Victor Lafay (Decathlon-AG2R La Mondiale) envisage la retraite à 29 ans : "C'est un peu misérable d'être en galère pour rester dans les roues"

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À 29 ans, Victor Lafay est déjà un coureur sur la fin de carrière. C'est en tout cas le sens du message qu'il passe, conscient qu'évoquer la retraite peut surprendre mais sûr, aussi, que de belles choses l'attendent après le cyclisme. Le vainqueur d'une étape du Tour de France 2023 n'a pas encore pris sa décision mais il explique les ressorts qui le poussent à envisager de tout arrêter.

Victor Lafay (Decathlon-AG2R La Mondiale)

Crédit: Getty Images

De notre envoyé spécial,
Victor Lafay, vous avez évoqué une décision à la fois surprenante et radicale, celle d'une possible retraite en fin de saison à 29 ans seulement…
Victor Lafay : Vous dites 29 ans seulement mais je pense que la moyenne d'âge des coureurs est sûrement en dessous des 29 ans maintenant. Oui, j'ai commencé à mûrir cette réflexion d'arrêter ou pas. Ça ne vient pas soudainement comme un cheveux sur la soupe, c'est quelque chose que j'avais déjà anticipé avant de signer chez Decathlon-AG2R La Mondiale (au début de la saison 2024, ndlr). Je n'étais pas encore certain que j'allais continuer après ces deux ans de contrat. Je voulais faire deux ans, aller chercher la meilleure performance possible et ensuite voir. J'ai eu ces blessures qui m'en ont empêché. Là, je suis un peu dans un dilemme : est-ce que je me laisse encore cette possibilité de pouvoir refaire un an à fond et d'essayer d'avoir une saison pleine, de me faire plaisir sur les courses ou arrêter et faire d'autres choses qui me donnent tout autant envie et avec lesquelles je prendrai tout autant de plaisir ?
Où en êtes-vous dans votre réflexion ?
V.L. : La décision n'est pas encore prise. J'ai envie de la prendre dans un moment où je fais de belles courses et où je me fais plaisir. Je me laisse encore quelques semaines pour décider. Après, le temps passe et on se rapproche de la fin de saison. Les équipes commencent à être de plus en plus complètes aussi, donc je ne peux pas me laisser des mois de réflexion non plus. J'avance et je pense que bientôt je pourrai savoir ce que je veux faire l'année prochaine. Je fais du vélo depuis que j'ai 5 ans, le vélo ça a été toute ma vie jusqu'à présent. Je ne sais pas si j'arrive vraiment à imaginer cette vie sans le rythme de course, d'entraînement…
A l'heure qu'il est, avant les Grand Prix de Québec et Montréal, vous n'avez donc pas de contrat à signer pour 2026…
V.L. : A la limite, c'est ce que je disais à mon agent, tant mieux parce que je pense que j'aurais été frustré de signer un contrat ou d'en refuser un sans avoir pu me retrouver à 100% sur une course. Ce n'est pas quelque chose qui joue vraiment. Mon agent est en discussion pour que je puisse avoir un contrat à signer. Peut-être que je prendrai la décision de continuer et que je n'aurai pas de contrat mais ce n'est pas grave parce que j'ai un bel avenir en dehors du vélo. C'est quelque chose que j'ai en tête depuis longtemps. Quand j'ai pris le départ de Milan-Sanremo en mars, je me suis dit : "profite, c'est peut-être le dernier".
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Victor Lafay avant Milan-San Remo 2025

Crédit: Getty Images

Quelles sont les raisons qui vous poussent à envisager une retraite aussi précoce ? De la lassitude ?
V.L. : Non pas vraiment. Ni physique, ni mentale. C'est plus une envie de faire d'autres choses et d'avoir une autre vie. J'ai pu aussi entrevoir dans mes périodes de blessures que j'avais des envies de faire d'autres choses et que je retrouvais beaucoup d'énergie. C'est surtout l'année dernière où j'ai pas mal cogité à me demander ce que je ferais si je ne faisais plus de vélo. C'est là que ma réflexion a avancé.
C'est fou de se dire qu'il y a un peu plus de deux ans seulement, vous étiez au sommet de votre carrière avec cette victoire sur le Tour de France…
V.L. : Deux ans, c'est beaucoup. Sur une carrière de 10 ans, c'est déjà 20% et on n'est jamais au top de sa forme tout au long de ces dix années. Gagner à nouveau une étape sur le Tour, une sur la Vuelta pour compléter le triptyque sur les grands tours, essayer de gagner La Flèche Wallonne ou Liège-Bastogne-Liège, oui forcément, ce sont des trucs que j'ai encore envie de faire. C'est pour ça que j'ai signé chez Decathlon-AG2R La Mondiale à la base. Si je continue, j'aurai ces objectifs-là, je serai à fond dedans. Donc quoiqu'il arrive, quelle que soit la décision, je prendrai du plaisir. Mais à un moment, il faudra trancher.
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Video credit: Eurosport

Quand vous aviez gagné cette étape, on dressait déjà le portrait du coureur, de l'homme atypique que vous êtes. On retrouve un peu ça dans ce qui vous traverse l'esprit en ce moment, non ?
V.L. : Oui, c'est sûr. Je pense que je n'ai pas un parcours commun. Je suis peut-être quelqu'un qui réfléchit beaucoup et ça me fait aussi peut-être changer assez rapidement d'avis. C'est sûr que si on me dit : "l'année prochaine, tu fais une saison à fond, tu n'as aucun problème, tout se passera super bien", là, j'y vais direct. Mais on ne sait jamais. Si je retombe malade avant un objectif, que je me blesse… J'étais malade au Tour de Grande-Bretagne alors que j'avais une super forme avant. Là, j'étais en galère pour rester dans les roues du peloton. C'est un peu misérable et je n'ai plus trop envie de revivre ce genre de choses. Ma carrière, dans tous les cas, elle va durer encore cinq ans maximum. J'ai quand même 29 ans, c'est jeune pour l'ancien cyclisme, c'est jeune. Mais je pense que de plus en plus, une fin de carrière autour des 30 ans, quand les jeunes commencent à 18, ça va devenir normal.
Et votre reconversion pourrait être toute trouvée, notamment du côté du Japon…
V.L. : J'ai un bloc-notes avec plein d'idées. Pas des milliers, mais j'ai vraiment beaucoup d'idées. Une des idées les plus loufoques, ce serait d'aller vendre du fromage au Japon. Parce que je suis un passionné de fromage, j'adore faire goûter le fromage de ma région. Les deux fois où j'ai voyagé au Japon, ou en Asie même, c'est quelque chose qui m'a beaucoup manqué. C'était quasiment impossible d'en trouver. J'adore le Japon et j'ai envie d' y retourner encore plusieurs années et de pouvoir manger du fromage quand j'y suis. C'est de là qu'est venue cette idée. Je ne sais pas si c'est viable, mais on verra (sourires).
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