Eurosport
Thibaut Pinot part à la retraite… Mark Cavendish continue
Par
Publié 09/10/2023 à 09:55 GMT+2
Après des années de montagnes russes entre les sommets les plus beaux et les galères les plus éprouvantes, Thibaut Pinot et Mark Cavendish devaient se retirer à la fin de la saison 2023. A 33 ans, le Français s'est offert une sortie en apothéose mais le Britannique, de cinq ans son aîné, n'est pas encore rassasié.
Plongée dans la "Curva Pinot" au passage du Français sur le Tour de Lombardie
Video credit: Eurosport
Samedi, Thibaut Pinot a vécu une apothéose, élevé en héros pour l’éternité par ses fans au moment de faire ses adieux au cyclisme professionnel. Dimanche, Mark Cavendish a disputé en Turquie sa première course depuis son abandon sur le dernier Tour de France, et qui sait combien de fois encore le demi-dieu du sprint accrochera un dossard avant de prendre sa retraite ? "C’EST LA REPRISE", a-t-il clamé sur les réseaux sociaux, trois jours après avoir annoncé la poursuite de sa carrière, au moment où Pinot contemplait, pris de vertige, la conclusion de quatorze années de professionnalisme.
Pourtant, les deux champions avaient fait la même annonce pour 2023 : un dernier tour (sans majuscule, même si Pinot a fini par s’inviter sur la grand-messe de juillet) et puis s’en va. La tête et les jambes avaient déjà beaucoup donné. Il était temps de rentrer à la maison, de se consacrer à soi et aux siens. Mais rien ne s’est véritablement passé comme attendu. À vrai dire, on n’attendait pas forcément grand-chose de deux champions cabossés par les saisons et les mauvais coups du sort. On voulait surtout qu’ils trouvent une ouverture heureuse et apaisée pour prendre la tangente vers leur nouvelle vie d’ex-coureurs.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2023/10/07/3799448-77278888-2560-1440.jpg)
Les adieux de Pinot : "Je ne suis pas champion du monde, mais j'ai le meilleur public du monde"
Video credit: Eurosport
Chants du cygne
Pour Pinot, la sortie est plus que réussie. Il a retrouvé un niveau et des résultats qu'il n'avait plus approchés depuis qu'il s'est fracassé sur le bitume détrempé de Nice, en ouverture du Tour 2020. Surtout, il fallait observer ses émotions tout au long de la saison. La frustration, particulièrement visible lorsqu’il a perdu les pédales face à Jefferson Cepeda sur le Giro, a laissé place aux yeux embués sur le podium de Rome, aux poils dressés dans le "Virage Pinot", au sourire extra-large dans la Curva Pinot et au regard hagard, transporté par l’émotion, devant la liesse à Bergame.Deux petits discours, dans le bus - "partir comme ça, avec autant d’amis, c’est la plus belle victoire" - et devant les Ultras - "je suis champion du monde des supporters" -, puis quelques chants et un salut discret au moment de remonter dans le bus et de laisser le rideau retomber derrière lui. À 33 ans, le compteur est resté bloqué à 33 victoires. Mais l’année a permis de suturer les blessures à l’âme qui ont torturé Pinot et ses fidèles ces dernières années. "Merci Thibaut."Cavendish s’est lui offert une victoire cette année, sa 162e sur les routes professionnelles, et quelle victoire : la 21e et dernière étape du Giro, avec Geraint Thomas (Ineos Grenadiers) en poisson pilote, le Colisée pour decorum et une large partie du peloton qui se presse pour saluer la légende et son nouvel exploit (à 38 ans et 7 jours, il devenait le vainqueur d’étape le plus âgé de l’histoire du Giro, dans un registre explosif qui favorise la jeunesse). Son dernier exploit ?
