Quelques minutes après l’arrivée, le palpitant à peine retombé de quelques pulsations, Julian Alaphilippe était déjà invité à sonder ses souvenirs : sa victoire du jour était-elle la plus belle des trois qu’il a signées sur la Flèche Wallonne ? Le Français de 28 ans ne voulait pas trancher mais concédait ceci : ”Honnêtement, elle fait vraiment du bien celle-là. Énormément de bien.” La plus belle ou pas, celle-ci était à coup sûr libératrice et synonyme d’un immense soulagement pour le puncheur de Deceuninck-Quick Step.

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Sur la ligne d’arrivée, la mâchoire rageuse, il avait agité l’index droit au moment de lever les bras, une manière de solder les doutes qui l’avaient accompagné jusqu’à ce mercredi, comme un message qu’il envoyait aussi bien aux autres qu’à lui-même, tant son début de saison n’avait convaincu personne, lui le premier. “Je voulais juste montrer que j’avais la tête dure, assure le champion du monde. Depuis le début de saison, c’est vrai que je n’ai pas gagné beaucoup (une seule victoire, sur Tirreno-Adriatico). J’avais à cœur de relever les bras, qui plus est sur une course aussi dure que la Flèche. Ce n’est pas que je m’étais mis la pression, mais j’avais envie de regagner. Je suis content d’y être arrivé.”
Flèche Wallonne
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21/04/2021 À 16:17
En 2018 et 2019, ces deux premiers succès sur la Flèche avaient répondu à une certaine logique. Il s’était avancé en favori et avait fait honneur à son statut en s’imposant. Les choses étaient différentes cette fois-ci. Son début de saison était pour le moins mitigé, et il avait lâché des signaux assez inquiétants dimanche lors de l’Amstel. Incapable d’accompagner le bon coup au sommet du Cauberg, il s’était même accroché aux branches pour ne pas être distancé par le second groupe avant qu’un petit peloton ne se reforme pour se disputer la 4e place au sprint. Sa 6e place était un brin trompeuse, pour ne pas dire flatteuse, vu l’impression laissée ce jour-là par le Français.

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11 ans après Evans

Trois jours plus tard, Alaphilippe ne pouvait décemment pas être avancé comme LE grand favori de la Flèche. Mais seulement un prétendant parmi d’autres, derrière Primoz Roglic et Thomas Pidcock s’il fallait dessiner une hiérarchie. “Je ne suis pas dans la même forme que la dernière fois que je suis venu à La Flèche (en 2019), concédait-il mardi, lui qui avait fait l'impasse l'an dernier dans la foulée de son titre mondial. “Je ne sais pas si je serai capable de gagner cette fois mais ma motivation peut compenser la forme manquante”.
Vu le contexte, et avant même de boucler la campagne des classiques dimanche à Liège - où il aura un compte à régler, on y vient - Alaphilippe estimait que celle-ci était déjà “plus que réussie” grâce à son succès sur la Flèche, le 3e consécutif, une performance que seuls Marcel Kint (1943 à 1945) et Alejandro Valverde (2014 à 2017) avaient réalisé avant lui, l’Espagnol ayant même réalisé un quadruplé que visera le Français l’an prochain. Autre statistique (fournie par Procyclingstats) qu’il pourra apprécier : il est le premier champion du monde en titre à remporter la Flèche depuis Cadel Evans (2010), et seulement le 7e de l’histoire après Marcel Kint, Ferdinand Kübler (1952), Rik Van Steenberger (1958), Eddy Merckx (1972), Claude Criquielion (1985) et donc l’Australien.

Julian Alaphilippe savoure son succès sur la Flèche Wallonne 2021

Crédit: Getty Images

Réussi, on peut dire que son pari d’ajouter des Flandriennes à son programme ardennais l’est aussi. Si ces dernières n’ont pas été couronnées de succès - même s’il a contribué au succès de Kasper Asgreen sur le Ronde en attaquant de loin - l’énergie dépensée sur les monts pavés ne l’a pas empêché de rester dominateur sur la Flèche. Un enseignement qui pourrait l’inciter à retenter l'expérience dans le futur.

Et maintenant, objectif Liège

Avant de songer à sa programmation du printemps 2022, il lui reste un dernier défi dans sa campagne de classiques, sans doute le plus important : Liège-Bastogne-Liège. Le Français n’a jamais gagné la Doyenne, n’est plus remonté sur le podium depuis sa première participation en 2015 (2e), et c’est une aberration au regard de son palmarès et de son talent.
L’an dernier, il s’était chargé lui-même de perpétuer cette forme de malédiction. Il avait levé les bras trop tôt sur la ligne, pour le plus grand bonheur de Roglic, avant d’être rétrogradé à la 5e place en raison de son sprint irrégulier. Liège, c’est donc à la fois une ligne qui manque à son palmarès, une revanche à prendre et un affront à laver. Un brin malicieuse, la personne chargée de l’interviewer à chaud pour la télé n’a pas manqué de mentionner cet épisode malencontreux : “Vous avez levé les bras après la ligne, cette fois-ci”. Alaphilippe s’en est amusé : ”Ouai ! J’ai hésité à mettre du scotch sur les mains, au cas où. Mais il n’y a pas eu besoin aujourd’hui.” Il espère qu’il en sera de même, dimanche.

Vague, bras levés trop tôt et déclassement : comment Alaphilippe a laissé filer la victoire

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