Plus les semaines passaient et plus l'évidence s'imposait à tous : Romain Bardet n'allait pas prolonger son contrat avec son équipe de toujours, Ag2r-La Mondiale. Ce lundi, son prochain employeur, Sunweb, a confirmé cette impression. C'est sous pavillon néerlandais l'un des meilleurs coureurs français de sa génération poursuivra donc sa carrière. Extrêmement curieux, Bardet n'a pas résisté à l'envie d'aller voir ailleurs. Parce qu'il avait fait le tour de la question chez Ag2r et parce que le moment était venu, tout simplement. Ce départ est loin d'être anecdotique. Si Ag2r-La Mondiale est ce qu'elle est aujourd'hui, elle le lui doit en grande partie.

Évacuons un possible quiproquo. Si Bardet peut exister sans Ag2r-La Mondiale, qui franchira d'ailleurs un palier sans lui la saison prochaine avec Citroën en co-sponsor et Greg Van Avermaet en tête d'affiche, la réciproque est tout aussi vraie. Présente dans le peloton sous d'autres noms depuis 1992 et avec Ag2r comme soutien principal depuis deux décennies, l'équipe de Vincent Lavenu n'a pas attendu Bardet pour vivre et briller. Et même en sa présence, depuis 2012, d'autres que lui ont œuvré pour sa réussite.

Cyclisme
Besoin d'air et d'un nouveau défi : Bardet va quitter Ag2r
10/08/2020 À 09:12

Bardet plus moteur que leader

Ceci étant dit, personne, pendant cette période, et même peut-être avant, n'aura été aussi important pour Ag2r-La Mondiale que Romain Bardet. Un coureur autre que lui a-t-il autant incarné une équipe pendant la décennie écoulée ? Pas sûr. Fort de ses deux podiums sur le Tour de France (2e en 2016, 3e en 2017), ce qu'aucun autre Français en activité n'a réalisé, Bardet a été le visage de sa formation. Comment pourrait-il en être autrement quand le Tour de France cannibalise la vision du grand public sur le cyclisme ? Mais, une fois n'est pas coutume, le suiveur distrait ne s'est pas trompé. En public comme en coulisses, le moteur Bardet a emmené la machine Ag2r.

Etape 17 : Concentré, Romain Bardet (AG2R) s'apprête à passer à l'offensive au sommet de Val Louron-Azet, Tour de France 2014

Crédit: Panoramic

Pour qualifier Romain Bardet, les adjectifs ne manquent pas : méticuleux, exigeant, curieux, aventurier... Ce caractère et cette soif de réussir, malgré un physique qui ne le prédestinait pas à une telle carrière selon ceux qui l'ont connu chez les jeunes, l'ont fait grandir. Et comme Bardet n'est pas homme à se satisfaire de peu, il a emmené Ag2r et toutes ses strates (direction, staff, coureurs) avec lui.

La symbolique des stages en montagne

Dès 2014, et alors qu'il sent qu'un stage en haute montagne l'aidera à progresser, il part avec ses propres deniers et accompagné de son père. Quelques semaines plus tard, il prend la 6e place de son second Tour de France. Pari réussi. L'année suivante, Ag2r soutient la démarche et le suit dans sa volonté. Diététique, performance, gains marginaux, autant de secteurs dans lequel le curieux Bardet a été précurseur chez les Ciel et Terre, qui sont désormais, et ce depuis quelques saisons, dotés d'un staff plus conséquent et très compétent et à hauteur des ambitions de l'équipe.

Romain Bardet et AG2R La Mondiale lors du chrono par équipes du Tour 2019

Crédit: Getty Images

Leader et moteur, la pression sur les épaules de Bardet s'était alourdie depuis deux saisons. "Seulement" sixième du Tour 2018, une déception après deux podiums, et 15e sur l'édition 2019, l'Auvergnat avait évoqué une profonde remise en question nécessaire après la dernière Grande Boucle. Par la même, Ag2r souffrait, et c'est paradoxal, de l'importance de son leader. L'apport de coureurs de classiques comme Oliver Naesen, est loin d'être négligeable mais c'était l'équipe de Bardet et les résultats de la formation savoyarde devaient se lire à travers ceux de son leader.

Une pression qui a fini par l'atteindre, donc. La page va se tourner et le recrutement de Greg Van Avermaet en plus de celui possible de Bob Jungels dans les jours ou semaines qui viennent, confirment la tendance. Sa tête de gondole partie, Ag2r-La Mondiale va tourner la page et n'aura plus les mêmes objectifs. Restera son héritage et l'assurance, pour chacune des deux parties, que tout a été mis en œuvre pour se faire grandir mutuellement. C'est très habituel dans le sens équipe-coureur, ça l'est beaucoup moins dans l'autre.

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