Christophe Kern l'a savourée, celle là. Il l'a suffisamment attendue pour ne pas en profiter au maximum. Six ans et demi après sa victoire d'étape sur le Tour de l'Avenir, c'est un véritable retour vers le futur que l'Alsacien a opéré en renouant avec le succès vendredi après-midi dans la station des Gets. Pas n'importe quelle victoire. Le Dauphiné, ce n'est pas rien. Et pas n'importe comment. En attaquant, en costaud. "Six ans sans gagner, c'est très long, avoue-t-il. Je suis passé tout près parfois, comme en 2009, pour mon premier Tour de France." Il avait pris la deuxième place à Arcalis derrière Brice Feillu, ratant le coche.
Et ce n'est sans doute pas un hasard s'il a obtenu cette victoire sous la bannière de l'équipe Europcar. Formé à l'école du Vendée U, il a retrouvé cet hiver Jean-René Bernaudeau. Il n'en avait pas seulement envie. Il en avait besoin, après une période de doutes. "Christophe le dira lui-même, il avait envie d'être relancé comme Anthony Charteau, explique le manager vendéen. C'est pour cela qu'il est revenu à la maison et il connait la même réussite que Chartix." Bernaudeau n'a pas son pareil pour relancer un coureur qu'il connait. Parce qu'il sait donner confiance aux gens, avec des valeurs simples. "C'est la première fois que je me sens aussi bien dans une équipe", admet d'ailleurs le héros du jour.

2011 Criterium Dauphine Christophe Kern

Crédit: AFP

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Bernaudeau: "Il a gagné sa place sur le Tour"
Tout n'a pourtant pas été simple, y compris en cette année 2011. "En début de saison, rappelle-t-il, j'ai été blessé aux deux genoux, ça a commencé par un problème de cartilage au genou droit puis par une tendinite au genou gauche. J'ai très peu roulé pendant une longue période et j'ai repris seulement (en mars) à la Classic Loire-Atlantique, ça a été très dur ensuite pendant deux mois. Mais j'ai toujours eu un bon mental et l'équipe m'a toujours fait confiance, sans me mettre la pression." Chez Bernaudeau, on laisse le temps aux gens. Et on en recueille les fruits au moment opportun. Dans une autre équipe, Christophe Kern n'aurait probablement pas gagné, aux Gets ou ailleurs. "J'ai un statut protégé, c'est la première fois que ça m'arrive", souligne l'ancien coureur de Cofidis.
D'ailleurs, contrairement, à ce que beaucoup pensaient, chez Europcar, vendredi, ce n'était pas "tout pour Voeckler". "J'étais protégé dans cette étape avec Thomas, surtout dans l'optique du classement général pour faire un top 10", reprend Christophe Kern, qui pointait au 12e rang avant cette étape. Mais dans le final, il ne s'est pas contenté de gérer. "J'ai décidé de passer à l'attaque, c'est comme ça que je vois le vélo. Je suis sorti, je suis retombé sur Pierre Rolland qui a fait un très bon boulot, il a relayé sur deux kilomètres, et j'ai démarré ensuite. Je savais que si on me reprenait dans le dernier kilomètre, Thomas finirait le travail." Mais c'est lui qui a fini ce qu'il avait commencé. En partie, d'ailleurs, grâce au boulot de Voeckler, impérial derrière pour maîtriser tous ceux qui voulaient tenter de rejoindre son camarade.
Voeckler a eu d'autant moins d'état d'âme à la jouer collectif que Christophe Kern est un proche parmi les proches au sein de l'équipe Europcar, ainsi que le confirme Jean-René Bernaudeau. "Thomas est l'un de ses meilleurs amis. Christophe fait partie du groupe Thomas." Et Kern accompagnera son ami et leader sur le Tour au mois de juillet. Depuis vendredi, c'est une certitude. "Oui, il a gagné sa place sur le Tour aujourd'hui", confirme Bernaudeau. Il pourra y aller le coeur léger et l'esprit tranquille après cette victoire qui a mis si longtemps à venir.
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