bilan. La saison 2019 a été une des plus enthousiasmantes que j’ai connues et c’est grâce notamment à ces huit coureurs que je retiens ici.

Un (jeune) patron : Egan Bernal

22 ans, Team Ineos

De la naissance des fantasmes à leurs concrétisation, il y a quelques pas de géant. Egan Bernal, dont on sentait dès ses premiers tours de roue avec Androni qu’il n’était pas un talent comme les autres, a grillé les étapes pour déjà être un champion unique. Le Colombien a écrit à seulement 22 ans quelques grandes lignes de l’histoire de la Petite Reine. Les plus significatives datent du dernier Tour de France : premier "Escarabajo" vainqueur de la Grande Boucle, il était également le plus jeune coureur à parader dans Paris avec le maillot jaune sur les épaules, à l’occasion du centenaire de la tunique mythique.

Bernal a bien une faille, encore illustrée au printemps : il se prend quelques méchantes gamelles qui l’ont notamment privé du Giro cette année… Des gadins qui, conjugués à celui qui a écarté Chris Froome, ont finalement précipité son succès annoncé sur la Grande Boucle. Lorsqu’il évite les chutes, Bernal est un monstre de fiabilité sur la route, qui répondait encore présent la semaine dernière en Italie.

Vidéo - Bernal :"Je suis l'homme le plus heureux du monde"

02:30

Un (jeune) surdoué : Mathieu van der Poel

24 ans, Correndon-Circus

À défaut d’être le premier homme à s’offrir l’arc-en-ciel en cyclo-cross et sur la route, Mathieu van der Poel s’est imposé comme la grande attraction du cyclisme interdisciplinaire, se permettant également de donner la leçon aux spécialistes du VTT. Le Néerlandais fait ce qu’il veut, et quel bonheur à voir ! Avec ses remontées folles sur le Tour des Flandres (4e après une chute) et l’Amstel Gold Race (vainqueur après un final époustouflant), il nous a offert deux des grands frissons du printemps. Cinq mois plus tard, dans le Yorkshire, il n’est pas passé loin de déjà entrer dans la postérité de son sport. Comme pour Evenepoel, il est difficile de tracer des limites au talent de Van der Poel. Par sa capacité à transcender les schémas de course, il donne le sentiment de s’affranchir des contraintes qui entravent ses adversaires, besogneux de la route quand lui s’amuse. C’est un coureur différent. Il est bien parti pour le rester.

Vidéo - Donné pour battu, van der Poel a remporté un sprint de folie pour dégoûter Alaphilippe

03:00

Une (jeune) bombe du sprint : Caleb Ewan

25 ans, Lotto-Soudal

Caleb Ewan n’est pas le sprinteur à avoir le plus souvent levé les bras cette saison (10 victoires pour l’Australien contre 15 pour Dylan Groenewegen, 13 pour Sam Bennett et 11 pour Elia Viviani et Pascal Ackermann). Mais au sprint comme dans les autres exercices, la qualité prime sur la quantité. À ce petit jeu, Caleb Ewan a remporté cinq étapes de Grands Tours cette saison, dont le sprint le plus prestigieux, celui des Champs-Élysées. Il est reparti de son premier Tour de France avec plus de succès que n’importe quel autre coureur (3), devenant au passage un des plus jeunes coureurs à intégrer le prestigieux club des vainqueurs sur les trois Grands Tours.

Alors qu’on se plaint souvent d’étapes rébarbatives s’achevant au sprint, le style de la “Pocket Rocket” australienne est des plus enthousiasmants dans les emballages massifs, à l’image de sa fulgurance à Nîmes.

Vidéo - Le boss du sprint, c'est Ewan : Sa victoire lors de la 16e étape

01:50

Un (jeune) prodige : Remco Evenepoel

19 ans, Deceuninck-Quick Step

Faut-il encore formuler des attentes concernant Remco Evenepoel ? Je préfère ne plus m’essayer à l’exercice, le “mini-Cannibale” explosant à chaque occasion les perspectives déjà ambitieuses que les autres dessinent pour lui. Son talent fascinait déjà l’an dernier dans les rangs Juniors, mais on attendait de voir ce que donnerait son passage dans l’élite, à seulement 19 ans. Il est venu, il a vu et il vainc déjà avec un registre élargi : Tour de Belgique, Clásica San Sebastián, et une place parmi les meilleurs experts du contre-la-montre (champion d’Europe, vice-champion du monde). N’oublions pas également son grand numéro sur l’Adriatica Race. Ce n’est que le début ; le “puppy” (chiot) du Wolfpack a tout l’avenir devant lui pour étoffer son palmarès… Et il est encore en train d’apprendre !

