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Egan Bernal, corps brisé mais vaillant
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Publié 21/02/2022 à 12:31 GMT+1
Moins d'un mois après l'accident dans lequel il a failli perdre la vie, Egan Bernal rêve d'horizons sportifs. Le Colombien, souvent meurtri par les chutes, a déjà impressionné par ses capacités de récupération. A tel point que la question de sa capacité à retrouver son meilleur niveau peut se poser. Si le cas de Chris Froome vient à l'esprit, d'autres exemples peuvent l'inciter à plus d'optimisme.
Overall leader Team Ineos rider Colombia's Egan Bernal looks on prior to the 19th stage of the Giro d'Italia 2021 cycling race, 166km between Abbiategrasso and Alpe di Mera on May 28, 2021.
Crédit: AFP
Comment ça il est déjà de retour sur un vélo ? Début février, on hallucinait, à raison, sur les réseaux cyclistes. Le compte Strava d’Egan Bernal venait de publier les données d'une sortie de 50 kilomètres, deux semaines après l’accident violent qui avait mis à terre le prodige colombien. Un bus percuté à 62km/h, un corps polytraumatisé (jambes, vertèbres et côtes facturées, entre autres blessures), des médecins qui lui donnent 95% de chances de mourir ou rester paraplégique… et revoilà le Condor de Zipaquira sur son vélo, précisément sur les routes du drame ?
À 25 ans, Bernal a déjà chuté à de nombreuses reprises, et impressionné par sa capacité à se relever, plus vite, plus fort que les autres. Mais cette fois, le miracle n’en était pas un : cette sortie impossible a été supprimée de Strava (il s’agissait probablement de vieilles données mises en ligne à l’occasion d’une synchronisation récente de son compteur). Les heures suivantes allaient donner de vraies preuves des capacités de récupération exceptionnelles de l’Escarabajo de oro, le grimpeur qui a accompli la prophétie des Colombiens sur le Tour de France.
Le 10 février, il publiait une vidéo de ses premiers pas. Sa démarche incertaine et son harnachement médical ont été vus et montrés des millions de fois. Devant la caméra, Bernal esquisse un sourire et joint l’index et le pouce : Tout va bien, mime celui qu'on a plus souvent l'habitude de voir faire le signe des cornes, en amateur de hard rock. On l’a également vu faire ses premiers tours de roue, en fauteuil, et donner ses premiers coups de pédale, sur un home trainer.
"Les docteurs me grondent quand je leur dis que ça va être rapide"
Ces images de vigueur étaient inimaginables il y a seulement trois semaines. Toute la Colombie et ce que le monde entier compte de passionnés de cyclisme étaient suspendus aux informations transmises par la clinique universitaire de la Sabana.
La Clinique se permet d’informer…, commençait chaque texte invariablement, avant de détailler les progrès constants du patient Bernal : il présente une stabilité hémodynamique (24 janvier) ; l’opération de la colonne vertébrale a permis de conserver l’intégrité neurologique et la fonctionnalité des membres (25 janvier) ; le patient est désormais conscient (26 janvier) ; Egan Bernal Gomez aura deux nouvelles interventions chirurgicales secondaires (28 janvier) ; un aspect particulièrement positif est l’absence de signes d’infection (30 janvier) ; il a été soumis à une nouvelle opération à la colonne vertébrale (3 février) ; etc, jusqu’à sa sortie d’hôpital le 7 février.
La Clinique se serait-elle permise d’informer en cas de complications voire de dégradations de l’état de santé du jeune homme, resté une dizaine de jours en soins intensifs ? Heureusement, le corps de Bernal présentait tous les progrès espérés, et même plus encore. Après avoir craint pour sa vie, on redoutait des horizons sombres pour le jeune athlète, qui doit avant tout récupérer sa mobilité au quotidien. On l’a revu avec un grand sourire, tranquille et touchant, détaillant la gravité de son accident et sa détermination à se projeter sur un avenir sportif.
