Un produit dopant a circulé au sein du Team Sky (l’ancien nom de l’équipe Ineos Grenadiers) à des fins d’amélioration illicite de la performance.
Ce ne sont plus seulement les sceptiques qui le disent. Il ne s’agit plus d’interpréter les performances de Bradley Wiggins ou Chris Froome, ni les fuites des Fancy Bears révélant l’abus d’autorisations à usage thérapeutique (les tristement célèbres AUT).
Désormais, les faits sont établis par un "tribunal", celui des médecins britanniques. Ils estiment que leur pair Richard Freeman a commandé un médicament, le Testogel, et qu’il "savait ou croyait qu’il serait administré à un athlète pour améliorer ses performances", selon le jugement publié par le Guardian.
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En d’autres termes, l’ancien docteur du Team Sky et de British Cycling (la fédération de cyclisme, indissociable de la Sky et désormais des Ineos Grenadiers) s’est procuré de la testostérone afin de doper un coureur dont il avait la responsabilité. C’était en 2011, un an avant la première victoire du Team Sky sur le Tour de France et la razzia des cyclistes britanniques aux Jeux Olympiques de Londres.

Chris Froome et Bradley Wiggins en 2012

Crédit: Getty Images

L’impossible cordon sanitaire des chevaliers blancs britanniques

Ce n’est pas la première fois que les feux de la lutte antidopage se braquent sur les architectes des succès britanniques, la nation dominante du cyclisme mondial depuis une douzaine d’années. Ce jugement du MPTS (le Medical Practitioners Tribunal Service) apporte un nouveau vernis officiel sur les couches de soupçons officieux qui ont accompagné les succès de l’empire British Cycling.
Les ordonnateurs du cyclisme britannique, “sir” Dave Brailsford en tête, ont depuis longtemps pris leurs distances avec le docteur Freeman, qui a quitté la Sky en 2015, British Cycling en 2017, et qui pourrait perdre dans les prochains jours le droit d’exercer son métier. Mais l’ombre jetée par ce jugement ternit l’éclat de leurs incroyables succès.
Si un médecin s’est procuré un produit dopant pour un bénéficiaire inconnu en 2011, quelle crédibilité apporter aux exploits du Team Sky et des sélections britanniques ? À l’époque, Brailsford and co prétendaient laver plus blanc que blanc. Pour assurer le public de leur probité, ils expliquaient notamment écarter toute personne ayant été concerné dans le passé par une affaire de dopage (Freeman comptait tout de même parmi ses collègues Geert Leinders, désormais banni à vie pour ses pratiques dopantes avec la Rabobank, l'actuelle Jumbo-Visma).

Dave Brailsford, manager du Team Ineos

Crédit: Getty Images

Après les pistards de Londres et Wiggins, il y a eu Froome, Thomas, leurs super-lieutenants… En reprenant le raisonnement de Brailsford à la création du Team Sky, la réputation de chacun est mise en cause par ce jugement qui établit qu’ils ont travaillé avec un dopeur.

En attendant le jugement des autorités antidopage

La culpabilité de Freeman interroge ainsi la légitimité de ses anciens patrons à poursuivre comme si de rien n’était, comme ils l’ont fait face aux précédentes secousses qui ont déjà abîmé leur image.
"Jusqu’à ce que tout cela soit éclairci, tous ceux qui sont concernés devraient être éloignés du sport", charge un parlementaire britannique auprès du Daily Telegraph. Il se demande notamment comment Dave Brailsford peut ne pas avoir été au courant de tels manquements d’un médecin de l’équipe, après avoir garanti publiquement que tout était sous son contrôle pour éviter le moindre dérapage.
Cet homme, Clive Efford, fait partie de la commission qui avait publié en 2018 un rapport à charge contre la médicalisation de la performance par le Team Sky et les arrangements avec la vérité de Brailsford. À l’époque, Chris Froome se débattait avec les suites de son contrôle "anormal" au salbutamol sur la Vuelta 2017. L’UCI a finalement classé le dossier du quadruple vainqueur du Tour, s’estimant incapable de démontrer une pratique dopante.

Chris Froome

Crédit: Getty Images

Aujourd’hui, c’est au tour de l’agence antidopage britannique de poursuivre ses investigations à partir des conclusions du MPTS. Freeman est poursuivi pour "possession d’une substance interdite" et "falsification" dans le cadre d’une enquête antidopage.
"L’équipe ne pense pas qu’un athlète a utilisé ou cherché à utiliser le Testogel ou un quelconque autre produit dopant", assure néanmoins Ineos Grenadiers dans une déclaration à la presse. Mais l’équipe se disait également persuadée de la probité de Richard Freeman.
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