Résurrection et reconsidération
"Ripensaci" (repenses-y), a tweeté l’organisation du Giro à l’adresse de Cavendish comme de Pinot. Des fans italiens adressaient le même message à Pinot sur une pancarte, samedi dans le Colle Aperto, théâtre de manifestations d’amour internationales pour l’enfant de Mélisey. On doute que l’idée de poursuivre ait effleuré Pinot. Pour le Cav’, la réflexion est née du Tour, l’épreuve qui a fait sa gloire incontestée, loin de la relation ambivalente de Pinot avec la plus grande épreuve du monde.Avant la 14e participation de Cavendish à la Grande Boucle, il fallait une bonne dose d’optimisme, voire de foi, pour imaginer le Britannique lever les bras. Sa dernière résurrection, en 2021, devait beaucoup à la Quick-Step et à son poisson-pilote Michael Morkov. Cavendish avait encore pris deux ans dans les jambes et Astana Qazaqstan n’avait clairement pas les moyens de le lancer vers de tels succès, comme l’a montré l’intervention de Thomas à Rome (qu’importent les règlements interdisant ce genre de collusion entre équipes adverses pourvu qu’on ait l’ivresse ?).
Cavendish n’en était pas moins intéressant. Peut-être l’est-il encore plus aujourd’hui qu’au sommet de sa gloire. Et il est certainement plus aimé. Le conquérant débordant d’arrogance a laissé la place à un homme souriant qui a surmonté d’émouvantes batailles contre la dépression et le virus d’Epstein Barr. Une 35e victoire d’étape sur le Tour semblait une chimère mais cette supposée dernière danse permettait à l’homme de dévoiler son intimité et de partager les leçons que son parcours mouvementé lui a appris sur la santé mentale.C’était déjà beaucoup, mais ce n’était certainement pas assez pour Cavendish, ambitieux devant l’Éternel et qui maîtrise comme personne l’art du sprint. Malgré la toute puissance de Jasper Philipsen (Alpecin Deceuninck), la porte a failli s’ouvrir à Bordeaux (7e étape), avant qu’un problème de dérailleur ne provoque une déception amère. Elle s’est violemment refermée le lendemain, avec un abandon sur chute en direction de Limoges. Le rêve s’était envolé. Mais le Cav’ avait démontré qu’il avait toutes les raisons d’y croire.
Nibali : "À 33 ans, Thibaut peut dire que c'est bon"
"Pourquoi tu ne continues pas ?", a demandé Alexander Vinokourov à son sprinteur débauché à l'aube de la saison, après l'effondrement du projet de Jérôme Pineau. Marc Madiot n’a même pas essayé de convaincre le grimpeur qu'il a couvé au sein de la Groupama-FDJ. Au micro de Bistrot Vélo, Pinot a rappelé que ce n’est pas seulement la tête mais aussi le corps qui est usé par toutes ces années de professionnalisme. Rares sont les "grands jours" où il ne ressent aucune douleur. Là, il se sent voler. Mais il y a aussi toutes ces journées où il a le dos complètement en vrac. "Je ne veux pas être le plus vieux", a ajouté celui qui est resté toute sa carrière dans la même structure, quand Cavendish (re)bondissait d'équipe en équipe.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2023/09/14/3784556-76981048-2560-1440.jpg)
Bistrot Vélo avec Thibaut Pinot, coureur de la Groupama-FDJ
Video credit: Eurosport
Alors pendant que les anciens équipiers fidèles Jérémy Roy et autres Mathieu Ladagnous se pressaient à Bergame pour la dernière de l’idole, Cavendish se reconstitue une garde rapprochée chez Astana. Son poisson-pilote historique Mark Renshaw a accompagné l'équipe sur le dernier Tour en tant que consultant pour les sprints, et il devrait encore être de la partie en 2024, rejoint par Morkov (qui reprend le flambeau dans les emballages massifs) et Vasilis Anastopoulos, l’entraîneur de Cavendish lors de son dernier passage chez Quick-Step.Croisé sur les rives du lac de Côme, où il a lui-même pris sa retraite l’an dernier juste avant son 38e anniversaire, Vincenzo Nibali n’était visiblement étonné ni par la retraite de Pinot, avec lequel il partage "une belle relation", ni par la volonté de prolonger de Cavendish. "Thibaut a commencé très jeune et il s’est tout de suite positionné à un niveau très élevé. À 33 ans, il peut dire que c’est bon et il peut être fier d’une carrière comme la sienne, observe le Requin. "Cavendish, étant un sprinteur, c’est clairement différent. Il veut gagner une autre étape du Tour et je pense que s’il y parvient, il s’arrêtera à ce moment-là".
Sur le même sujet
Publicité
Publicité