"Je suis heureux d’être en vie, a-t-il confié dans un entretien au média colombien Revista Semana. Ces derniers temps, c’est ce à quoi je pense le plus. Je suis vivant, c’est comme une seconde chance. C’est comme naître une deuxième fois, et je profite de toutes les petites choses qui m’arrivent. (…) Le neurochirurgien m’a expliqué qu’il avait opéré des centaines de colonnes vertébrales dans sa carrière et, avec cette gravité, ça ne s’était bien passé que deux fois. Je suis la deuxième fois."Bernal raconte ensuite les premiers exercices, avec des élastiques, qu’il réalisait dans sa chambre d'hôpital. "Je veux revenir à mon meilleur niveau, j’ai la foi, je crois que je peux le faire et je crois que ça va être rapide, explique-t-il. Les docteurs me grondent quand je leur dis que ça va être rapide, mais je ne sais pas si ‘rapide’ ce sera un an, dix ans ou six mois, ou trois mois. Peu importe."
"J'avais 15 ans, je m'étais fracturé la clavicule 25 jours avant"
Le corps de Bernal a déjà connu des guérisons express, et sa carrière est jalonnée de rebonds spectaculaires. Le plus marquant date certainement de 2019, après son forfait pour le Giro en raison d’une fracture à la clavicule à l’entraînement, début mai. Une semaine plus tard, une sortie sur Strava, déjà, le montrait en belle forme sur les sommets d’Andorre. Deux mois et demi plus tard, il décrochait un succès historique sur la Grande Boucle.
Il y a quelques années, alors qu’il n’était qu’une jeune nouveau talent émergeant des rangs de la fameuse pouponnière Androni-Giocattoli, le jeune Bernal nous avait raconté un autre épisode, méconnu. "Mon premier voyage à l’étranger ? Un championnat en Argentine. J’avais 15 ans. Je m’étais fracturé la clavicule moins d’un mois avant l’épreuve, il restait 25 jours. Tout le monde disait que je ne pourrai pas y aller. Mais c’était mon premier voyage à l’étranger ! Alors je suis allé voir mon médecin de toujours, qui travaille beaucoup avec les énergies, ce genre de choses. Il m’a fait une sorte de récupération alternative, et j’ai pu courir. J’étais même en tête de la course mais j’ai dû abandonner sur un problème mécanique. Ça a été très dur pour moi."
Depuis, Bernal a essuyé quelques mauvaises chutes en course (notamment un traumatisme facial sur la Clasica San Sebastian 2018) et traîné des douleurs au dos débilitantes, qui l'ont poussé à l'abandon sur le Tour 2020. Le doute le torturait : les horizons glorieux que son talent lui promettait allaient-ils s'envoler devant la défaillance de son corps ? Il a répondu avec un succès magistral sur le Giro 2021, avant de se faire plaisir sur une Vuelta qui l'a vu faire la course, et quelle course !Devant le bilan très lourd de sa chute, on a rappelé les précédents Chris Froome (qui, à désormais 36 ans, n'a pas remporté son pari de revenir à son meilleur niveau après son accident sur le Dauphiné 2019) et Alejandro Valverde (champion du monde en 2018 après s'être brisé le genou sur le Tour 2017). En ce début d'année 2022, les succès de Fabio Jakobsen nous rappellent qu'on peut voir la mort de très près et imposer ses cicatrices au plus haut niveau.
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Un effort monstrueux d'Asgreen et Jakobsen a fini le travail : sa victoire sur la 3e étape
Video credit: Eurosport
Croisé la semaine dernière sur le Tour d'Oman, Elie Gesbert a lui aussi connu une grave chute et une fracture à une rotule début 2020. "J'ai eu une année blanche", raconte le Français de 26 ans. "L'an dernier, j'ai fait une saison presque entière, même si ça a été un peu compliqué aussi parce que j'ai été malade. Là, j'ai pu faire une vraie préparation hivernale, avec de la musculation, donc j'espère reprendre ma progression."Bernal a déjà emprunté le difficile chemin vers la récupération à plusieurs reprises. Cette fois, la pente est plus ardue mais il s'y attaque "pas à pas".
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