Vidéo - Le triomphe d'un gamin dont on reparlera : revivez la victoire d'Evenepoel

02:13

Une (vieille) légende : Philippe Gilbert

37 ans, Deceuninck-Quick Step

Le jeunisme qui s’est emparé du peloton n’a pas eu encore eu raison de toutes les gloires des années 2000 et 2010. Parmi elles, Philippe Gilbert, 37 ans, est plus que jamais un monstre sacré. Un sacré coursier qui fait vivre la grande légende de la Petite Reine, dans les paroles et dans les actes. Cette saison, il est le seul coureur à avoir disputé les cinq Monuments. Dès le premier, à Milan-Sanremo, il a abattu un travail monumental pour mettre Julian Alaphilippe sur orbite. Surtout, après une course spectaculaire vers Roubaix (comme toujours dans l’Enfer du Nord), il est devenu le premier coureur à s’imposer sur quatre Monuments différents depuis plus de 30 ans (Sean Kelly, en 1986). Même sur les courses par étapes, son instinct de tueur d’un jour fait merveille, avec deux nouvelles victoires sur la Vuelta dont une après un show incroyable dans le vent en direction de Guadalajara.

Vidéo - Gilbert : "Gagner ici, c'est très spécial"

02:48

Un roule-toujours : Thomas De Gendt

32 ans, Lotto-Soudal

Pendant que Philippe Gilbert faisait le tour des Monuments, Thomas De Gendt se lançait un défi gargantuesque : les trois Grands Tours en une saison, soit quelque 10.000 kilomètres de course entre Bologne et Madrid, en passant par Paris. Ça fait beaucoup, même pour l’une des plus belles incarnations modernes du baroudeur. Mais même comme ça, De Gendt n’est pas du genre à se cacher. Il a encore multiplié les tentatives d’échappées, tiré de longs bouts droits en tête de peloton, et levé les bras à Saint-Étienne, après un véritable numéro pour se défaire de ses rivaux (Terpstra, King, De Marchi, rien que ça) et résister aux favoris les plus excités et excitants du Tour (Pinot, Alaphilippe, rien que ça bis). “Je ne suis pas sûr de refaire ça l’an prochain”, soufflait-il tout de même en Espagne.

Ajoutons une mention spéciale pour Tim Declercq, équipier modèle au sein de la Deceuninck-Quick Step, qui expliquait au départ de la 18e étape de la Vuelta : “Ce que j’aime, c‘est quand ça roule à fond, parce que j’aime cette douleur. En revanche, je ne suis pas fan du stress avant les bordures. Alors j’espère que ça va partir très tôt et qu’ensuite ce sera à fond jusqu’au bout.” Quelques minutes plus tard, Declercq et le Wolfpack faisaient exploser le peloton dès le km 0 pour mener Philippe Gilbert à la victoire après 220 bornes de bagarre dans le vent.

Thomas De Gendt après sa victoire à Saint-Etienne.

Thomas De Gendt après sa victoire à Saint-Etienne.Getty Images

Un rigole-toujours : Julian Alaphilippe

27 ans, Deceuninck-Quick Step

Même dans la descente du Col de l’Iseran, au moment d’abandonner son maillot jaune de leader du Tour de France dans une 19e étape tronquée par les conditions climatiques, Julian Alaphilippe avait encore quelques facéties en réserve pour ses équipiers et les rares spectateurs assistant à ce drôle de spectacle. À vrai dire, “Loulou” ne semble jamais se départir de son sourire, même dans la douleur, lorsque son rictus d’effort dévoile toutes ses dents de carnassier féroce. Alaphilippe était déjà une star du cyclisme, il a explosé les barrières de son sport en juillet pour devenir une icône du sport français. Vainqueur de son premier Monument, récidiviste sur la Flèche Wallonne et lumineux en jaune, l’Auvergnat semble encore se découvrir de nouveaux horizons (plutôt Tour des Flandres ou Tour de France ?) en même temps qu’il marque son territoire. La fête n’est pas finie.

Vidéo - Alaphilippe, trois semaines d'ivresse et d'épopée

05:56

Un coureur frissons : Thibaut Pinot

29 ans, Groupama-FDJ

On ne peut que l'aimer. On s’émerveille de lui, son tempérament doux en décalage avec le sport professionnel, ses jambes qui ont fait rêver la France en juillet. On pleure avec lui, aussi. Cette année, Thibaut Pinot n’a pas gagné de Monument comme il l’avait fait en 2018. Mais sa victoire au Tourmalet, à la pédale, est déjà un sommet pour le cyclisme français au XXIe siècle (et un des 5 succès de sa saison). Le successeur de Bernard Hinault reste à trouver mais Pinot a réveillé des sentiments inédits depuis trop longtemps sur les bords de route du Tour. Son retour devant le public, mardi lors de la présentation du Tour 2020, a été salué par une ovation. Et il est évident que le charme a opéré au-delà des frontières françaises. Dans le fond, seules les lignes froides d’un palmarès ne retiennent que les vainqueurs. Les larmes de Pinot sur la route de Tignes appartiennent déjà à la postérité.

Vidéo - Terrible image : le moment où Pinot a quitté le Tour en larmes

01:36
0
0