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Exclusif - Alejandro Valverde : "Avec ce maillot arc-en-ciel, je me sens grand"

Valverde : "Avec ce maillot arc-en-ciel, je me sens grand"

Le 09/11/2018 à 11:46Mis à jour Le 09/11/2018 à 13:08

Voilà un peu plus d'un mois qu'Alejandro Valverde arbore le maillot arc-en-ciel de champion du monde conquis à Innsbruck. Entretien exclusif avec le vétéran espagnol, qui promène son bonheur et fait fi des critiques.

À l'applaudimètre à Saitama, il n'y avait guère que le grand sourire de Marcel Kittel pour rivaliser avec Alejandro Valverde. Le vétéran espagnol faisait sensation avec sa toute fraîche tunique arc-en-ciel le week-end dernier au Japon. Le public nippon était en joie de recevoir un champion du monde et Valverde, détendu, a savouré. Revenu d'un terrible accident il y a un an et demi au départ du Tour de France, l'ancien banni a enfin décroché la consécration suprême. Aujourd'hui, il assume être un ambassadeur arc-en-ciel de son sport, même s'il préfère pédaler, comme il le dit en souriant. Il préfère aussi qu'on évite de lui parler de l'affaire Puerto. Entretien exclusif.

Ici au Japon, ou en Espagne ou partout où le cyclisme vous mène, vous vous sentez ambassadeur de ce sport ?

Alejandro Valverde : Je pense que oui. Je ressens surtout l’affection du public en général. Et évidemment lorsque je suis à l’étranger, hors d’Europe, je me sens comme un ambassadeur du cyclisme et particulièrement du cyclisme espagnol.

Quelle image de ce sport souhaitez-vous donner ?

A. V. : Le cyclisme est un sport sain, de qualité, qui peut s’ouvrir à tout le monde et dont les champions doivent être accessibles.

De ce point de vue, ce maillot arc-en-ciel est une responsabilité ?

A. V. : Bien sûr. C’est le maillot qui distingue le meilleur coureur du monde. Il faut bien se comporter avec, faire des sacrifices qui n’étaient pas forcément présents avant. Je participe à plus d’événements de représentation et je m’en réjouis. Même si je préfère pédaler !

Un mois plus tard, avez-vous digéré votre titre de champion du monde ?

A. V. : Je suis super heureux. Après avoir décroché ce Mondial, j’ai ressenti un bonheur absolu. C’est difficile à assimiler, parce qu’au final c’est géant. Mais je le digère petit à petit. Je participe à beaucoup d’événements mais je suis évidemment super content et très satisfait.

Comment on se sent avec le maillot de champion du monde ?

A. V. : Grand. Je suis enthousiaste de le porter pendant toute l’année qui vient. Où que j’aille, quelle que soit la course, c’est un bonheur et je veux en profiter. À l’entraînement aussi : à chaque fois que je le mets, c’est un sentiment de fierté.

Alejandro Valverde, champion du monde sur route 2018

Alejandro Valverde, champion du monde sur route 2018Getty Images

" Après ma chute à Düsseldorf, j'ai pensé que je ne reviendrais pas à la compétition"

Depuis combien de temps vous en rêviez de ce titre ?

A. V. : Depuis tout petit. Être champion du monde, c’est ce dont tout le monde rêve. Mais depuis 2003, lorsque j’ai été vice-champion du monde, je pensais, ou je croyais, que je pouvais l’être, que j’y parviendrais un jour. Ça a mis du temps. J’ai eu beaucoup de médailles : deux d’argent, quatre de bronze, et jamais l’or… Mais voilà, cette année, c’est venu.

Et ce Mondial en particulier, quand avez-vous commencé à y penser ?

A. V. : Dès qu’on a vu le parcours, je me suis dit que je pouvais faire quelque chose de très bien. Toute l’année, j’ai avancé jour après jour. Mais j’avais toujours le Mondial dans la tête. Donc c’est une idée qui m’a suivi longtemps.

Ça vous a aussi accompagné pendant la récupération après votre chute à Düsseldorf ?

A. V. : Il s’agissait déjà de me soigner, de pouvoir redevenir un coureur professionnel, et puis j’avais évidemment le Mondial à l’esprit. C’était une blessure assez grave. J’ai pensé que je ne reviendrais pas à la compétition. Mais l’opération s’est bien passée. Je m’étais aussi fracturé l’astragale, ce qui était aussi une blessure sérieuse… Mais j’ai fait beaucoup de sacrifices. On m’a très bien soigné, j’ai reçu énormément de soutien, notamment de ma famille. J’ai avancé au quotidien, surmonté les moments difficiles avec patience. Tu ne peux pas être pressé. Si tu veux faire les choses rapidement, tu recules au lieu d’avancer. C’est comme ça que j’ai pu arriver où j’en suis aujourd’hui.

Vous êtes d’un naturel patient ?

A. V. : Non (rires). Mais là je n’avais pas le choix. Il fallait prendre mon mal en patience.

Vous dites que vous avez pensé ne plus pouvoir courir…

A. V. : C’était au moment de la chute. Quand j’ai vu mon genou, je pensais que c’était fini. Ensuite, quand je suis arrivé à l’hôpital, ils m’ont dit que c’était la rotule qui s’était rompue, que la fracture était propre, que je n’avais pas besoin de prothèse. On met deux vis, et c’est reparti. Et l’autre fracture (l’astragale), ça allait se soigner seul, il fallait ne pas poser le pied, tout simplement.

Et après ça, on peut dire que vous avez connu la meilleure saison de votre carrière ?

A. V. : C’est sûr. Ça a été une très bonne année, du début à la fin, avec l’apogée de ce titre mondial.

Et s’il n’y avait pas eu cette victoire au Mondial…

A. V. : Ça aurait quand même été une de mes meilleures saisons. Peut-être pas la meilleure… mais quand même, ça aurait été une saison avec treize victoires, quatre courses par étapes, des succès en World Tour…

Michal Kwiatkowski et Alejandro Valverde lors de la 2e étape de la Vuelta

Michal Kwiatkowski et Alejandro Valverde lors de la 2e étape de la VueltaGetty Images

" L'affaire Puerto ne me préoccupe plus"

En avril, la Flèche wallonne et Liège vous échappent pour la première fois depuis longtemps. Qu’est-ce que vous pensez à ce moment-là ?

A. V. : J’avais déjà beaucoup donné dans mon premier pic de forme. Après ma blessure, j’étais au repos en août. Et ensuite j’ai commencé à m’entraîner, m’entraîner, m’entraîner à la mi-septembre et je n’avais pas arrêté jusqu'à fin avril. Du coup, au moment des Ardennaises, j’étais déjà un peu après mon pic de forme. Malgré ça, j’ai fait 5e sur l’Amstel, 2e à la Flèche, et à Liège j’étais dans le coup jusqu’au bout (13e). Je n’ai pas gagné mais je n’étais pas loin. Je n’étais pas à mon meilleur, mais j’étais bien.

En février, quand je vous avais demandé si vous étiez le meilleur coureur de l’histoire du cyclisme espagnol, vous aviez expliqué que vous aviez un palmarès des plus complets, mais ça ne faisait pas forcément de vous le plus grand. Et aujourd’hui, avec ce titre mondial ?

A. V. : Je ne pourrai jamais dire que je suis le meilleur, ça ne passe pas bien. Mais je crois que j’ai un palmarès très complet. Je suis parmi les meilleurs coureurs au niveau espagnol, mais il y a d’autres coureurs espagnols qui ont été excellents et d’autres encore vont venir. Au final, je me considère comme un coureur avec un grand palmarès, et avec en plus le Mondial, c’est bien.

Qu’est-ce qui vous rend le plus fier dans ce palmarès ?

A. V. : Je suis fier de l’ensemble de ma carrière, je pense qu’elle est très belle. J’ai 122 victoires. Chacune a sa valeur particulière. J’ai fini sur le podium des trois grands tours, j’ai aussi gagné des étapes sur chacun.

Qu’est-ce que vous voulez encore faire dans le cyclisme ?

A. V. : Profiter ! Et viendra ce qui viendra.

Beaucoup de monde dans le milieu cycliste s’est réjoui de votre victoire à Innsbruck…

A. V. : C’est aussi quelque chose dont je suis fier et qui m’apporte beaucoup de bonheur, de voir que presque tout le monde était heureux de me voir décrocher ce titre.

Mais d’autres continuent de vous associer à un passé plus sombre, à celui de l’affaire Puerto...

A. V. : Ça ne me préoccupe plus.

Mais vous comprenez d’où viennent ces réflexions ?

A. V. : Aujourd’hui il ne faut plus parler de ça. Ne m’interrogez pas là-dessus, je ne vais pas répondre.

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